‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 40 sur 53 · Affichedu 11 juillet · texte numérisé non relu

Affichedu 11 juillet

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pir. Beaucoup ajoutent en faisant le g^te d'un homme qui caresse quelque tète d'enfant : Petits, peHts, d'autres disent : Phre, nibre ou maman, et plus d'un a dans les yeux des larmes. Voilà la guerre. Elle rue aux carnages des êtres nés pour vivre et pour aimer. Chaque soir, sur la place, les Allemands font de la musique. Avec quel art et quel sens artistique, on le sait. Cela est parfait. Mais nu] n'écoute, point de eurieux, la place est vide. A peine "quelques rôdeurs de faubourgs, ceux que le patois picard appelle des varrouiHeux. Cette solitude contriste les Saxons, maïs ce qui les irrite, c'est l'épithète de Prussiens. Ils haïssent vraiment la Prusse. Il a fallu toute la terreur qu'avait l'Allemagne d'être conquise ou ravagée par la France et tout son besoin âpre et invincible d'unité pour qu'elle s'alliât à la Prusse. Le moindre ^Idat, bavarois ou saxon, proteste dès qu'on l'appelle Prussien. Kcmiggraetz maUienr, disent-ils, en hochant la tête, dès qu'on leur parle de Sadowa. Leurs opinions, toutes identiques sur l'armée française, résument bien d'ailleurs la vérité, et ils jugent déjà cette campagne comme la jugera l'histoire : Soldats, bons; of^ciers, malheur; francs-tireurs, méchants; marins, bons; mobiles, innocents, A ce mot innocents, mot éloquent, plein de tristesse et peut-être de retour sur eux-mêmes, ils sourient. Ils semblent plaindre ces malheureux enfants envoyés avec de méchants fusils, des vareuses légères et de mauvais souliers, à ces combats qui étaient des boucheries.

Il fantf sur ks promenade, voir manœuvrer les soldats saxoûs. Le spectacle est pénible. Tout homme asservi à la dure discipline germanique n'est plus qu'une machine rompue à diverses combinaisons mécaniques; la précision des mouvements, la rectitude du geste, Tensemble automatique et net avec lequel les pelotons exécutent un commandement, tout cela est prodigieux. Le corps humain est plié par le sergent instructeur comme celui d'un enfant dont les acrobates veulent faire un clown. On fait tourner, aller, marcher, ces recrues, jeunes gens paisibles, jusqu'à les abrutir. Un des exercices consiste à marcher, l'arme en avant, en tendant un jarret tout droit en Tau*, tandis que le bout de l'autre pied soutient presque seul le poids du corps, comme le fait l'orteil d'une danseuse. En vérité, on croirait assister à une répétition de gymnastes. Les sous-officiers instructeurs déploient d'ailleurs un zèle étonnant dans l'accompUssement de leur tâche. Ils montrent comment on porte l'arme et comment on la manie, comment on la rejette brusquement, d'un coup sec, sur l'épaule; ils ordonnent, ils crient, s'égosillent, s'emportent, jurent, sacrent, tempêtent, insultent, saisissent trèssouvent le canon du fusil d'un soldat qui manœuvre mal, et, pour lui faire mieux comprendre la manœuvre, le frappent à son crâne trop dur d'un coup de son arme. Le soldat reçoit les horions comme il reçoit les injures, sans sourciller. Silence dans les rangs. Pas un mot, pas un geste. On subit cet esclavage militaire.

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cette école de peloton faite à coup de crosse tout naturellement, pai^lement, d'un air résigirë.

Je me rappellerai longtemps un malheorenx garçon qui ne manœuvrait pas plus mal qu'un autre, un peu mou sur ses jambes sans doute, médiocrement nerveux dans ses mouvements, et que son sous-officier, petit homme sec, énergique et roux, l'air foncièrement mauvais, torturait particulièrement, avec un évident plaisir. Il s'acharnait à faire de cette infortunée recrue un soldat d'élite. Il le faisait aller^ virer, marcher, porter armes, présenter armes, et cela dix fois, vingt fois, cent fois, avec un redoublement de courroux, d'invectives et de coups sur le front lorsque le mouvement était mal exécuté, ce qui arrivait toujours, le pauvre Saxon , totalement abruti^ suant, lassé, écrasé, et roulant autour de lui les yeux égarés d'un mouton qu'on mène à rabattoir.

