‹ La guerre nationale, 1870-1871Chapitre 50 sur 53 · REPRISE D'ORLÉANS PAR LES PRUSSIENS · texte numérisé non relu

REPRISE D'ORLÉANS PAR LES PRUSSIENS

Un Français, prisonnier à Orléans, décrit ainsi l'entrée des Prussiens dans cette ville :

« Orléans, 20 décembre 1870.

(( La rentrée des Prussiens dans cette ville a offert le plus navrant spectacle. Des femmes en deuil parcouraient les rues, cherchant les traces de leurs fils, de leurs frères, de leurs maris. La voie publique était jonchée de cadavres d'hommes et de chevaux. On a ramassé deux gendarmes prussiens qui avaient été tués pendant qu'ils marquaient à la craie les volets des maisons destinées à recevoir des loge-

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ments militaires. Le grand-duc de Mecklembourg descendit à l'hôtel d'Orléans, et ses soldats le forcèrent à se montrer pour lui faire une ovation.

ff Par le froid glacial qui régnait, les mobiles prisonniers venaient demander à pouvoir se réchauffer aux feux des Prussiens. Ceux-ci ûrent ouvrir les magasins pour se procurer des gants, des camisc^es de flanelle, des cartes photographiques et tous les objets indispensables.

« Le trait le plus extraordinaire de la physionomie d'Orléans, c'est la cathédrale. On y enferma des prisonniers. Ceux-ci, pressés par le froid, mirent le feu à toutes les chaises de l'église. Ces bûchers allumés au milieu du temple produisaient une épaisse fumée au milieu de laquelle les soldats s'agitaient comme des ombres fantastiques. On ne peut s imaginer de pareil coup d'œil.

« Tout à coup, le bruit assourdissant des conversations de celte multitude fut interrompu par le son de l'orgue, qui se mit à jouer... une gigue, tandis que les prisonniers cuisaient leur repas sur le feu allumé dans la nef. Derrière moi, un prêtre versait des larmes; à côté de lui, des femmes en deuil distribuaient du pain aux prisonniers... Les prisonniers français ne sont pas nourris par les Prussiens. Ce soin est laissé à la générosité des habitants, qui malheureusement est souvent insuffisante. Je dois ajouter que si le soldat français connaissait les souffrances de tout genre qui l'attendent, il n'y en a pas un seul qui ne préférât mille fois se laisser tuer sur le champ de bataille. »

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