‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 42 sur 53 · Il à été traduit en français par M. Verneuil; mais qui le · texte numérisé non relu

Il à été traduit en français par M. Verneuil; mais qui le

connaît chez nous?

vail OÙ nous trouverions maint détail à puiser et qui donne une idée presque effrayante de cette organisation militaire prussienne que M. de Roon à cette heure même (U juillet) trouve incomplète et qu'il travaillée perfectionner, afin que (le mot est de M. de Moltke) la France, si elle se heurte encore à l'Allemagne, se brise la tête contre le mur. Il faudrait analyser complètement cet ouvrage du général-major Annenkof * pour montrer les incalculables services qu'ont rendus aux Prussiens les télégraphes et les chemins de fer. On ne saurait faire la guerre plus scientifiquement; c'est une lutte d'ingénieurs. Le Mobilisationsplan met en dix jours un million d'hommes sous les armes. La lecture des cartes est d'ordonnance comme la gymnastique. On soigne le cerveau et les nauscles tout à la fois. Un officier d'état-major y est ce qu'il doit être : un savant. M. Annenkof nous dit que le général von Kirchbach se plaisait à faire raconter dans tous ses détails à chacun de ses officiers la bataille de Woertb. C'était un véritable examen. Et les chemins de fer, les télégraphes, comme on les manœuvrait, comme on en tirait parti ! Une batterie d'artillerie fut amenée de Kœnigsberg à Saarbruck par chemin de fer et, de la gare, immédiatement conduite au feu. Pas un accident, et les trains étaient doublés, triplés. En quinze jours on construisait un pont (sur la Marne, à Trilport),en trente jours les 35 kilomètres de railvïray,de

1. Notes et impressions d'un officier russe , par le généralmajor Âanenkof.

Rémilly à Pont-à-Mousson , étaient établis de façon à tourner Metz. Chaque jour douze trains^ dont un express faisant /|5 kilomètres à l'heure, mettaient en communication l'armée avec rAUemagnè par la ligne de Strasbourg à Paris. 2,000 employés des postes, 3,500 employés de chemin de fer fonctionnaient en France. La régularité était aussi complète qu'en temps de paix. Il faut, là-dessus, lire cette brochure du général-major russe. Quant aux ambulances, des lazarets avaient été organisés sur les lignes d'étape, mais ils servirent peu (trois ou cinq sur douze pour chaque corps), les blessés étant évacués sur l'Allemagne. On vit des blessés ramassas sur le champ de bataille et transportés directement au delà du Rhin. Double avantage moral : le soldat, comptant sur les soins, se battait mieux et n'était pas effrayé par la vue des blessures, des plaies, des amputations.

Quand on réfléchit à l'organisation prussienne, on se demande comment nos malheureuses armées improvisées pouvaient espérer de vaincre et purent résister.

La campagne de l'Est devait cependant s'ouvrir pleine de promesses pour nous. La bataille de Villersexel, dont Bourbaki et Werder se disputèrent le résultat dans leurs bulletins, fut une victoire pour nos armes. Cette journée du 9 janvier semblait présager des jours de succès. Jl faisait beau, de la neige partout, mais une température supportable. On se battit bien. Seul, un bataillon corse se débanda, laissant tuer son commandant, le lieutenant-colonel Parent. On enleva des

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positions ea chantant. On bombarda les Prussiens, on les br^la dans le château. On avançait. Le soldat français ne demande qu'à marcher en avant.

Le 15 janvier, après s'être battu le 13 à Arcey, et avoir fait étape à Aibre, on établissait le quartier général à Trémoins. Alors commençaient ces rudes batailles entre Montbéliard et Belfort qui devaient, on Tespérait, hélas 1 débloquer Belfort. Batailles terribles. Werder avait devant lui des troupes nombreuses, mais ses positions étaient formidables et en quelque sorte inexpugnables. S'appuyant à la frontière suisse, longeant le ruisseau la Lisaine, son centre était à Héricourt. Il avait hérissé de calons de siège, protégés par des levées de terre, toutes ces positions. Les Prussiens môme, creusant la terre, dissimulaient sous des branchages et de la neige des trous où tombèrent nos soldats. L'armée française attaqua résolument. Les assiégés de Belfort entendaient cette furieuse canonnade qui les faisait tressaillir d'espoir. On se battit tout le jour, on emporta plus d'une position, on prit Chenetier en repoussant la droite de Werder. Le soir, lorsque l'ombre interrompit le combat, impossible d'allumer du feu. Il fallut coucher dans la neige. On grignota un peu de pain, du lard, rien de plus. On cassait à coups de sabre le vin gelé. Et le lendemain la bataille recommençait plus formidable, un duel d'artillerie. Mais que pouvaient nos canons de canvpagne contre les pièces de vingt-quatre et les énormes obus des Prussiens?

Montbéljard. avait été pris par nous, moins le château qui domine la ville. Il fallut tout abandonner. Le 18, la retraite commençait, on se battait à Tarrièregarde, on repassait à Aibre, à Arcey, que les Prussiens occupaient dès que nous les avions quittés, et cette lugubre déroute, la plus sombre de la campagne, se continuait à travers les défilés, les gorges où les chevaux glissaient, mouraient, où les convois s'égrenaient tristement, où les cadavres s'engloutissaient silencieusement dans la neige.

Comment avait-on pu jeter dans ces montagnes, par ce temps, des troupes qui manœuvraient si difficilement dans les plaines de la Loire ? Tandis que les chevaux prussiens, ferrés avec des fers à crampons, à clous d'acier, comme les chevaux russes qui courent sur la Neva, galopaient sans broncher, notre cavalerie glissait, périssait dans ces routes qui étaient des gouffres ^ Nos soldats allaient pieds nus, d'autres les sabots aux pieds. Jamais nulle armée ne supporta de plus hombles douleurs. C'était la retraite de la Béré-

1. Ces malheureux chevaux mouraient de faim. Un voyageur, passant quelques jours après sur les lieux de cette retraite, disait :

« Des renards, un loup même dépeçaient à larges coups de dents ces restes en putréfaction ; une quantité innombrable de corneilles et de pies s'abattaient sur l'avoine répandue à profusion par les réquisitionnaires et donnaient au tableau un aspect de plus en plus lugubre. Tous les arbres qui bordaient la route impériale ont été littéralement rongés par les quadrupèdes affamés de l'armée française; il y en a qui sont étranglés jusqu'au cœur par la dent chevaline, et ce traitement a déterminé leur chute comme par la hache du pionnier, n

sina, mais en France, sur notre sol, la famine, la misère chez soi. L'horreur en paraissait doublée. Affolé de désespoir, Bourbaki, effrayé de passer pour traître, disait d'un ton vague et sombre : « Je sortirai de là comme je pourrai. »

Le 26 janvier, au soir, entre six et huit heures, Bouii)aki, retiré, caché dans une maison particulière, à Besançon , se tira au front un coup de pistolet. La mort, une fois de plus bravée, ne voulut pas de lui. Le général Glincbant prit le commandement des troupes. La tâche qui lui incombait était lourde. Comment faire échapper, comment sauver cette armée débandée, perdue, incapable de résistance aux coups de l'ennemi ?

Il fallait reculer, battre en retraite — chaque minute était un siècle — et toujours mourant, toujours souffrant, toujours glacé, essayer de gagner Lyon ou la Suisse. L'ennemi, farouche, poursuivait ses avantages. Le succès de Ricciotti Garibaldi devant Dijon ^ ,

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