Jamais la vision terrible de l'autorité militaire dans ce qu'elle a de plus dur et de plus tyrannigue ne m'était apparue sous une forme plus cruelle, et, regardant le malheureux se débattre, silencieux, entre les mains du petit sergent pâle et maigre, il me semblait vaguement assister à ces duels sinistres qu'on aperçoit dans les coins sombres entre les mouches et les araignées.

Encore les sous-officiers sont-ils cléments. Mais parfois les officiers, qui se promènent près de là, proprets, coquets, en gants blancs, s'approchent du peloton qui manœuvre. Ils font acte de commaoden^ent.

Ils lancent aussi le cri guttural qui précède toutes les manœuvres : Bataillooon ! ou bien ils avisent dans le rang un pauvre diable qui se tient de deux centimètres en arrière ou dont le casque penche sur Toreille droite. Un des officiers s'avance, prend le soldat par l'oreille et la lui tord ou la lui tire. Napoléon avait cette humaine habitude ; il pinçait jusqu'au sang, en manière de caresse, les oreilles de son valet de chambre ou de ses grenadiers. ]*ai vu frapper ainsi, au visage ou aux jambes, des soldats, de braves gens, par des officiers courroucés et qui, cela fait» reprenaient tranquillement leur promenade ou leur inspection , et essayaient de sourire aux dames.

Et je parle de l'armée saxonne. La discipline y est douce, comparée à la discipline prussienne. La main de fer des officiers saxons porte encore un gant de velours. En Prusse, elle est brutale et rude jusqu'à la barbarie, Un officier maltraite facilement jusqu'au sang un soldat dont le treizième bouton de capote est mal astiqué. Ces messieurs commandent à coups de poing en plein visage. Brutalement ils écrasent un riez et font jaillir le sang. Le soldat, ainsi traité, s'essuie et reprend l'exercice.

Pauvres brutes humiliées, pauvres êtres bafoués, vos souverains et vos princes vous appellent des héros, et c*est avec ces souffrances, ces tortures, ces coups, ces hontes, que vous achetez vos victoires I En vérité, c'est un peu cher.

Cependant Faidherbe, réntriant de nouveau dans le

quadrilatère du Nord, allait tenter une suprême bataille. Manteuffel était parti pour TEst, maintenant von Gœben oommandait. Le 17 janvi^, à 6 heures du matin, une colonne commandée par le odosel Innard entrait à Saint-Quentin, dont les Prussiens étaient partis, et ramassait des traînards allemands demeurés là malgré Tévacuation de la ville. Où versa aux soldats le vin d'honneur à Thôtd de ville. On se crut délivré. Le 18, arriva Faidherbe venant d'Amiens. L'enthousiasme était à son comble. On criait, on répétait : Vive Faidherbe ! Et lui, calme et grave :

— Non, rendait-il, ne criez pas Vive Faidherbe! criez Vive la France !

Le 18 on se battait du côté de Vermand, et les Pnissiens étaient repoussés. Le soir, devant la cornmisaon municipale, Faidheibe, di^ne comme tm stoïcien (le mot m'a été dit par M. Malézieux, présidait de la commission), disait froidement à peu jNrès ce qui suit :

— Demain je donnerai ou plutôt j'aa;qpterai la bataille. Gambetta l'ordonne et il faut faire une diversion, car Paris tente une sortie. Mon armée est ime masse, mais une masse faible. Je serai battu, mais glorieusement. Les Prussiens pourraient nous repousser en deux heures; je les arrêterai toute la journée.

Le 19 au matin, les Prussiens attaquaient et, jusqu'à trois heures de l'âprès-midi, moment où entré-

rent en ligne des masses ennemies venues de la Fère, de Laon, de Paris, nous résistâmes bravement.

