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LES RENSEIGNEMENTS

Cette question de l'éclairage et du contact, qui englobe l'étude d’une tactique spéciale et influe sur les opérations tactiques générales, touche en même temps à une nécessité stratégique de premier ordre. Il n'est pas besoin de rappeler que le tourment de Nelson fut d'ignorer où se trouvait tantôt l'expédition d'Égypte, tantôt l'escadre de Villeneuve. Alors que le principe dominant de la stratégie est de se jeter sur l'ennemi pour l'anéantir, le premier besoin est évidemment de savoir où est cet ennemi, ce qu'il fait, où il se dirige. L'espionnage a donné aux Japonais des indications précieuses. On a même prétendu qu'ils avaient connu quelques jours d'avance, de la sorte, l'intention annoncée par Rodjestvensky de passer par le détroit de

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Corée. Sur les points choisis pour leur débarquement, ils ont su de même se faire renseigner. À Port-Arthur, pendant le siège, des Chinois, par des signaux convenus, rectifient leur tir. Les nationaux résidant à l'étranger recueillent les bruits et les transmettent. Le consul japonais de Singapour accompagne en chaloupe l'escadre russe lors de son passage par le détroit, afin de mieux relever les noms et particularités des navires.

D'autre part, les journaux jettent au public des deux mondes certains détails qu’on n’a pu s'empêcher de laisser paraître. Les deux dernières guerres mettaient aux prises des peuples dont la presse est développée. Le départ de l’escadre Cervera et de l’escadre Rodjestvensky était annoncé longtemps à l'avance par cette voie, le caractère de leur chef mis en lumière, leur composition exposée.

La remarque à faire ici concerne le mutisme des journaux japonais. Grâce aux difficultés et à la nature spéciale de leur langue, grâce à leur position insulaire, qui rend la surveillance plus aisée, grâce surtout à un sentiment patriotique universel aidé par une discipline rigoureuse, les Japonais ont réussi à clore complètement, sur les sujets qui pouvaient intéresser l'ennemi, cette source de diffusion des nouvelles. Il suffit de penser aux résultats possibles de la moindre indiscrétion sur la position de Togo avant Tsoushima pour concevoir l'importance du secret. 11 y a là un exemple à suivre, sur lequel on ne saurait trop appeler l’atten-

tion.

Les journaux ne contiennent bien souvent eux-mêmes que des documents de seconde main. Les nouvelles sont recueillies et propagées par les agences télégraphiques, lesquelles sont des organes plus ou moins internationaux. Dépêches, câblogrammes, lettres de correspondants transmettent les récits parfois les plus fantastiques, mais parfois aussi les plus circonstanciés et les plus révélateurs. Une dépêche signale le passage de Cervera à Curaçao où il se ravitaille, de même pour Rodjestvensky à Singapour, puis aux îles Saddle, ete. La télégraphie sans fil vient permettre aux amateurs et marchands d'informations d'épier sur place, en pleine mer, de suivre sans rompre communication les mouvements des navires. Au début de la guerre russo-japonaise, le Times équipe un bâtiment à cet usage. Les états-majors belligérants s’en plaignent naturellement, prononcent des interdictions. Mais la mer est à tout le monde, et désormais on saura beaucoup de par la curiosité des neutres.

Elle s'est exercée de tout temps au moyen des bateaux de commerce en cours de voyage. Différents paquebots ou cargos ont aperçu ici les croiseurs russes de Vladivostok, là les éclaireurs nippons qui attendent Rodjestvensky ou l’escadre de ce dernier. Sur des routes fréquentées comme le canal de Formose, la mer Rouge, l'Atlantique Nord, il est bien difficile et il le sera désormais de plus en plus de passer sans faire de rencontre presque chaque jour.

L'éclairage à grande distance par bateaux de guerre

n'en est pas moins nécessaire. Facilité par la télégraphie sans fil, la multiplicité des câbles et ports d'où l’on peut télégraphier, il n'apparaît cependant comme possible que si la disposition géographique et les nécessités de sa stratégie limitent les régions sur lesquelles il faut chercher l'ennemi. Lorsque Rodjestvensky est encore à Madagascar, on signale des croiseurs japonais aux débouchés des îles de la Sonde. Plus tard, diverses informations feraient croire à un rideau déployé en éventail depuis Amoy jusqu'auprès de Bornéo, en s'appuyant sur Formose. L'avenir est peut-être destiné, en offrant plus souvent que jadis des occasions de conflts entre puissances éloignées, à développer ce qui n'est encore là que le rudiment d’une méthode. Ce serait celle des communications d'avis à grande distance. Elle nécessiterait un grand nombre d'unités légères, et éliminerait de la stratégie navale la plus grande part des hasards et des incertitudes qui la caractérisent encore.

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