‹ La guerre roumaine, 1916-1918Chapitre 26 sur 54 · LA GUERRE ROI MAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE ROI MAINE

• |iii eut lieu on septembre i<)iG, d'après le récit qu'en fit un soldat roumain de l'armée honijroise qui y assista et réussit l'rïsuite à s'enfuir en Russie :

« Dans un faubourq du Manashtur, tout près de Cluj (en hongrois : Koloszvar), on nous a commandé, un bon matin, d'assister à la punition de quelques traîtres à la patrie. Nous étions deux compagnies des régiments hongrois n°' 3oi et 3o2. Parmi les soldats se trouvaient aussi (juelques Roumains. Ce qu'il nous a été donné de voir ce jour me remplit encore d'épouvante. Devant une potence simple, on avait rassemblé environ une centaine d'intellectuels roumains, en plus grande partie des prêtres. Il y avait aussi parmi eux deux dames. Vers 9 heures du matin arriva un capitaine du tribunal militaire, accompagné d'un médecin militaire et de quelques juges civils. Sans lire de condamnation, sans dire un mot, à un signe de ces derniers, les soldats ont commencé leur besogne. A tour de rôle, ils pendaient nos intellectuels, tout d'abord les prêtres, ensuite les autres hommes, et après tous les autres, les deux dames, à tour de rôle sur cette seule potence, à partir de 9 heures du matin jusqu'à 4 heures de l'après-midi. Les morts étaient descendus et jetés, en tas, à côté, pour que le tour des autres vienne... Je n'ai entendu — et je n'étais qu'à trente pas de la potence — aucun mot de pitié de la part de ceux qui étaient làetregardaient, mais aucune plainte non plus de la part de ceux qui allaient mourir... Pâles, les yeux enfoncés dans la tête, avec la face sillonnée parles multiples tortures qu'ils avaient endurées, ils restaient là, devant la potence, et attendaient chacun son tour. Parfois, ils se signaient ; mais pas une larme, pas une prière humiliante de pardon... Des héros! Les femmes seules portaient de temps en temps le mouchoir à leurs veux, pour ne pas voir... Ont-ils eu un prêtre pour leur donner la dernière consolation chrétienne? Oui, il y avait là un prêtre hongrois, qui restait, la croix à la main, devant la potence.

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mais il se tenait le dos tourné vers les malheureuses victimes de notre nation, elle-même encore plus malheureuse ! Pendant environ sept ou huit heures qu'a duré — je ne sais plus au juste combien — celte barbarie hongroise, leur prêtre ne s'est approclié d'aucun de « ses frères en Christ (')... »

« Ainsi sont morts... (suivent les noms de quelques-unes de ces victimes) et beaucoup d'autres dont je ne sais pas le nom, car personne n'osait le rappeler! Mais, il y a un Dieu bon el Juste, et sa punition va être terrible. Cette punition, c'est nous qui allons la leur donner... Plus de 4oo prêtres roumains furent pendus seulement à Cluj, et un grand nombre de femmes et de vieillards furent arrêtés dans les villages et conduits dans les camps de concentration de Hongrie et de Bohême. Les femmes accouchaient ainsi avant terme dans des wagons de bétail, les enfants innocents mouraient de faim par milliers, les vieillards s'éteignaient rompus par la fatigue et la douleur, les maladies contagieuses, par suite de la mauvaise alimentation, fauchaient ceux qui restaient (^). »

Il est étonnant encore que le député roumain St. C. Pop ait osé protester au Parlement de Budapest contre les arrestations arbitraires des Roumains. Mais il l'a osé.

Plus tard, en automne 19 17, la Presse hongroise a annoncé que l'amnistie a été ordonnée par le roi de Hongrie pour les délits commis à l'occasion de l'invasion de l'armée roumaine en Transylvanie ; mais ce décret exceptait les personnes qui « par paroles ou gestes -» avaient eu des « attitudes antipatriotiques ». L'amnistie était donc ordonnée en faveur des Hongrois et contre les sujets roumains ; du reste, ceux de ces derniers qui étaient accusés de trahison avaient déjà été exécutés.

(i) Voir le journal Romania Mare, déjà cité p. ilfi.

(2) Notre Catéchisme, par un prisonnier roumain. Kiev, 1917.