J'ai visité naguère ce champ de bataille où, dans la neige , la boue collant aux pieds , les talons enfonçant dans la glaise, les mobiles et les soldats de Faidherbe combattirent*.

La route de Saint-Quentin à Essigny, droite, légèrement encaissée entre des talus où Ton retrouve parfois la trace d'un sabot de cheval, d'une roue de caisson, d'un talon de fantassin ou des débris de cartouches brûlées, cette route, à travers un paysage peu accidenté, terrain uni, dénudé, gardait encore, lorsque nous y passâmes, deux mois après la bataille, la trace de l'action meurtrière. Le combat avait été presque tout entier d'artillerie et livré dans un vaste espace. Sur ces coteaux ou plutôt ces plaines aux ondulations Itères, la charrue, les semailles de mars pouvaient avoir effacé les traces du carnage. Non. Cette terre, trempée de sang, gardait encore (pour combien de jours? pour combien d'heures?) le souvenir muet mais encore vivant de cette lutte entre deux armées.

Le terrain bouleversé, creusé, trépigné, labouré par les obus, témoignait de Tacharnement des hommes. Au Moulin de ToutrYenl, à la place où la plus terrible et la plus meurtrière des batteries françaises avait

1. Même temps boueax, même terrain détrempé, à Buzenval, ce même jour, 19 janvier.

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tonné, la terre tourmentée sentait le carnage. De loin en loin des arbres coupés au tronc par la hache, démembrés par le canon ou déchirés par les balles, gisaient, lugubres comme des cadavres d'une autre espèce. Ces champs de betteraves ont des fosses profondes. On a creusé des trous au bord de la route, et là, dans la chaux, on a enfoui les morts par centaines, par milliers. A gauche de la route, prévue en face de Grugies, le ti ou est immense. Ce sont presque tous des cadavres allemands. La terre mélangée de chaux, rendue pareille à une poudre brune et blanche, semble mouvante, et je ne sais quelle vie souterraine et mystérieuse paraît sourdre de ce tas sinistre de poussière et de pourriture.

Plus loin, le champ de bataille perd de son aspect lugubre. Essigoy-le-Grand, d'où les canons prussiens faisaient feu, sourit au soleil et laisse grincer au vent ses enseignes d'auberge, en potence. L'une d'elles dit ironiquement : Au Panier fleuri. A quelques pas» des toits effondrés, des murs broyés. Nous entrons dans une auberge, et nous essayons d'obtenir des paysans quelques renseignements sur le combat. Us n'ont riea vu ou ne veulent rien dire. Une certaine crainte vague plane sur les âmes. Impossible d'obtenir du paysan le fond de sa pensée sur les événements, sur les généraux. Il craint, il a peur pour son champ. Ce ne sont là ni des citoyens ni des hommes.

Sur la route du Grand-Seraucourt à Roupy, une autre fosse. Une croix de bois blanc la surmonte et

nous lisons cette inscription en allemand : Aux héros tombés à Saînt^mntin.

On nous raconte^ en chemin, plus d'une anecdote ou touchante ou navrante. Ce jour-là le bataillon des mobiles d'Hazebrouck, effrayé, se, jetait à genoux. Les mobiles du Gard cédèrent les premiers. Le bataillon d'Avesnes perdit bravement quatre cents hommes.

Un garde mobile blessé était tombé devant je logis d'un habitant près de TÉpine-de-Dallon, puis ramassé par un fourgon, était parti laissant là une mare de sang. Les Prussiens arrivait, voient ce sang et (le sang n'a pas de couleur) accusent :

— X^'est un des nôtres que vous avez tué! — Le / — pauvre homme proteste, pâlit, se trouble. On le pousse contre la muraille et on lui met douze balles dans la poitrine.

