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mains. Ils ne pensèrent du reste même pas à la revendiquer avant la période qui, avec la seconde moitié du xix'^ siècle, ■consacra le développement et la formation du loyaume moderne de Koumanie. Les Roumains, trop soucieux de leur consolidation nationale et du développement de leur classe paysanne menacée dans son indépendance économique par l'activité surtout commerciale des Israélites, refusèrent de naturaliser en bloc la population Israélite de Kournanie. Ils lui conservèrent néanmoins les moyens de naturalisation qui étaient prévus par la législation roumaine pour tous les autres étrangers sans exception aucune : c'était la naturalisation individuelle par un vote du Parlement.
La situation qu'eurent donc en Roumanie les Israélites non naturalisés jusqu'à ces derniers temps était celle de tous les étrangers. Jouissant de tous les droits civils, comme tout étranger établi en Roumanie, ils ont manqué ^e droits politiques. Aucune différence n'a été faite spécialement par la législation roumaine entre eux et les autres étrangers. Gomme tous les étrangers de Roumanie qui .n'étaient pas en situation d'administrer la preuve qu'ils -avaient satisfait aux lois militaires d'un autre Etat, les Israé- /lites étaient enfin assujettis à l'obligation militaire.
La participation sanglante de la Roumanie à la guerre mondiale fit cependant que cette dernière obligation des ^Israélites roumains ne pouvait plus être équitablement main- . tenue sans l'octroi en masse en leur faveur des droits politiques. C'est pourquoi, pendant la guerre même et dès le printemps 1917, tous les facteurs constitutionnels du pays, le Roi, le Gouvernement et tous les partis politiques, furent unanimement d'avis que l'octroi aux Israélites roumains des droits politiques sans aucune restriction s'imposait comme un devoir de justice, que la Roumanie serait heureuse de remplir, dès le premier moment où cette réforme serait possible, c'est-à-dire dès la réunion de la Constituante qui devait être convoquée aussitôt que les circons-
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tauct's h' permettraient. C'était iiuii seulement une question d'équité, mais en même temps une nécessité nationaJe à raveiiir.
Aussi la proclamation et les discours qui annoncèrent la nouvelle réforme furent-ils accueillis avec une approbation unanime. Aucun doute ne pouvait plus être possible à ce sujet.
Dans ces conditions, une pression venant de l'étranger pour forcer les Roumains à accorder ce qu'ils étaient déjà en train d'octroyer était pour le moins inutile. Cette pression devait être directement odieuse venant des Austro-Allemands et étant exercée par ces derniers sous la forme d'une exigence comprise dans le traité de paix qu'ils imposaient. S'ils ont voulu donner ime récompense, ils n'ont même pas pensé à la situation diflicile où ils plaçaient dans leurs relations futures avec les Roumains les nouveaux citoyens juifs de Roumanie. En réalité, la solution imposée à la question juive était un moyen de plus de pénétration pacifique allemande et austro-hongroise en Roumanie.
La situation s'aggrava encore par le fait que les autorités militaires allemandes d'occupation en Roumanie usèrent ostensiblement jusqu'au dernier moment des services qu'un nombre proportionnellement assez grand d'Israélites roumains s'empressaient de leur offrir au préjudice de la population roumaine.
La clause du traité de paix contenant pour le Gouvernement roumain l'obligation de naturaliser en masse les juifs roumains représentait ainsi une intervention directe dans les affaires intérieures de la Roumanie et une humiliation de plus pour elle (').
La population israélite le sentit elle-même, croyons-nous, à tel point qu'elle ne fit pas usage du droit qu'on voulait lui
(i)M. lû-iege, directeur au ministère des Affaires étrangères de Berlin, expliquait à ce propos en juin 1918 à la Commission du Reichstag réunie pour discuter le traité de Bucarest : « Il s'agit d'une immixtion profonde dans les affaires intérieures roumaines. «
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conférer dans crtle clause du traité. Les coniiuissions instituées d'après les indications allemandes pour recevoir les déclarations des nouveaux naturalisés eurent un nombre très restreint de requêtes à enregistrer. Ce qoste de la population israélite de Roumanie facilite la solution complète et purement roumaine que le problème juif doit avoir dans ce
pays.
h) Conclusion.
Les derniers articles du traité de paix de Bucarest prévoient enfin la conclusion de plusieurs accords économiques spéciaux entre les « puissances alliées « et la Roumanie, accords qui font « partie intégrante du traité do paix», et ils rappellent encore une fois avant de présenter les signatures que le « présent traité de paix sera ratifié et les documents pour la ratification seront échangés au plus tôt à Vienne » . Cet échange n'a pas eu lieu ainsi qu'il a déjà été noté plus haut. Du reste, la ratification elle-même n'a pas été faite par la Roumanie, le Roi ayant toujours refusé de signer le traité. L'obligation de l'échange des ratifications n'avait été prévue que pour permettre aux Allemands une possession de la Roumanie occupée aussi prolongée que leurs intérêts le dicteraient, et sans avoir à être gênés par les clauses d'un traité de paix, même imposé sans aucun scrupule par eux-mêmes. C'est aussi pourquoi le traité n'a pu être appliqué même un jour. Il restera cependant comme un monument du cynisme austro-allemand, indiquant dans ses lignes générales, après leurs proclamations répétées sur la paix de conciliation qu'ils auraient désirée, le plan monstrueux de la paix réelle que les puissances centrales auraient imposée au monde, s'il avait été possible que le droit le plus sublime et la morale fussent ainsi écrasés par une force aveugle et cruelle, mise au service exclusif d'intérêts inavouables. L'histoire universelle aurait eu à enregistrer un désastre de l'humanité.
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