‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 38 sur 53 · L. Faioherbe · texte numérisé non relu

L. Faioherbe

Le 23 décembre, Manteufifel se décida à attaquer nos troupes. Ce fut à Guerrieux, Pont-Noyelles et Daours. Faidherbe avait choisi pour champ de bataille les hauteurs qui bordent la rive gauche d'un petit ruisseau, la Hallue, affluent de la Somme. Ordre avait été donné à nos troupes de ne résister que faiblement dans les villages. On se canonna d'abord par-dessus les maisons, puis, à la baïonnette, nos soldats délogèrent Tennemi après lui avoir infligé des pertes et enlevé des prisonniers. Ces jeunes troupes, qui n'avaient pour se soutenir que du pain gelé, attendirent un retour offensif de l'ennemi jusqu'au lendemain , deux heures. L'armée coucha sur le champ de bataille par un froid de 4 degrés au-dessous de zéro, et ne rentra dans ses cantonnements qu'après avoir bien constaté que l'ennemi ne revenait pas à la charge. Comme toujours, à Pont-Noyelles tes marins furent audaciêusement intrépides. Les Prussiens s'attribuèrent la victoire, C9mme ils de-

valent le foire après Bapaume, mais le doute n'est point permis.

Cependant Péronne était œmée, les Prussiens bombardaient la ville, lorsque le 2 janvier Faidherbe attaqua de nouveau l'ennemi. C'était à Bapaume, cette ancienne forteresse dont les remparts avaient été démolis sous Louis-Philippe, pour servir d'étude de siège au duc d'Orléans. Après un combat acharné commencé à 5 heures du matin et terminé à sept heures du soir, combat où constamment nos troupes avaient repoussé l'ennemi, Faidherbe put télégraphier cette dépêche qui nous causa, à nous, assiégés de Paris, une si grande joie lorsque nous la connûmes :

Général à ministre de la guerre et commissaire de la défense à Lille.

Aujourd'hui, 3 janvier, bataille sous Bapaume, de huit heures du matin à six heures du soir ; nous avons chassé les Prussiens de toutes les positions, de tous les villages. Ils ont fait des pertes énormes, et nous des pertes sérieuses.

Avesnes-lez-Bapaume, 3 janTier.

Faidherbe.

A cette bataille de Bapaume, lorsqu'un officier d'or* donnance vint lui annoncer que deux régiments de mobilisés, plaoés en observation sur le plateau de Favreuîl, avaient lâché pied devant les obus prussiens.

Faidherbe demanda vivement si ce n'était pas le régiment lillois.

— Non, mon général, répondît Tofficier, les mobilisés lillois tiennent bon, malgré la pluie d'obus qui tombe sur eux.

— Tant mieux, le contraire d'ailleurs m'eût étonné, dit-il.

Quelques jours après, le général télégraphiait encore :

Boisleux, 7 janvier, 10 h. mat.

Le général Faidherbe au commissaire général

à Lille.

^'espérais que les Prussiens ne contesteraient pas notre victoire de Bapaume ; mais je vois par leurs bulletins que nous venons d'être anéantis pour la seconde fois en dix jours par Tarmée de Manteuffel, commandée aujourd'hui par le prince Albert. Env maintenant intégralement le récit de la bataille tel que je vous Tai fait le 4 janvier, je me bornerai comme après Pont-Noyelles à vous signaler les principales inexactitudes matérielles des dépêches prussiennes :

Elles disent que Tarmée du Nord a battu en retraite, pendant la nuit même, sur Arras et Douai. L'armée du Nord a couché dans les villages de Grevillers, Biefvillers, Favreuil, Sapignies, Achiet-le-Grand, etc., qu'elle avait conquis sur les Prussiens et n'est allée prendre ses cantonnements, où nous sommes encore, qu'à huit heures du matin sans que l'ennemi donne signe de vie. En fait de poursuite de cavalerie, voici le seul incident qui a eu lieu :

Le 4, vers neuf heures du matin, deux escadrons de

cuirassiers blancs, ayant chargé sur Farrière-garde de chasseurs à pied d'une de nos colonnes, les chasseurs se formèrent en cercle, firent feu à cinquante pas et anéantirent presque complètement un des escadrons, dont hommes el chevauK restèrent sur le sol, tandis que l'autre s'enfuyait à toute bride. Les chasseurs n^eurent que trois hommes légèrement blessés.

L'armée est pleine.de confiance et ne doute plus de sa supériorité sur les Prussiens.

Le général en ckef, L. Faidhebbe.

Ce mot de supériorité était là pour réconforter une armée qui se battait ainsi par le froid le plus vif et qui réussissait à faire reculer l'ennemi ou à le contenir. Cependant Péronne était rendue. Faidherbe décidait que le commandant de la place serait traduit devant un conseil de guerre. La ville, bombardée, tandis que les fortifications demeuraient intactes, témoignait une fois déplus de la barbarie prussiema, de cette méthode nouvelle, inconnue des pet^s civilisés, qui consiste à frapper les êtres désarmés pour arracher une capitulation aux combattants. Faidherbe protesta, mais vainement, comme protestèrent tous nos généraux. Les Allemands continuaient leur système froidement et scientifiquement.

L'ARJMÉE DU NORD, 203

Pendant que devant Amiens et Arras les événements précédents se succédaient, un département voisin, celui de FAisne, un des plus éprouvés pendant cette guerre, ce département que le préfet, M. F. Achard, appelait un département pourri (il l'a regretté depuis) était et' allait devenir encore le théâtre de dramatiques événements. .

Presque toutes les villes du département ont subi les plus dures épreuves. Le Journal de r Aisne publiait dernièrement les éphémérides de l'invasion.

(( Une étude sommaire, disait-il, sur l'ampleur et la lourdeur de la contribution de guerre, combinée avec les réquisitions en nature et autres charges résultant de l'occupation de notre département pendant six mois, avec les destructions par les batailles et les sièges :

« Trente- quatre millions cinq cent treize mille francs.

« Ainsi décomposés :

«Arrondissement de Laon. . . . 9,718,096

— Soissons^ . . 11,779,012 ~ Château-Thierry. 4,401,871

— Saint-Quentin. . 7,193,031

— Vervins. . . . 420,803

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