Le vice capital des positions de Faidherbe, c'était la situation prise sur les deux rives de la Somme. Son armée se trouvait, pour ainsi parler, à dieval sur les deux côtés du canal de Saint-Quentin et la rivière, c'est-à-dire partagée en deux, divisée par les marais qui rendaient ses mouvements difficiles et la communication des régiments entre eux, et même des officiers d'ordonnance, presque impossible d'une rive à l'autre. Comment, en effet, se mouvoir dans des marais ? Comment manœuvrer sur cet impraticable terrain et • entre ces deux cours d'eau ?

A dix heures et demie du matin, la bataille commencée, l'armée française, formée en demi^ercle.

tenait, en s'a{qpuyant snr Saint-Quèntin, tout le terram qui va de Mesrïil-Saint-Laurent à Recourt. Les batteries, fortement établies entre Neuville-Saint- Amand et Gaucby, à droite, allaient battre bientôt à gauche, lorsque là bataille changea de terrain, le bois de Savy où, durant cette journée du 19, les pertes des Prussiens furent considérables.

L'armée allemande, puissante, soutenue par une cavalerie nombreuse (j*ai dit plus d'une fois que Faidherbe manquait absolument de cavaliers, pouvait à peine disposer de deux escadrons), cette armée, dont le nombre s'augmentait d'heure en heure, occupait Seraucourt, Essigny-le-Grand, Cérisy, et n'engageait qu'avec une prudente avarice ses réserves accumulées le long des routes de la Fëre et de Chauny. En outre, prêt à soutenir ses fantassins qui combattaient à Itaacourt ou ses batteries qui tonnaieùt devant Urvillers, le général von Gœben cachait, abritait derrière les maisons de ces .villages des régiments entiers de dragons ou de chasseurs à cheval prêts à chaîner. Ces masses sombres de cavalerie apparaissent sur le pian de la bataille comme de formidables menaces, et semblent dissimulées derrière les villages comme autant de pièges.

Faidherbe se tenait à Recourt, suivant les mouvements de cette longue bataille du haut d'un bâtiment qu'on nous montre. Que de traces de lutte acharnée ! Près de l'ancienne voie romaine qui , vers Soissons, rejoint la chaussée fameuse de Brunehaut, un moulin

de briques» sur la hauteur, semble montrer fièrement ses ailes, brisées, sa bâtisse trouée d'obus. Le fer a treusé, taroté, broyé la brique. Une petite masure à toit d'ardoises est près de là, mise à jour par les projectiles. Mais le moulin le plus célèbre dans le pays est ce moulin de Tout-Vent dont le canon, la mitraille ouïes ballesf ont fait une véritable dentelle, le trouant, le découpant comme une sinistre guipure. Ce squelette de moulin apparaît de loin et se détache sur le ciel comme une anatomie encore debout.

Le soir de ce jour funèbre, les soldats fuyaient, traversaiaait Saint-Quentin par la place deTHÔtel-de-Ville ou par le faubourg Saint-Jean , poussés par les Prussiens et s'arrêtant encore pour tirer leurs derniers coups de feu. Quelques-uns, au bas de la rue d'Isle, ébauchèrent une barricade, à l'endroit où la garde nationale s'était défendue le 8 octobre, mais la résistance était inutile, impossible. Les bataillons fuyaient pêle-mêle, c'était, sur la place et dans les rues, le défilé hideux , l'égrénement ou le torrent de la déroute. On jetait ses équipements, on jetait ses armes, on buvait en hâte quelque verre de vin que tendait une main sortant d'une porte entr'ouverte, ^n changeait de vêtements, on se cachait, on se blottissait dans les caves. Des blessés tombaient parfois inanimés sur le pas des portes. Et là-bas , vers les faubourgs et vers la gare on entendait déjà la fusillade et les hourras des Allemands. ,

Cependant l'artillerie , après avoir protégé la

retraite, se retirait intacte. D'autres héros ioconnus faisaioit jusqu'à la fin bonne contaianoe. Ce sont ceox4à que l'histoire ouMie, et qui, à Theure où tout succombe, où la panique et le désordre jettent leurs cris faroudies, restent calmes, combattent encore et font leur devoir jusqu'au bout Être fidèle au drapeau vainqueur, le- beau mérite 1 11 vous enveloppe dans son rayonnement Mais la vraie gloire est de demeurer attaché au drapeau vaincu et de sourire encore à ses haillons. On retrouva, le lendemain, dans un angle de rue, le cadavre d'un marin, troué de baïonnettes et couché sur un tas de Prussiens qu'il avait inmiolés à coups de hache.