LA GUERRE ROUMAINE ï l\Ç)

En même temps le (jouvcrnejneiil lioiigrois prenait des mesures pour la k réorganisation d des territoires habités par les lloumaiiis.

Le Conseil des ministres décida « ime administration plus intensive i» (').

Naturellement, à cette fin, le premier soin fut de demander des répressions pénales encore plus sévères. L'Union de la Noblesse hongroise, avec l'approbation de deux ministres présents, demandait, le 3o septembre 1917, que « les peines pour les crimes contre la patrie et les mesures de confiscation des fortunes devinssent plus fortes ». Plus tard, encore et de nouveau, le comte Tisza, au Parlement hongrois, a demandait au Gouvernement, dans la question des nationalités, de prendre toutes les mesures pour rendre impossibles, par une sévérité draconienne, les agitations contre rÉtat ». M. Wekerlé déclare que dans la question des nationalités il croit aussi nécessaire de faire une revision du Code pénal et de le compléter, afin de combattre les intérêts politiques et économiques séparatistes (^). Le comte Apponyi avait aussi proclamé ceci : « En ce qui concerne la Transylvanie, il n'y a pas d'autre alternative entre ces deux extrêmes : cette province est ou bien tout simplement une 'forteresse ou bien c'est la plaie éternellement ouverte de la Hongrie ('). » Et avant tout, il fallait que « les soldats des différentes nationalités fussent dispersés dans les régiments hongrois » (■^).

D'autre part, une ordonnance de Wekerlé interdisait aux propriétaires de Transylvanie de vendre leurs terres ou de les affermer pour plus de dix ans. On restreignit le droit

(1) Voir journal hongrois Az Est (de Budapest), compte rendu de la séance du Conseil des ministres du 20 octobre 1917 et discours du ministre de l'Intérieur Ugroii Gabor.

(2) Voir les journaux allemands de Bucarest, du 28 juin 1918, information du Korrespondenz-Bureau, Budapest, 20 juin.

(3) Discours devant l'Union de la Noblesse hongroise, le 3o septembre 1917.

(4) Résolution de cette Union, à la date indiquée.

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dangereux des sujets roumains d'aclieter la terre ('). Wekerlé déclara : « La terre doit être dans nos mains (celles des Magyars), car celui qui possède la terre est maître aussi de l'Etat. Il est nécessaire de faire une nouvelle répartition des terres qui appartiennent aux traîtres à la patrie. »> On décida de coloniser la province avec des Hongrois et spécialement les comitats de la frontière avec des gardes hongrois (*). Apponyi déclara à ce propos : « Il est absolument nécessaire de créer une frontière magyare entre notre patrie et les influences qui viennent du royaume de Roumanie (5). »

On décida une réforme électorale à double tranchant : elle devait jeter de la poudre aux yeux de l'étranger et contribuer en même temps à étrangler définitivement l;i nationalité roumaine. Le secrétaire général du ministère du Commerce hongrois, Elemer Hantos, montrait en novembre 191 7 à ses électeurs de Dobra comment le Gouvernement comprenait la réforme électorale : « Elle doit se baser sur les principes démocratiques, mais elle doit assurer aussi bien la suprématie hongroise que le rôle dirigeant de la classe intellectuelle. » On prévoyait ainsi pour la Transylvanie 49,5 °\o d'électeurs hongrois sur le nombre total des électeurs, alors que les Saxons (race privilégiée par les Hongrois) devaient être 16,7 °/o et les Roumains 34,2 "|o. De cette fayon, les 800.000 Saxons et Hongrois de Transylvanie proprement dite auraient compté 197.269 électeurs et les presque 2 millions de Roumains avoués dans cette province, 129.738 électeurs! Le projet définitivement élaboré plus

(i) Déclarations du commissaire transylvanien Ugron Gabor (au printemps

(2) Voir tous les documents déjà cités. Le journal hongrois Ujsag écrivit à ce propos : « Presque dans chaque village de la frontière il s'est trouvé des traîtres qui se sont conduits avec les Hongrois plus misérablement que les troupes roumaines d'invasion elles-mêmes ! »

(3) Voir journaux de Budapest et notamment le Pesti Naplo du 17 août

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