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C'est alors que iM. Asquilh parla enfin, pour la première fois, de la Roumanie invincible qui a. surmonté des difficultés énormes comme on n'en vit nulle part ailleurs (') et sir Lloyd George déclara : « La reconstitution de l'armée roumaine et la résistance acharnée — résistance si précieuse pour la cause commune — que cette armée oppose à l'ennemi en ce moment, dans des conditions d'une difficulté exceptionnelle, présentent un exemple magnifique de la force que la liberté inspire à un peuple libre (^). »

Enfin, pour ajouter encore, si possible, aux souffrances do la Roumanie, le traitement que ses ennemis firent subir aux prisonniers roumains capturés fut des plus inhumains. Ils sont morts littéralement de faim et de froid. Les chiffres officiels allemands eux-mêmes se chargent du plus -terrible réquisitoire contre les Allemands : 36,8 °/o des prisonniers roumains internés en Allemagne étaient déjà morts en automne 1917, et 3i,4 °/o étaient malades dans les hôpitaux. Il ne restait ainsi que 3 1,8 °/o valides (5)! Beaucoup de prisonniers roumains étaient enfermés en Bavière dans des enclos de bétail ; ils allaient pieds nus et n'avaient le droit de se couvrir que pendant la nuit ('*). Le 17 septembre 1917, le Gouvernement allemand suspendit, sous prétexte de représailles, l'envoi des colis d'aliments destinés aux prisonniers roumains. Le Gouvernement allemand n'hésita pas à employer des prisonniers roumains aux travaux de fortification du front, où beaucoup d'entre eux furent tués par des projectiles. En ce qui concerne le sort des prisonniers roumains internés en Turquie, on a le rapport du médecin de l'ambassade espagnole à Gonstantinople affirmant que 5o °/o sont morts d'épidémies ! Enfin, pour avoir

(1) Discours du 1 1 octobre à Liverpool.

(2) Téléjjramme envoyé au président du Conseil roumain à l'occasion du premier anniversaire de la guerre roumaine.

(3) Voir les chifTres donnés par le journal Romania, Jassy.

(4) Rapport du ministre d'Espagne à Berlin.

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une idro du régime imposé par les Bulgares aux prisonniers roumains, ou n'a qu'à relever un seul trait. Ainsi, par mesure de représailles j)Our le passage en Bulgarie ([ue les troupes roumaines avaient réussi à effectuer à un moment donné, en traversant le Danube sur les derrières de l'armée de Mackensen qui opérait dans la Dobrodja, comme représailles tlonc d'un mouvement militaire, on infligea aux ofticiers roumains prisonniers l'ordre de casser des pierres sur les chaussées; comme ils protestaient, on les tint sans nourriture pendant près d'une semaine et, comme ils ne se soumettaient pas encore, on les dévêtit et on les frappa sur les places publiques avec de gros bâtons par ordre du Gouvernement bulgare, jusqu'à ce qu'ils tombassent évanouis devant la population elle-même atterrée !

Tel fut le sort d'environ 80.000 soldats roumains dont le destin fut de tomber prisonniers de guerre de leurs ennemis ('). Pour comble, enfin, le commandement militaire du territoire rqumain occupé prit comme otages et envoya en Bulgarie et en Allemagne un grand nombre de civils; ils arrêtèrent même des femmes, spécialement les épouses et sœurs des ministres roumains.

Telles ont été les souffrances du peuple roumain pendant la guerre. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant qu'on ait pu lire dans la presse étrangère des considérations comme celle qui suit : « Les souffrances de la Roumanie ont dépassé infiniment toutes celles que la Belgique a eu à subir, et toute paix qui ne tiendrait pas compte de ces sacrifices est une paix que nous ne saurions concevoir. A notre sens, la tragédie roumaine est la plus sombre que nous ayons vue se dérouler au cours de la guerre. » {Birmingham Post.) « Aucun pays n'a souffert autant que la Roumanie. » [New York Times.) Le Times écrivait de

(i) A la date du i^r février 191 7, les puissances de la Quadruple Alliance annonçaieul un total général de 79.083 prisonniers roumains.

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même : « Le sort de la Roumanie a été plus tiisle et plus terrihle même que celui de la Belgique », tandis que le Temps constatait que le « miracle étonnant de volonté, l'héroïque Roumanie l'a déjà fait ; quoi qu'il arrive, le monde doit l'enregistrer comme le plus émouvant et aussi le plus glorieux exemple de vaillance et de foi collective i> .

Une grande question se pose cependant. Tout ce déploiement « héroïque » d'énergie, la ruine de tout un pays,. les souffrances inouïes de toute une population ont-elles été d'une utilité équivalente à la grande cause au service de laquelle elles ont voulu se mettre? Ou bien doit-on penser que tout cet effort a été perdu et que, malgré ses bonnes intentions, il n'a pas contribué avec une efficacité réelle à la victoire des Alliés ?