La nuit était venue. L'armée s'écoulait vers Cambrai. Encore une fois l'ennemi entrait dans la ville. Le sabot de ses chevaux retentissait sur la grande place. Ordre d'allumer des lumières, laDternes ou bougies , aux fenêtres des maisons ; on tirerait sur chaque maison qui resterait scHnbre. Ordre de livrer les armes, de dénoncer les soldats réfugiés. Réquisitions partout, visites partout. L'invasion encore. Dans toutes les maisons, des blessés et des mourants , les hôpitaux encombrés, la coll^ale pleine de prisonniers entassés, six mille malheureux mobiles, mobilisés, artilleurs ou soldats de la ligne étouffant dans les chapelles, couchés sur les dalles, accroupis contre les piliers, cette foule hurlant et grouillant dans les profondeurs gothiques du chœur.

Cette bataille de Saint-Quentin pouvait amener la

destruction totale, la capitulation de l'armée du Nord. Le soir, nos troupes étaient débandées, et, durant la nuit, les Allemands ramassaient, sur les routes, sept ou huit mille fuyards, mobiles ou mobilisés. Ces prisonniers leur suffirent. Ils n'osèrent poursuivre les troupes qui se retiraient, emmenant toute leur artillerie, seize batteries, et qui les avaient arrêtés, quoique de beaucoup inférieures en nombre, tout un jour.

— Ils ressemblaient, me disait le général Faidherbe, à ces gens qui, tout aises de s'être débarrassés d'un adversaire qui les a inquiétés, le laissent aller, et se garderaient bien de lui intercepter le chemin de peur de recevoir quelque mauvais coup.

Durant tout le jour, au surplus, je le répète encore, Tennemi avait reçu de divers points des renforts importants. Ils arrivaient de La Fère , ou de Laon, ou même de Paris. Des régiments descendaient de chemin de fer pour entrer en ligne. C'est encore là un exemple de l'étonnante organisation militaire de la Confédération. Nous avons vu qu'à Spickeren (Forbach) les Allemands avaient fait de même. Cette entrée en ligne de troupes fraîches vers la fin de toutes ces terribles journées est un des triomphes de leur tactique. Le soir de la bataille de Saint-Quentin, les troupes ennemies qui occupèrent la ville venaient de sortir du wagon. Elles contrastaient étrangement par leur tenue correcte, la*propreté de leurs vêtements et de leurs armes, fusils luisants, bottes cirées, avec les autres régiments allemands, engagés depuis le matin.

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faligiiés, htnssés pu* les six demieis joars d*escarmodches et démarches, et, comme nos soldats, boueux^ sordides, tuniqa^ et pantaloos en lambeaux. L^armée battue, mais indomptée, rentrait, à Cambrai et de là à Lille. Des sddats chantaient Mourir pour la patrie. D'antres, en montrant leurs rangs dair-semés, disaient avec bravade : YoUà ce qui reste des chasseurs à pied !

L'ennemi, dit an document officiel publié dans le Progrès et VÉcho du Nord, eut, dans les journées du 48 et 49 à Yermand et à Saint-Quentin, enyiron 5,000 hommes hors de combat et nous environ 3,000 seulement. Gela tient à ce que nos coups portaient sur des masses de troupes doubles des nôtres.

Grâce aux traînards qu'il ramassa sur les routes le 20 et le 24, l'ennemi dut avoir entre les mains, le surlendemain de la bataille, plus de 6,000 prisonniers, la plupart mobiles ou mobilisés, mais la moitié se sauva et rejoignit les corps au bout de quelques jours.

Le 20, un détachement prussien arriva à la suite de nos colonnes jusqu*aux portes de Gambrai et somma en vain la ville de se rendre. Une autre troupe alla bombarder Landrecies et en fut repoussée par Tartillerie de la place.

