PRÉFACE
toutes remplies de nos revers ! Que de fois, dans notre chambre , il nous a semblé voir se glisser une ombre, Timage de la patrie mutilée, et qui semblait nous dire : A quoi bon remuer ces souvenirs sinistres et agiter le linceul des morts ? — Nous l'avons fait cependant, pour donner aux survivants la haine plus profonde de Tagression injuste, de la conquête féroce et de Thorrible guerre. Nous avons ouvert et sondé les plaiea. Nqus avons secoué sur la tète du vainqueur la poussière chaude des maisons incendiées et des villes bombardées. Nous aurions voulu faire de ces pages un réquisitoire contre la force, contre la brutalité triomphante, la victoire stupide, et aussi un plaidoyer en faveur de la paix, du travail, de rhumaine fraternité et de la justice.
Hélas! nous écrivions ce récit loin de notre cabinet de travail habituel, et nous entendions, semblait-il, à nos oreilles, le lugubre écho des canonnades parisiennes, — l'écho, le triste écho de la guerre civile. Fraternité, Raison, Amour, Résignation, tous ces mots dictés par le devoir à la conscience semblaient tout à coup dénués de sens, et, dans le naufrage épouvantable de tout ce qui était notre espoir, nous nous deman-