Cette bataiUe de Dijon du 21 Janvier est éloquemment
racontée par ces brèves dépèches :
« 4 heures 25soi£,
« Général Pélissier à gwrre.
« Dijon très-violemment attaqué depuis une heure de Taprèamidi par forte colonne prussienne, par le côté nord et le côté ouest.
(( Tout le monde est à son poste. »
« 5 heures 16 soir.
« Colonel Gauckler à guerre,
« L'ennemi est à 1,500 mètres d'ici, occupe Pouilly et le château de Saint-Apollinaire. On dit Ricciotti cerné.
succès que les Prussiens ont depuis attribué à une manœuvre volontaire de ManteufFel envoyant six mille soldats en rideau pour plus facilement poursuivre Bourbaki, ce succès avait irrité les généraux allemands. Lorsque l'armistice fut signé à Paris, M. de Moltke exigea que Belfort et l'armée de l'Est fussent exclus de la suspension d'armes. Lq dogue tenait sa proie et la voulait broyer.
Le 1" février, une convention signée entre le général Glinchant et le général suisse Herzog permettait à l'armée française de se réfugier sur le territoire helvétique avec armes et bagages. Chère petite république suisse, plus grande dans ton œuvre d'humanité que d'autres dans leurs insolents triomphes, quelle reconnaissance tout cœur français ne te doit-il pas? Les petits furent les plus grands, d'ailleurs, en cette épouvantable aventure. Comme la Suisse, la Belgique,
« 6 heures 15 soir.
« Colonel GaucMer à guerre,
« L'ennemi se retire battu. Ricciotti a pris le drapeau du 61" de ligne prussien. »
« 6 heures 45 soir.
« Inspecteur des camps à guerre,
« La déroute des Prussiens est complète.
« Leur attaque a eu lieu à une heure par la route de Langres.
tt La brigade Ricciotti Garibaldi s'est couverte de gloire; elle a détruit le 61* régiment d'infanterie prussienne et lui a pris son drapeau. L'héroïsme dans cette armée est à l'ordre du jour. »
après Sedan, s'était montrée admirable et fraternelle.
On dit que les Suisses veulent élever à Neufchâtel une colonne commémorative de l'entrée de nos troupes sur leur territoire. Cette colonne devrait être faite du bronze ami des canons français.
Pauvre armée en lambeaux, pauvres soldats en baillons ! Lorsque les Suisses les virent, pâles, exténués, mourants, tous pleurèrent. Une immense pitié s'empara de ces cantons qui se saignèrent pour fournir vivres, argent, vêtements, aux vaincus et aux exilés. Quelles plaies et quelles douleurs roulait cet immense flot de l'armée en déroute! Des fourgons de fiévreux, des voitures de malheureux aux pieds gelés. Des femmes se précipitaient sur ces hommes et, de leurs mains, lavaient, réchauffaient ces pieds glacés. Elles donnaient tout. Le gouvernement suisse avait demandé 15 millions : — le seul canton de Zurich en apporta en quelques heures 27, la Suisse entière \06. 11 fallait par jour 30,000 pains de 3 livres, 150 bœufs, 600 quintaux de pailfe, 500 quintaux d'avoine. On trouva, on donna tout cela. Et quand de pauvres blessés disaient à des paysans aussi misérables qu'eux : « Mais vous, vous ne gardez rien, pas de provision pour vous », — les braves gens de Suisse répondaient : « Ne craignez rien. Dieu y pourvoira î »
• Savez-vous ce que fut la Suisse tout entière pour cette France vaincue? Elle fut une nourrice, elle fut une mère. Que la Suisse soit bénie dans ses citoyens et dans ses enfants à veniri
Alphonse Karr, présent à ces misères, adressait alors la lettre qui suit au Journal de Genève :
MoDsieur le rédacteur,
Aidez-moî, par le secours de votre publicité, à accomplir un devoir.
Je ne veux pas quitter Genève, où je viens de passer quelques jours, sans proclanier hautement les sentiments d'admiration attendrie et de profonde reconnaissance dont je suis ému en voyant avec quelle touchante fraternité la Suisse accueille nos malheureux soldats.
Pour nous autres Français, livrés aux souffrances etaux crimes de la guerre, tour à tour par la trahison, par Tineptie et par les mesquines ambitions personnelles, lorsque nous ne trouvons autour de nous, chez ce qu'on appelle les « grandes » puissances de TEurope, que l'ingratitude et Tégoïsme également aveugles, c'est un spectacle consolant que de voir que l'humanité et la fraternité, ces fleurs bénies, ne sont pas partout desséchées et mortes, et s'épanouissent encore sur cette petite terre libre, et généreuse de la Suisse.
Alphonse Karb.
Et comme les journaux allemands raillaient la Suisse de sa compassion, et comme le Journal cFUlm disait : « Tant mieux pour la Suisse, si la canaille de l'armée de Bourbaki est chez elle, la Suisse verra comment il est facile de traiter de telles gens, et ce qui lui en coûtera » ; le journal rUelvétie répondait , insolent et brave, en républicain parlant à un esclave;
a Que les rédacteurs du pays des Sept Souabes se rassurent : les quatre-vingt mille Français (et davantage s*il le fallait!) seront mieux traités dans notre riche et libre Suisse que ne le sont les mangeurs de saucisses et de choucroute, de Knodel et de Nudel dans leur propre pays ! »
Pendant ce temps, d*autres soldats français, poursuivis jusqu'aux Verrières de Suisse par les obus prussiens, continuaient à accourir* D'autres gagnaient Lyon. Le génâ^l qui protégeait la retraite faisait mettre à ses soldats la main sur la bouche pour que la toux de ces pauvres gens, presque tous enrhumés, n'avertît pas les embuscades prussiennes. Que de braves succombèrent dans ces dernières journées !
Un colonel eut un mot sublime. Chargé de défendre les derniers défilés, et voyant que ses soldats murmuraient:
« Qu'avez-vous donc? Vous restez en France , les autres passent en Suisse, et vous vous plaignez?
— C'est que, ici, nous allons nous faire tuer, colonel !
— Eh bien, c'est ce que je vous disais I Vous resterez en France. »
Une heure après, il mourait, frappé de deux balles, une au front, l'autre dans le ventre.
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BITCHB ET BELFORT. 335