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LA PROTECTION

Les coups des Japonais semblent avoir été fréquemment dirigés, volontairement et avec succès, contre les hauts des bâtiments ennemis, même contre les hunes armées ou les mâts ! et les cheminées. Mais souvent aussi ils ont frappé à la flottaison ou au-dessous. Le roulis a pu découvrir la coque plus bas que la euirasse, notamment à Tsoushima pour l’Amiral-Nakhimof (qui a été coulé certainement et rapidement par

1 Cette vulnérabilité et les fortes distances de combat militent en faveur de la suppression des mâts militaires, qui peuvent d'ailleurs être ruinés par le bas et tomber sur les ponts dangereusement.

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le feu de l'artillerie). Les renseignements que nous possédons ne permettent cependant pas de l'assurer. Il est possible que la plupart des bateaux, blessés au-dessus de la cuirasse, aient simplement fait cuiller au roulis par leurs blessures et chaviré. D'ailleurs, les quatre navires du type Borodino ( Borodino, Souvarof, Alexandre-IIl, Orel), les meilleurs de l'escadre, devaient avoir, d’après leurs plans de construction, le can supérieur de leur cuirasse épaisse à 54 centimètres au-dessus de la flottaison. Mais dès le départ de Russie ils étaient en surcharge. Même en se contentant de l’approvisionnement normal de charbon, leur flottaison s’enfonçait de 50 centimètres. Nous savons qu’à Tsoushima ils portaient encore beaucoup plus de combustible. Ils n'avaient donc plus du tout de cuirasse épaisse hors de l’eau. Ils n'étaient plus protégés que par une cuirasse mince de croiseur. Il en était de même de l'Ossliabya, dont la cuirasse mince elle-même, dépassant d’après le plan la flottaison de 91 centimètres seulement, devait émerger le jour du combat de 25 à 30 centimètres tout au plus, laissant la cuirasse épaisse entre À et 2 mètres d'immersion.

Cette question de la surcharge est, on le voit, capitale. Et malheureusement la plupart de nos cuirassés, encombrés de superstructures si dangereuses par ailleurs comme occasion à faire éclater les obus, se trouvent comme les cuirassés russes en surcharge normale et permanente.

Dans d'autres cas, les obus ont touché la coque à

travers une couche d’eau. La protection par l’eau n'est pas absolue. Le Cesarewitch portait une marque à 2m,25 environ sous la ligne d’eau. Un suintement par les trous de rivets disjoints introduisit cent cinquante tonnes d’eau à bord en une quarantaine d'heures. Le 14 août 1904, le Gromoboï reçut six coups au-dessous de la flottaison, et le Rossia onze. Les voies d’eau ne furent pas assez graves pour les empêcher de gagner Vladivostok. On relève des cas analogues sur de nombreux bateaux des deux partis.

Je viens d'expliquer quel put être le sort du Nakhimof, chavirant par l'effet de voies d’eau supérieures au cuirassement. Bien que les cuirasses des autres bâtiments russes aient atteint une plus grande élévation théorique, la surcharge énorme de charbon, inutile pour le court trajet choisi, les avait tous ramenés à la même situation. En tout cas, sur la plupart, la protection de la stabilité n'avait pas été garantie par un cloisonnement suffisant, selon la formule étudiée chez nous par M. Bertin. Depuis 1886, sous l'influence de ce dernier, la marine japonaise possède au contraire l'avantage de cette disposition. Elle était inconnue des Chinois; au Yalou, leurs croiseurs disparurent aussi par chavirement.

Voici donc mise en évidence la nécessité de cette protection de la stabilité. Son efficacité est prouvée par la résistance des japonais aux effets mortels des avaries. 11 est possible que quelques-uns d’entre eux lui aient dû leur salut. Le nombre en eût été plus grand si le tir des Russes s'était montré plus redoutable.

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Pour la cuirasse de flanc, elle a fait ses preuves. Au Yalou, elle a sauvé en dépit de tout le T'ing-Yuen et le Chen-Yuen. Frappée dans presque tous les combats de la dernière guerre et sur presque toutes les unités de ligne engagées, elle semble avoir résisté, même aux distances de 1200 à 1500 mètres, auxquelles a été livré une partie du duel d'artillerie de Tsoushima. Par exception (Nisshin, Mikasa) elle a été percée, mais sans dislocation des plaques et sans conséquences graves; les organes vitaux placés sous les ponts blindés ne semblent pas non plus avoir été atteints souvent par les éclats ni détraqués par les ébranlements. Sauf cas très rare (Askold), les chaudières sont restées indemnes. D'une façon générale, les obus n’éclataient pas ou éclataient prématurément, jamais à mi-cuirasse. Et les Japonais paraissent avoir fait peu d'usage des projectiles de rupture.

De même, nous l'avons déjà dit, les blockhaus et tourelles ont généralement résisté, sauf à deux coups frappant ensemble ( Borodino). Seulement, nous avons vu que le personnel enfermé dedans pouvait être néanmoins décimé par les contre-coups, ou tout au moins assourdi et mis hors de combat pour un temps. Il y eut pourtant sur le Mikasa destruction partielle du blockhaus, et sur l’Orel une portion de tourelle endommagée par un coup de 205; mais le cuirassement n'avait que 10 centimètres d'épaisseur. Les casemates, protectrices de leurs hommes aux grandes distances et dans une certaine proportion (Gromoboï et Rossia, etc.), n’ont

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