LES INSTALLATIONS
D'autres, non moins urgents, concernent les transmissions et signaux. Un bateau soumis à une attaque violente n'aura bientôt plus les moyens de faire à son escadre des signaux compliqués. Les compas lui manqueront. C'est ce qui est arrivé au Cesarewitch, l’un ayant été touché par des éclats, l’autre démoli par les secousses. Il faut réduire les ordres à transmettre et indications de routes à leur dernière simplicité. C’est ce qui a été étudié dans nos dernières grandes manœuvres sous la direction de l’amiral Fournier.
Il suffit d'entrer dans le blockhaus ou la chambre de commandement inférieure d’un cuirassé français pour s'étonner de l'accumulation extraordinaire de tubes acoustiques, lampes-témoins, manettes électriques, etc., adossés aux murailles. Les ébranlements notés sur les bâtiments russes mettent en évidence la fragilité de ce
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tissu de fils et d'appareils délicats. Il faudra trouver autre chose, et surtout moins compliqué. La complication est une source d'avaries et de pertes de temps. On a besoin d'appareils auxiliaires robustes, surtout pour la direction des machines et la barre. Le coup qui tua l’amiral Witheft et son entourage laissa immobilisé le gouvernail du Cesarewitch. On mit plus d'une demiheure à en ressaisir la commande au moyen d'une des roues de combat. Pendant ce temps, le Cesarewitch tombait vers l’ennemi et tournait en cercle, jetant la confusion dans sa propre ligne.
Nous en sommes aux avaries matérielles, à celles qui intéressent le gouvernail. Le rôle de ces dernières se montre considérable dans les combats modernes. A San Giorgio de Lissa, l’avant-veille de la bataille, les batteries de terre forcent l’Ancona à se retirer par suite d'un incendie dans le compartiment de la barre. Deux jours plus tard, c’est une bordée d’enfilade, qui, en faussant la mèche du gouvernail du Re d'Italia, le livre à l'éperon du Ferdinand-Max. À Punta-Agamos, la destruction des moyens de gouverner est ce qui oblige enfin le Huascar à se rendre. Une avarie de servomoteur jette, le jour du Yalou, le Sado-Maru sous le feu des cuirassés chinois et compromet un instant la situation. Le Varyag ne doit renoncer à s'échapper qu'au moment où un obus, faussant son gouvernail, le fait tomber en travers. L’avarie de barre du Cesarewitch décide de la bataille de Port-Arthur; celle du Rurik, quatre Jours plus tard, le livre aux Japonais et retient
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auprès de lui ses deux conserves sous les coups. Enfin le Novik perd pour la même cause sa dernière chance d'atteindre Vladivostok. A Tsoushima, avaries de gouvernail ou d'appareil à gouverner sur le Sissoï- Veliky, l'Orel, le Borodino, V'Asama, l'Iwate et le Matsoushima.
Il serait assez aisé de protéger le gouvernail luimême, de façon relative, en l'enveloppant à demi sous une voûte cuirassée. Les Anglais s’y sont attachés dans leur dernier type, le Dreadnought. Il faut songer, on le voit, à une protection toute spéciale pour les organes de commande. Enfin la solution d’un gouvernail de secours est à envisager. (Voir le gouvernail à grande surface prévu tout dernièrement pour le cuirassé anglais Minotaur, en deux parties qui peuvent agir séparément.)
Avec la direction, la propulsion achève d'assurer le mouvement. Le point vulnérable de la propulsion, ce sont les cheminées. Elles ont été souvent percées et surtout au combat du 10 août 1904, où le tir des Japonais, juste aux grandes distances, parut porter un peu trop haut quand on se rapprocha. Résultat : le Cesarewitch, dans sa fuite, voyait sa consommation par vingtquatre heures passer à quatre cent soixante-dix tonneaux, au lieu de quatre-vingts, et sa vitesse tomber de douze nœuds à six nœuds. L’Askold, atteint pareillement, mais de façon moins grave, tombait, dit un récit, de vingt et un nœuds à douze nœuds. Au Yalou, les cuirassés chinois étaient partis les cheminées criblées. A Tsoushima, remarques analogues pour une douzaine de bâtiments. Le tirage forcé en vase clos ne
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fonctionnera plus aussi bien, à la suite des ébranlements, s'il n'a pas été soigneusement organisé. Il deviendrait utile d'adopter le tirage forcé par insufflation au cendrier, moins exposé que l’autre au détraquement.
Les projectiles modernes mettent immanquablement le feu aux boiseries, ponts, approvisionnements, etc. Il n’y a pour ainsi dire pas de combat dans la dernière guerre qui n'ait donné lieu à des incendies. À Tsoushima, beaucoup des bateaux russes, surtout les amiraux, sont à quelque moment en feu. Rappelons particulièrement le récit d’un officier du Borodino. D'après tous les rapports, l’Ossliabya, le Borodino, le Kniaz-Souvarof, l’Alexandre-TIT, le Sissoï- Veliky, plus ou moins entourés de flamme et de fumée, durent successivement quitter la ligne pour combattre l'incendie, aux conséquences duquel la plupart d’entre eux succombèrent. Il est vrai qu'ils étaient surchargés, bondés de charbon, jusque dans les chambres d’ofliciers et les salons d’amiraux. Dans ces conditions ils devenaient de véritables et d'immenses brasiers, où des hommes furent brûlés vifs, au milieu desquels les services d'extinction, de défense et d’épuisement se trouvèrent vite inutilisables. Dans le reste de la guerre, on arrive partout à arrêter le fléau assez rapidement et à l'étouffer peu après. Il faut noter que souvent le feu prend par suite de l'explosion d’un parc à munitions non protégé situé sur les ponts. C’est le cas à bord du Gromoboï le 14 août 1904, et de l'Askold le 10. Avant de périr, le Rurik a pu se rendre maître
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d’un incendie; le Varyag a eu le sien; des japonais aussi, comme l’Zwate, le 9 février, mais ils ont mieux gardé le secret. Faut-il remettre en mémoire, au combat du Yalou, les incendies successifs et multipliés de presque toutes les unités chinoises? faut-il rappeler la fin lamentable de l’escadre espagnole de Cervera? Ces bateaux presque intacts, dévorés par les flammes, avaient ému toutes les marines. On s'était efforcé de supprimer le bois à bord. L'exemple récent semble montrer qu'on n’a pas encore assez fait dans ce sens. Citons enfin dans la période précédente Lissa, où un incendie extrêmement grave éclatait dès le début à bord du Palestro, qui finit par sauter.