‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 48 sur 53 · LA REDDITION DE STRASBOURG · texte numérisé non relu

LA REDDITION DE STRASBOURG

Uauteur d'une brochure imprimée à Neuchâtel, Quarante Jours de bombardement, Strasbourg ( avec cette épitaphe : Français ne puis. Prussien ne daigne. Strasbourgeois suis) nous donne sur ce siège de Strasbourg et sur la capitulation des renseignements particuliers et dignes de foi. M. le baron Pron, préfet de l'empire à Strasbourg, rêvait d'y faire un coup d'État ; cachant aux habitants les mauvaises nouvelles, il eût volontiers traduit devant une cour martiale les patriotes qui disaient la vérité et s'inquiétaient des dangers courus par la France. Le général Uhrich ne se prêta point à ses manœuvres. « Si le

général y eût consenti, les meilleurs citoyens de Strasbourg étaient arrêtés, conduits à la citadelle et jugés sommairement par les conseils de guerre (page 37). »

A propos de l'entrée du préfet républicain Valentin à Strasbourg (nous crûmes longtemps à Paris que M. Valentin avait été fusillé par les Prussiens) , l'auteur de la brochure

s'exprime ainsi : « tf . Yalentin, après avoir tenté vainement de franchir les lignes prussiennes du côté du Rhin, était parvenu, au prix de Ssitigues et de dangers sans nombre, à entrer à Schiitigheim. De là, il observa les habitudes des soldats qui gardaient les tranchées, et il s*aper- Qut qu'à un certain moment un couloir restait libre entre deux gardes assez distantes. Il se glissa jusqu'à l'endroit choisi, sauta dans la tranchée, franchit le talus opposé, essuya le feu de l'ennemi et celui de nos remparts, se précipita dans les fossés remplis d'eau, aborda au. milieu d'une pluie de balles, se constitua prisonnier et se fit conduire incontinent auprès du général. Là, il fit reconnaître sa qualité de préfet, en décousant la manche de son habit et en tirant le décret officiel, signé Grambetta, qui l'envoyait à Strasbourg. Si la France n'avait eu que des serviteurs pareils, elle ne serait pas en ce moment ce qu'elle est. n

Plus loin, l'auteur peint avec un réalisme attristant (Vâpre vérité dont parle Danton est toujours salubrej la sortie de nos soldats après la capitulation :

« Us pouvaient quitter la ville avec leurs armes et avec les honneurs de la guerre. Les Prussiens les attendaient, rangés en bataille, sur les glacis, et quand les premiers soldats français parurent sous la porte, le tambour battit aux champs, et l'ennemi porta les armes. Il les déposa bientôt, à l'aspect de la foule désordonnée qui roulait vers lui. Seuls, les artilleurs, les marins et les douaniers défilèrent comme de braves et vaillants militaires, pleurant leur défaite, mais fiers, résignés et dignes. Quant aux autres, ah! le triste cortège en vérité! ils passèrent, sans ordre, brandissant des tronçons d'arnies, jetant à l'ennemi rinjure et à leur propre général. Je me trouvais dans la foule, à côté du consul des États-Unis, au moment où les

troupes défilèrent ; de ma vie je n'oublierai la stupéfaction indignée de cet Américain : « C'est la seconde fois, me « dit-il, que j'assiste à la capitulation d'une armée. La « première fois, ce fut l'armée de Lee qui se rendait aux « troupes du Nord : ces hommes arrivèrent vers nous, « portant le fusil baissé contre terre, comme pour un (( enterrement, marchant en bon ordre, silencieux et a graves. Nous les saluâmes comme des héros. Ici... » Je ne dirai pas ce que le consul ajouta. » L'armée césarienne avait besoin de se refaire une âme.

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