LE BLOCUS
Cela nous amène aux opérations du blocus proprement dit, et tout d’abord aux mines sous-marines. Nous les avons vues comme auxiliaires de la défensive terrestre; nous les retrouvons ici comme moyen d’enfermer une force mobile dans son abri, ce qui est à vrai dire faire contre le mouvement ennemi œuvre défensive, dans une intention offensive.
Quelles que soient les appellations techniques et les mécanismes des engins en question, ceux qui ont joué dans la dernière guerre le rôle qu'on sait peuvent appartenir à deux catégories : ou ce sont des torpilles mouillées à poste fixe en un point choisi; ou ce sont des torpilles flottantes isolées ou liées par groupes. Il semble
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d'ailleurs que le plus souvent celles qui étaient mouillées primitivement se soient détachées de leur pied par suite du mauvais temps, et ne soient entrées en scène qu'une fois parties à la dérive. Le double enseignement de la guerre, c'est, d’une part, leur efficacité foudroyante : les plus grands cuirassés coulent, comme le Petropawlosk en deux minutes, comme le Hatsuse « immédiatement »; c’est d'autre part le danger qu’elles font courir à ceux mêmes qui les ont posées et qui les manient. Bateaux détruits en plaçant ou en relevant les mines qui gardent leur propre littoral; bateaux rencontrant en mer ou en rade les mines échappées de leur propre ligne défensive : nous avons eu des exemples de toute sorte qui se confirment l’un l’autre.
Il en ressort deux conclusions. En premier lieu, il faut se préparer à faire un usage de plus en plus large des engins de cette espèce. On semblait espérer jusqu'ici que les cuirassés de grand tonnage, dont les liaisons sont plus multipliées et plus puissantes, résisteraient, beaucoup mieux que les unités plus faibles, à l'explosion d'une torpille de blocus, de même qu'à celle d'une torpille automobile. L'événement a justifié cette prévision pour la seconde, non pour la première. Ayons donc à notre disposition un matériel abondant de mines sous-marines fixes ou flottantes. Ayons des bâtiments spéciaux pour les semer en mer et des équipages spéciaux entraînés à le faire vite. Mieux encore, sachons utiliser tous nos bateaux, des cuirassés aux contretorpilleurs et aux sous-marins, y compris naturelle-
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ment les croiseurs auxiliaires, pour mettre en œuvre, le cas échéant, cette arme formidable. Il n’est peut-être pas impossible d’emporter sous les ponts cuirassés un approvisionnement normal de récipients et d’explosifs tout prêts à être réunis en un ensemble offensif.
Mais si l'on veut ainsi généraliser l’usage des torpilles que j'appellerai inertes (pour y comprendre les fixes et les flottantes, et les distinguer à la fois des automobiles et de celles qu'on met en feu volontairement du rivage), la condition sine qua non est d'apprendre à les manier sûrement. Il est peu croyable que la science et la technique actuelles y trouvent des difficultés insurmontables. Et ce problème général en englobe plusieurs autres. L’un consistera, pour la défense des passes, à rendre certaine la fixation de l'engin sur son ancre; un autre à le désarmer automatiquement sil échappe; un autre à perfectionner, au point de vue de la sécurité, l'opération du mouillage; un autre encore à exercer minutieusement les équipages; un autre enfin à prévenir par un mécanisme spécial les objections des neutres contre les torpilles flottantes ou dérivantes.
Car ces objections en interdiraient l’emploi sur une grande échelle. Et elles se sont déjà produites. Lors de la perte du ÆJatsuse, la presse anglaise a protesté contre le fait incombant aux Russes d’avoir mouillé des torpilles au large du cap Liao-ti-Chan, peut-être au delà des eaux territoriales. A plusieurs reprises, on a craint, supposé, éprouvé même des sinistres en haute mer,
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causés par la rencontre de ces épaves formidables parties au gré des courants.
Le croiseur allemand Hansa en rencontrait deux dans les mers du Nord de la Chine et les détruisait à coups de canon, en juillet 1905. Le 1er juin 1906, le vapeur russe Xniaz-Gortschakoff, à vingt-cinq milles de Vladivostock, était coulé par une mine. Il en était de même le 16 juin 1906, près la côte de Corée, du transport japonais T'oyotomi-Maru, qui disparut avec cinquante hommes. On a estimé à trois cents ou quatre cents le nombre des mines à la dérive, Japonaises ou russes, sur le théâtre de la guerre. Le commerce international en eût pu être assez éprouvé pour qu'on entendit s'élever une protestation unanime.
Et cependant il serait imprudent de renoncer bénévolement, par esprit d'humanité, aux services les plus étendus d'une arme à laquelle rien ne résiste. Aucun congrès international ne l'a encore interdite. L'’eût-on fait, que nous ne saurions être certains de voir nos adversaires respecter une clause si gênante. Quand un procédé de guerre peut assurer en quelques instants le triomphe définitif d’un parti, la force des choses l’emporte sur toutes les conventions. Il faut donc s’attendre à voir la torpille flottante, la torpille errante jouer
1 Accidents en mai 1905: le 4, le tranaport Sheyutsu-Maru rencontre, près des îles Miao-Tao, une mine qui lui enlève son arrière; le 41, le croiseur auxiliaire Kiko-Maru est coulé à pic par une autre au large de Port-Arthur; le 12, le steamer anglais Sobralense subit le même sort dans la même région. Il y avait longtemps que Port-Arthur était pris.
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son rôle dans les guerres de demain; il faut se préparer à en subir les effets, et à l’'employer comme tout le monde. Il faut, dans cette intention, commencer par la rendre admissible, même semée en haute mer, en limitant à volonté la durée pendant laquelle elle reste dangereuse,
Après la fermeture matérielle du port et la destruction probable à la sortie, vient, comme moyen d’emprisonnement d’une flotte, l'impossibilité qu’elle sorte sans se heurter à des forces navales supérieures. C’est le blocus militaire proprement dit. Il a été employé par Togo contre l’escadre de Port-Arthur, par Simpson contre Cervera; dans les deux cas avec succès. L’impuissance des bloqués à oser quitter leur prison est restée complète, jusqu’au jour où une nécessité vitale, du moins à leur opinion, les a jetés découragés et vaincus d'avance sous les canons de leurs ennemis.
N'insistons pas sur le blocus de Santiago. L'état des bateaux et des marins espagnols ne leur permettait ni d'affronter le combat, ni même de rendre périlleuse la tâche des bloqueurs. Bien que des causes analogues aient compromis la défensive russe, elle restait suffisante pour obliger les Japonais à déployer toutes les ressources de la guerre de blocus.
Nous y reviendrons au point de vue tactique. Retenons seulement qu'un blocus militaire tel que celui de Port-Arthur, avec des batteries de côte, des mines