Les ennemis se retirèrent ensuite vers Saint-Quentin, et Tarmistice, proclamé le 29 janvier, les maintint bientôt dans la limite du département de la Somme.

L'armée du Nord, cantonnée à la suite de la bataille de Saint-Quentin autour des villes d'Arras, Douai, Lille, Gambrai et Yalenciennes, se réorganisa rapidement, et dès le

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i février, elle était susceptible de se représenter en ligne avec un effectif presque égal à celui qu'elle avait à Saint* Quentin, grâce à l'incorporation de quelques milliers de mobilises.

Du reste, ce qui prouve que le général von Gœben savait très-bien que dans cette quatrième bataille il n'avait pas encore réduit l'armée du Nord à l'impuissance, c'est que, dans un ordre du 21, chargeant les généraux de division von Kummer, von Burnekow et von den Gœben d'observer Cambrai et Arras, il leur indique les lignes de retraite vers Amiens et Péronne dans le cas où ils seraient pressés par V armée française.

Les Prussiens , qui prétendent nous avoir enlevé des pièces d'artillerie de campagne, ne s'emparèrent que de trois ou quatre petits canons de montagne placés en position au faubourg d'Isle, et Faidherbe, tout battu qu'il était, pouvait s'écrier, dans une proclamation à son armée :

Soldats,

C'est un devoir impérieux pour votre général de vous rendre justice devant vos concitoyens ; vous pouvez être fiers de vous-mêmes, car vous avez bien mérité de la patrie.

Ce que vous avez souffert, ceux qui ne l'ont pas vu ne pourront jamais se l'imaginer. Et il n'y a personne à accuser de ces souffrances; les circonstances seules les ont causées.

En moins d^un mois, vous avez livré trois batailles à un ennemi dont l'Europe entière a peur; vous lui avez tenu tôle, vous l'avez vu reculer maintes fois devant vous j vous

avez prouvé qu'il n'est pas ioviacible et que la délaite de la France n'est qu'une surprise amenée par FinepUe d'un gouvernement absolu.

Les Prussiens ont trouvé dans de jeunes soldats à peine habillés, et dans des gardes nationaux des adversaires capables de les vaincre. Qu'ils ramassent nos traînards, et qu'ils s'en vantent dans leurs bidletins, peu importe ! Ces fameux preneurs de canons n'ont pas encore toudié à une de vos batteries. Honneur à vous! Quelques jours de repos, et ceux qui ont juré la ruine de la France nous retrouveront debout devant eux.

Le général commandant en chef Varmée du Nord,

Signé : Faidherbe.

Malheureusement bien des soldats avaient, en fuyant, jeté leurs armes, les uns dans les champs, les autres dans les rues, d'autres encore dans le paits à ornements de fer de la place de THôtel-de-Ville. Je Tai vu vider^ curer dernièrement. Un énorme soufflet tirait de ce puits les armes, les débris et les détrittis de la retraite du 19 janvier, chassepots brisés, képis déformés , sabres en morceaux, souliers et sacs crevés jetés en hâte au moment de la fuite. Tous ces objets souillés , boueux, les cuirs pourris, les armes envasées, étaient hideux à voir. Des soldats saxons les regardaient en fumant leur pipe ou de loin, en montant leur faction, pistolet au poing, devant leuars fourgons et leurs canons.

Et voilà ce qui reste de la gloire !

D'autres villes du département de l'Aisne, Guise entre autres, eurent leur part d'épreuve.

