L'ÉCLAIRAGE
Au fractionnement et à la mobilité, on peut rattacher l'éclairage. Il arrive qu'il soit confié à de petites unités dispersées, sans valeur militaire. Mais nous en voyons aussi charger les divisions de croiseurs, cuirassés ou protégés, qui prendront part à la bataille. C’est qu'au voisinage d’un ennemi redoutable, si l’on ne possède pas, comme il le faudrait, un très grand nombre d'éclaireurs légers, capables de se suppléer, en cas de mau-
vaise rencontre, pour porter les nouvelles, et si l'on veut pourtant des renseignements sûrs, on est tenté de les faire prendre par une force capable de résister à un coup de main (un ou plusieurs cuirassés pourraient aussi assurer ce rôle). Avant Tsoushima, chacun des deux adversaires forme un détachement de ce genre; celui des Russes, trop tardif et trop faible, sous les ordres de l'amiral Enquist.
Le rideau de blocus tendu devant Port-Arthur est, lui, constitué en principe par des divisions de contretorpilleurs. A leur défaut, des divisions de torpilleurs. Ici ce n’est plus de l'éclairage proprement dit, il s'agit plutôt de maintenir le contact avec une force immobile. La menace du torpilleur et le besoin d’user d'une base abritée dans une rade voisine forcent à écarter habituellement du port bloqué, et surtout la nuit, l’escadre lourde. Il faut l'inertie des Espagnols à Santiago pour permettre le blocus direct. Le sous-marin obligera à reculer encore cette seconde ligne des bloqueurs, ce point ou cette trajectoire où le corps de bataille guette les forces navales qui tenteraient de s'échapper. Tout mouvement aperçu par les contre-torpilleurs est signalé au gros de l’armée par les croiseurs de soutien. Ceuxci emploient à cet usage la télégraphie sans fil, ou font la navette. Les choses étant ainsi disposées, on voit que les bloqués ont assez d'air pour sortir et prendre le large (l'escadre russe en a donné plusieurs exemples). IL faut à la flotte de surveillance le temps de les re- Joindre; seulement, comme elle est sûre du contact pris
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au départ, si ses communications sont rapides et sa vitesse suffisante, elle a grande chance de couper la route aux évadés et de les obliger à combattre. Il apparaitra par ce qui précède que des forceurs de blocus, pourvu qu'ils soient rapides et capables de refouler les contre-torpilleurs et de résister sans trop de dommage pendant quelque temps au feu des croiseurs de soutien, peuvent toujours nourrir l'espoir d'échapper. Leur succès dépendra des conditions géographiques d’abord. Si plusieurs routes leur sont ouvertes très divergentes, conduisant à des abris voisins, ils auront toutes chances de passer. D'autant plus de chances que leur vitesse sera plus grande, qu'ils seront mieux renseignés sur les mouvements de l'adversaire, qu'ils sortiront enfin par temps plus bouché, c'est à-dire en particulier de nuit (ni Cervera, ni Witheft n’ont osé s'assurer ce dernier avantage). Le blocus étroit et rigoureux semble devenu fort difficile, sauf conditions spéciales, en ce qui concerne la sortie.
N’empêche qu'une flotte supérieure reste maîtresse de s'opposer au départ en masse de toute expédition encombrante et pesante, de toute force de débarquement, de transports de troupes évacuant une place assiégée. Elle demeure à peu près autant que jadis à même de couper un port de son commerce, de son réapprovisionnement par mer, de ses renforts. Ce n’est plus un piège d’où l’on ne saurait sortir : c'est encore un endroit où il est presque impossible d'entrer. Car, — du moins en l’état actuel du sous-marin, — rien n'interdit
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à la marine maîtresse de la mer d'exercer du côté du large une surveillance en force. Tout bâtiment signalé par cette ligne d'avant-poste doit suivre, pour atteindre le port, des routes, convergentes cette fois, que les bloqueurs ont toute facilité pour couper.