L'importance de l'apport roumain est apprécié à sa juste valeur par celui-là même qui était le mieux placé pour s'en rendre compte : l'ancien ministre des Affaires étrangères de la monarchie austro-hongroise pendant la guerre, qui avait aussi été ministre en Roumanie au moment de la déclaration de la guerre roumaine, le comte Gzernin. Ce dernier affirme, en effet, dans son discours historique du II décembre 1918, que « depuis l'entrée en guerre de l'Italie et de la Roumanie et surtout depuis celle de l'Amérique, une paix par la victoire est devenue à mon avis impossible pour nous » ('). N'oublions pas, du reste, que peu de temps après l'entrée en guerre de la Roumanie, et quoique cette dernière parût avoir été écrasée, les puissances centrales ont commencé à offrir aux Alliés une paix d'entente.

Sans parler, en outre, de la contribution morale que les motifs de l'intervention roumaine ajoutaient à la force de

(i) Ottokar Czernin, Discours du 11 décembre igtS sur la Politique pendant la guerre mondiale, p. 4- Moritz Perles, Vienne.

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la thèse souleiiiie par la Multiple Entente ('), nous nous contenlerons de jeter un coup d'oeil rapide sur les résultats tan(jil)Ies [)Our les Alliés obtenus [)ar les opérations militaires de la Roumanie.

L'intervention roumaine en 1916a soulevé pour les Allemands un problème dont ils devaient donner la solution rapide et immédiate. Leurs communications avec l'Orient et tout leur grand système de politique orientale étaient, en effet, menacés du fait de la déclaration de guerre de la Roumanie. 11 fallait à tout prix et aussi vite que possible rassembler des forces suffisantes pour écraser la Roumanie (*). D'un autre côté, l'intervention roumaine était dirigée directement contre la Hongrie et, comme les Hongrois ont toujours eu en réalité entre les mains la direction de la Monarchie entière, ne pas venir très énergiquement et de suite à leur aide aurait été un acte peu politique. C'est ainsi que les Allemands furent amenés à renoncer en août 1916 à toutes les autres entreprises militaires et concentrèrent toutes leurs forces disponibles contre la Roumanie (5) : ce fut un effort remarquable et continu de quatre mois pour lequel les Allemands employèrent un

(i) « L'intervention de la Roumanie n'apporte pas seulement un renfort puissant à la Quadruple Entente : elle a surtout un cai'actère moral dont la portée dépasse les opérations de guerre auxquelles son armée va concourir. » (Général Malleterre, Études et Impressions de la guerre. Édition J. Tallandier, 3^ série, p. 43, 10 septembre 1916,)

(2) « C'est bien sur le théâtre d'opérations roumain que la stratégie impériale a tout intérêt à agir et à frapper le plus fort possible, dans le temps le plus court. » (Général Malleterre, Etudes et Impressions de la guerre. Edition J. Tallandier, 3« série, p. 91, 12 octobre 1916.)

(3) « Le Kaiser a pris la seule mesure qui pouvait enrayer la crise : il a appelé au commandement suprême des armées le maréchal de Hindenbiirg. On sait la ■\-ieille rancune que lui gardait Guillaume IL L'eflbrt prouve que l'Empereur se rend compte de la situation. » (Id., ibid., p. 45, 10 septembre 1916.) « Falkenhayn, Mackensen, Hindenburg : on comprend que la réunion de ces trois chefs, les meilleurs sans contredit de l'armée allemande, apporte quelque créance à ceux qui, comme nous, crient : « Garde à vous! » du côté dea^Balkans et de la Roumanie. » (lo., ibid., p. 88, 12 octobre 1916.)

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nombre coiisitlrrabh; de divisions (l\\, selon certaines appréciations 4?) niises sous le commandement d'un de leurs généraux les plus réputés, le maréchal Mackensen ; ce fut ensuite, après la cessation des combats et jusqu'au moment de l'armistice général, l'immobilisation sur le front roumain d'une partie de l'armée ennemie.

Les opérations de la première période de la guerre roumaine d'août à décembre 1916 ont ainsi rendu grand service aux Alliés en les aidant à traverser sans accrocs une période assez dure et ont même facilité quelques succès importants.

Tout le tlanc gauche du front russe a été tout d'abord sauvé par l'intervention de l'armée roumaine : les forces ennemies qui devaient l'envelopper ont de suite été attirées contre la Roumanie. En outre, « l'intervention roumaine a été un facteur important pour la victoire russe remportée sur le front nord, par l'aflaiblissement des positions allemandes » ('). D'un autre côté, les forces germano-bulgares de Mackensen qui devaient, avec la complicité peut-être du roi de Grèce, jeter le corps expéditionnaire de Salonique à la mer, se sont aussitôt tournées vers la Roumanie, Le général Sarrail n'avait plus rien à craindre ; il réussit au contraire à conquérir Monastir. C'est ce qui fit dire avec enthousiasme au grand historien qu'est M. Lacour-Gayet que le « paratonnerre roumain » a détourné vers lui les coups de foudre qui allaient s'abattre ailleurs sur les Alliés presque simultanément dans deux endroits différents. Pense-t-on à l'importance qu'a pu avoir pour le résultat final de la guerre le fait d'avoir mis hors d'un danger imminent et fort grave cette armée de Salonique, qui put ainsi librement subsister et frapper plus tard dans les Balkans le coup décisif? Et ne doit-on pas frémir à l'hypothèse où, en 19 16, le flanc gauche du front russe aurait cédé et

(i) Correspondant à Petrograd du Times.

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