I(J LA GUERRE ROUMAINE
nal des principautés danubiennes, au commencement du XIX' siècle trouva les Roumains divisés politiquement et sous des gouvernements d'Etats étrangers : la moitié de la race se trouvait en delà des Carpathes et dans la Bucovine sous la domination despotique et exclusivisle des Hongrois et des Habsbourg. Le triste destin de cette monarchie semble avoir été de perpétuer jusqu'au xx' siècle une organisation politique des plus arriérées et essentiellement féodale, laquelle, entre autres vices, posait en principe qu'il ne fallait tenir aucun compte de la différence entre les nationalités malgré la conscience de plus en plus puissante que celles-ci prenaient d'elles-mêmes. D'un autre côté, la moitié de la Moldavie, sous le nom de Bessarabie, gisait couverte des ténèbres avilissantes que le Gouvernement des Tzars avait jetées sur elle comme un linceul. Quant aux principautés, el.les avaient réussi à subsister dans leur forme politique, mais elles se trouvaient au commencement du xx^ siècle encore sous la suzeraineté, peu marquée il est vrai, mais très jalouse, du Sultan; malgré l'unité de la race, elles formaient encore deux États distincts ; elles couraient enfin de continuels dangers, ou celui de se voir annexées par l'Autriche, qui les attendait comme une proie lui semblant due, ou celui d'être englouties par la sainte Russie qui, non contente d'avoir arraché la Bessarabie et invoquant à tout propos la prétendue mission qu'elle s'arrogeait au nom de la Croix, profitait de tout prétexte pour essayer de s'étendre au sud vers Gonstantinople.
La grande époque du réveil de la conscience nationale roumaine comprend toute la première moitié du xix'^ siècle. Ce réveil, qui commence surtout avec la révolution de 1821 (') et s'accomplit définitivement par celle
(i) Cette révolution aida aussi le mouvement de la Renaissance grecque. Cette dernière avait commencé à ce moment sur le territoire roumciin pour trouver ensuite un si éclatant appui en Europe. Ce fait contribue à marquer le
(Ir i8/j8, est dû en grande partie à l'influence des idées que la Hévolulion française avait tait rayonner sur le monde et (|ue les Roumains avaient puisées, soit par l'interméiliaire des réfugiés que la grande Révolution avait chassés de leur foyer et qui étaient venus s'installer en Roumanie, soit au contact croissant et direct avec la littérature française. Mais ce mouvement a des origines historiques propres bien plus Itùntaincs.
Dès le commencement du x^ii'' siècle, en effet, grâce aux Roumains de Transylvanie, lesquels, par leur situation géographique et politique, étaient en relation plus immédiate avec l'Occident, les principautés libres roumaines étaient devenues comme les métropoles du christianisme dans l'Orient grec : elles avaient acquis un prestige intellectuel et un éclat incomparable dans cette partie de l'Europe. L'étude de l'histoire prenait en même temps un grand essor et elle fit apparaître de plus en plus consciemment l'idée* de l'origine romaine et l'unité nationale de tous les Roumains. Ce mouvement scientifique continue au xyiii*^ siècle, où il donne des érudits de la taille d'un Démètre Cantémir, l'auteur fameux de l'^/s^oi're de la grandeur et de la décadence de l" Empire ottoman (texte en latin, traduction en anglais et en français), de la Discussion de rame et du corps et de la Chronique des Romano-Moldo-Valaques. C'est au cours de ce siècle que les Transylvains, continuant leur action bienfaisante, ajoutèrent à cet éveil, par les écrits de leurs historiographes, une note de passion ardente et douloureuse : leur lutte de tous les jours avec les Hongrois avait porté au plus haut degré la conscience qu'ils avaient de l'unité de toute la race et de ses droits. La Transylvanie continua enfin dans la première moitié du xix® siècle à
rôle yénéral de culture que la Roumanie a toujours joué en Orient. Voir aussi ce qui va être dit plus tard de l'appui donne par la Roumanie à la Renaissance nationale bulgare. La même influence fut exercée sur les Serbes.
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aIiiiHMil(!r le It'ii <|iii coiivjiit ainsi au l'oiul dr l'àiiK' des Roumains et les mûrit définitivement pour l'éveil politiqu*' qui devait éclore à cette époque sous l'influence française.
Depuis, le mouvement ne fit que prendre une forme de plus en plus précise, de sorte que, vers i85o, la volonté de tous les Roumains se manifestait nettement : ils étaient décidés à ne reculer devant aucun sacrifice pour unir les deux principautés en un seul État ; c'était un premier échelon vers la réalisation de l'unité nationale définitive et générale que l'on rêvait. C'est à cette époque aussi que les Roumains de Transylvanie s'agitèrent avec force en affirmant au prix de leur sang leur attachement opiniâtre à l'idée nationale roumaine. Le principe des nationalités, qui avait fait depuis peu son cliemin en Europe, s'affirmait ainsi avec une force croissante et irrésistible dans les pays roumains. Et c'esl ainsi que fut faite, en iSôg, au milieu de difficultés internationales incroyables, l'union de la Moldavie et de laValachie en un seul Etat : ce fut la nouvelle Roumanie. Le nouvel Etat roumain réussit à s'assurer un équilibre stable dans le concert européen surtout à partir du moment où put être réalisé, en 1866, le vœu exprimé déjà depuis longtemps par les Roumains d'avoir pour souverain un membre d'une des familles régnantes de l'Europe Occidentale. Le choix de la nation se porta, malgré la sourde opposition de Bismarck, sur Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, en qualité de candidat officiellement protégé par l'empereur Napoléon III, auquel le peuple roumain gardait une profonde reconnaissance pour l'appui qu'il n'avait cessé de lui prodiguer dans le dur labeur de création de la Roumanie contemporaine, unitaire et nationale. Le peuple se donna préalablement une constitution reproduite d'après la Constitution belge et une législation civile empruntée presque en entier à la France. Toutes ces lois régissent encore aujourd'hui la Roumanie.
Le prince Charles monta ainsi sur le trône d'une Rou-
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manie qui comprenait d'un cMé. toute l'ancienne Valachic, moins la Dobrodja que les Turcs avaient annexée, et d'un autre cùié la Moldavie, telle ((ue la [)i'emière moitié du xlV siècle l'avait léguée, c'est-à-dire amputée de la liucovine et de la [)lus grande partie de la Bessarabie, les trois districts du sud de celte province ayant été rétrocédés à la -Moldavie à la suite de la guerre de Crimée par la volonté de l'Europe Occidentale coalisée contre la Russie.
Une tâche difficile se présentait au nouveau souverain. 11 {"allait asseoir l'indépendance du nouvel Etat, car il se lrou^ait encore, en aj)parence du moins, sous la suzeraineté de la Porte. Charles I", tout en accordant l'attention qu'il fallait aux autres problèmes de consolidation intérieure, commença par organiser l'armée roumaine.
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