L'histoire de Guise est toute simple. Ce petit pays, paisible dans sa vallée, entre l'Oise et l'Aisne, doucement assoupi, pouvait espérer qu'il ne connaîtrait pas rinvasion. 11 n'avait point de garnison, quelques francs-tireurs défendaient le château, et des mobiles mal instruits tenaient la ville, lorsqu'un jour trois uhlans arrivent à Guise, au pas, et s'arrêtent sur la grand'place, demandant froidement le chemin de Bohain. — Le voilà le chemin, répond un ouvrier de la fabrique. Il saisit le uhlan par la botte, le tire et le précipite à bas de son cheval ; les autres tournent bride et fuient au galop. On mène l'Allemand prisonnier à la mairie. Deux jours après, des bataillons prussiens arrivaient en vue . de Guise. Les mobiles, postés au château, les accueillaient à coups de feu ; mais les Allemands mettaient bientôt des pièces en batterie, et les obus éclataient sur la petite ville. On se rendit.

Les dragons saxons promènent maintenant leurs* uniformes bleu clair à parements blancs sur la place» et, visitant la maison de Camille Desmoulins, j'ai vu ces Allemands installés et dormant dans la chambre où respira le pauvre enthousiaste qui donna sa vie pour cette unité française et républicaine que les stupides et les fous semblaient, dans un combat plus funeste encore que l'invasion, travailler à dissoudre.

Il y eut dans cette glorieuse et sanglante campagne

bien des taches aussi. Je rappelais au début de ce livre rhéroîque attitude des bourgeois de Douai à MoQS-en-Puelle. C'étaient les sûeux, ces martyrs.

Voici pour les petits-fils. Devant un peloton de uhlans, les bataillons de mobilisa de Douai, m'a-t-on conté, se débandèrent, et l'on s'amuse fort dans la cité douaisienne d'un commandant de ces bataillons qui, dans son trouble, rendit son épée à un gardebarrière du chemin de fer, le prenant pour un colonel prussien.

Que de sinistres spectacles aussi ! Combien de lâchetés et d*égoîsmes jetant le masque et apparaissant, poussés par la peur, dans leur nudité hideuse 1 — De telles crises mettent le cœur humain à vif. On y peut lire comme si tout homme portait sous la mamelle gauche cette fenêtre dont parle le philosophe. Qu'on se souvienne du jouisseur d'Aristophane, de ce Dicéopolis qui s'attable à l'heure où les autres vont mourir, et qui se fait apporter, souriant, des ramiers et des grives, tandis que l'héroïque dupe, son voisin, fourbit son armure et emporte son havre-sac. Que de fois nous l'avons coudoyé, cet homme, et que de fois nous l'avons écouté I

Des jeunes gens du département du Nord, de peur, de voir leurs chevaux réquisitionnés, les faisaient passer et les vendaient en Belgique. Ils s'en vantaient à Bruxelles, Et combien se réfugiaient, pour ne point combattre, dans les intendances, les bureaux, les télégraphes, les magasins d'habillements, galonnant

leurs képis, chargeant et surchargeant leurs manches ou leurs poitrines de brandebourgs étincelants ou de torsades. Mascarade épouvantable, déguisements macabres. Les autres arboraient des costumes invraisemblables, bleu de ciel , noir, rouge ou vert.

La fantaisie, cette plaie de l'humeur française, la fantaisie se glissait partout, accaparait tout, régnait sur toutes choses, et cette agonie immense de la patrie ressemblait au carnaval gigantesque d'une' grande nation. Si bien que les sceptiques et les amers, se vengeant par l'ironie de ce spectacle, raillant ces petits-crevés de la bataille et ce high-life militaire, pouvaient dire, parodiant un mot célèbre :

— Bahl le patriotisme, on sait ce que c'est! Le patriotisme, c'est le sang des autres !

A Busigny, où Prussiens et Français se retirèrent après avoir combattu et se croyant vaincus de part et d'autre, un clairon, sur le pont, sonnait la charge. — Canaille, tu seras puni, disait un capitaine en lui montrant le poing. Un commandant dirigeait la bataille, placé sur une locomotive prête à partir. Les hommes d'équipe du chemin de fer ramassèrent les fusils des mobiles et continuèrent le combat.

Après tout, c'était, reprenant l'arme abandonnée ainsi, c'était encore, c'était toujours le peuple de France, le plus généreux peuple et le nieilleur lorsqu'il saura s'affranchir du double joug de ses tyrans et de ses flatteurs.

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