LE TIR
Il reste donc en dernière analyse deux actions décisives, capables d'assurer la maîtrise de la haute mer et la liberté d'accès plus ou moins suffisante des points d'appui : l’action par le canon, l’action par la torpille. Pour le duel d'artillerie, nous avons indiqué quelles formations tactiques lui servaient d’auxiliaire. La conduite du tir met en œuvre les moyens de combat ainsi disposés sur le champ de bataille. Tirer juste, vite et suivant une discipline raisonnée, est l'essentiel de la supériorité navale. Quelques dispositions qu'eussent prises les adversaires, dans aucune des rencontres historiques que nous considérons, on ne peut supposer qu'un avantage marqué à cet égard eût été insuffisant pour assurer la victoire à l’un quelconque des partis. En réalité, elle est toujours restée du côté des bons tireurs. La supériorité des Japonais!, écrasante au Yalou
1 Il ne faut d'ailleurs pas s'exagérer leur habileté : elle est surtout notable par comparaison avec celle de l'adversaire. L'Orel, après plusieurs heures de combat, avait reçu trente-trois coups, dont trois
seulement de 305mm, Les Japonais ont fait une consommation énorme de projectiles. Contre le Cesarewitch il en aurait été tiré sept cents
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et même à Tsoushima, semble encore sensible à Port- Arthur. Ils touchent de loin, dirigent leurs coups sur telle ou telle région du but, spécialement sur les blockhaus et passerelles où ils tuent les amiraux et les commandants.
La justesse de leur tir à grande distance, due principalement sans aucun doute à un entraînement méticuleux, paraît tenir en outre à l'emploi de bonnes lunettes de pointage, efficaces jusqu'à 7000 ou 8000 mètres. Un feu dangereux est ouvert sur le Rossia et le Gromoboï, à 11000 mètres, et maintenu entre 8000 et 9000. Par mauvais temps, à Tsoushima, c'est à 6000 mètres qu'on commence. Il faut, il est vrai, se demander si les grosses pièces n'ont pas attendu quelques minutes pour n’entrer en ligne que vers 4000 mètres avec des distances parfaitement repérées. Moins de gaspillage cette fois. Le feu cesse complètement quand la brume, la fumée ou l'éloignement en diminueraient l'efficacité.
Il est possible que les Japonais tirent parfois ensemble leurs deux gros canons jumelés. Cela compléterait ce que j'ai appelé plus haut la concentration des poids. Un officier du Borodino nous apprend, en effet, que sa tourelle fut désemparée par le choc simultané de deux projectiles de 305 millimètres.
Mais la méthode par excellence qui fait produire au canon tous ses effets destructeurs, c'est la concentration
de gros calibre, dont dix seulement l'ont atteint : soit un pourcentage de 1,4 0/,. (Mémoire de M. l'ingénieur Ferrand.) À Santiago, les Américains avaient relevé 3,4 0.
PS Es
des feux. Nous avons vu les divisions nipponnes, profitant de leur initiative en face d’un dispositif immobile, coiffer une des extrémités de la ligne ennemie : au Yalou, l’aile droite chinoise; à Tsoushima, la tête de colonne russe. Dans cette position, les bateaux concentrent tous à peu près complètement leur feu sur une seule et même unité ennemie, de façon à la metire tout de suite hors de cause. Et, vis-à-vis des Russes, l'unité choisie est toujours d'abord le bateau amiral. Avec un moindre succès, ceux-ci obéissent au même principe. Tout leur effort, le 10 août, se tourne contre le Mikasa. IL s'en faut de peu que Togo ne soit tué au milieu de son étatmajor, et aussi qu’à juger d'après les pertes et avaries de son bateau amiral il ne renonce à continuer la lutte. Il allait faire, dit un spectateur, le signal de s'éloigner, quand le Cesarewilch sortit de la ligne et changea le sort de la journée.