QUATRIÈME PASSION DC COECH
De l'impureté.
Le péché que vous avez le plus à redouter , mon cher Théophile, c'est l'impureté; car c'est le vice le plus contagieux : il attaque let jeunes gens et les vieillards , les pauvres et les riches. C'est un torrent impétueux qui entraine tout , une peste cruelle qui ravage tout, un monstre affreux qui dévore tout, enfin un embrasement universel qui se répand partout. Cet infâme péché peuple l'enfer , et lui seul fait plus de réprouvés que tous les autres crimes ensemble.
§ I. Crime de la luxure.
Ce vice fait à Dieu une grande injure; si un homme avait la témérité d'entrer dans un temple pour y défigurer l'image du Sauveur , s'il plaçait dans le sanctuaire où repose Jésus-
Christ, la figure d'un animal ou une idole pour l'y adorer, s'il profanait indignement les vases sacrés , y aurait-il un supplice assez rigoureux pour le punir? Or, ne commettez-vous pas en quelque sorte le même attentat, mon cher ami, en vous livrant à l'impureté?...
« Vous êtes, dit saint Paul, les temples de Dieu , qui habile en vous; vos membres sont les membres de Jésus-Christ, » et vous n'avez pas horreur de souiller dans vous et dans les autres, ces membres sacres ! Votre ame est limage de Dieu , et vous la défigurez par le vice honteux! Le Saint-Esprit est dans votre cœur comme dans son temple , et vous l'en chassez pour y faire régnei* le plus infâme des maîtres, qui est le démon cnDur ! Oh ! que vous êtes aveugle si vous ne connaissez pc* combien ce vice est redoutable !...
L'impureté est le vice le plus honteux, car c'est le triomphe de la chair sur l'esprit ; votre corps doit être soumis, et vous devenez l'esclave de ses passions ; le corps est un vil esclave , et vous en faites votre maître ; le corps est votre ennemi , et vous le flatlea : mais bientôt il sera votre tyran , et ses plaisirs vous coûteront cher.
Quel mépris nVi-on pas pour un jeune
homme qui vit dans le désordre I comment le regarde-t-on? on le regarde avec dédain , on lui reproche ses turpitudes , on fuit sa compagnie. Souvent il devient la fahle du public , l'opprobre de tout un quartier , la honte de sa famille. Haïssez donc un péché qui vous couvre de confusion devant les hommes en même temps qu'il vous rend abominable aux yeux de Dieu.
Au contraire, quelle estime ne fait-on pas d'un jeune homme sage, retenu, ennemi de tout ce qui ressent la licence ! tout le monde l'admire , et fait son éloge. Quelle considération n'a-t on pas pour une fille modeste , arrêtée, dont la conduite est sans reproche ! c'est celle-là qu'on recherche , et avec qui on s'empresse de s'allier.
§ H. Châtiments de la hmire.
Pour vous exciter à une vive horreur de ce péché , considérez les châtiments dont Dieu l*a puni. N'a-t-il pas fait périr tous les hommes par les eaux du déluge à cause de leur impureté? N'est-ce pas ce crime qui a attiré une pluie de feu et de soufre sur Sodomc et Go- «mirrhefLe misérable Onan n'a-t il pas cty
SUn LKS PASSIONS DU COT.UR. »:>
frappe de mort pour avoir profane la sainteté du mariage? Le Seigneur n'a-t-il pas fait massacrer plus de vingt-trois mille Israélites en punition de leur dissolution? Craignez la juslice de Dieu, si vous ne pleurez vos impuretés et si vous ne quittez vos liaisons criminelles.
Cette passion honteuse, mon fils, fait perdre le repos ; elle ravit l'honneur , elle altère la santé , elle ruine les familles. Dieu punit le jiéché jusqu'à la quatrième génération ; sou- \cnt il punit l'impudiipie par l'endroit par lequel il a péché. Il a porté le déshonneur-dans la famille de son prochain et il a le déplaisir de le voir dans la sienne. David en est un bien triste exemple. Trcmhlez à la vue de tous lc>; maux qu'entraîne après lui le vice infâme, et fuyez -le avec soin.
Ce qui doit plus effrayer encore s ce sont les châtiments spirituels attachés à ce maudit vice ; d'ahord il n'en est point qui aveugle davantage. L'impudique tombe dans un endurcissement si profond qu'il étouffe tout sentiment de pudeur , et plus rien ne le touche iû ne l'arrête dans la voie du crime.
Ses regards sont autant d'adultères qu'il commet dans son cœur, ses discours autan! d'étincelles qui jettent partout le feu impur;
ses pensées , ses désirs ne se portent qu'aux objets de sa passion : dans le lieu saint où les démons mêmes n'entrent qu'en tremblant , il porte son idole dans son cœur , et l'adore au préjudice du vrai Dieu, devant lequel il fléchit le genou.
L'ignominie et l'horreur de sa conduite, l'infamie qu'il attire sur sa famille , l'opprobre et la désolation des vierges qu'il a flétries et qu'il a perdues , les redoutables jugements de Dieu qui l'attendent , tout cela ne fait point d'impression sur son cœur abruti. Il pèche seul , il pèche en compagnie , il pèche sans remords, il pèche partout, il pèche sans cesse. 0 mon Dieu ! que le jeune homme est méprisable , lorsqu'il suit les désirs déréglés de sa chair et qu'il ne sent plus l'horreur de ce vice ! . . .
§ III. Servitude de la luxure.
Il n'est point de crime qui captive plus l'amc sous l'empire du démon ; il n'en est point qui conduise plus infailliblement à l'impénitence finale. Dieu abandonne les impudiques à leurs sens réprouvés , et le sort ordinaire de tes infâmes, est le désespoir. Croyez-en, mon
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«lier ami, ce que vous voudrez ; mais sachez que si vous ne quittez vos habitudes criminelles, vous les expierez un jour dans des feux éternels.
Malheureux jeune homme! pourquoi perdez-vous votre ame par les infâmes plaisirs de votre corps ? Oh ! si vous êtes sujet à ce vice honteux, détestez-le de tout votre cœur, etpoui en triompher à l'avenir , fuyez les occasions , évitez les danses , les excès d'intempérance, les conversations dangereuses ; jeûnez, morti fiez votre corps, priez sans cesse, veillez toujours ; et surtout ayez un confesseur pieux et exact, et faites tout ce qu'il vous prescrira.
Exemples.
MORT AFFRF.CSE d'un lUP'l'DIQCE.
Un gentilhomme espagnol , après avoir été l'esclave du démon de l'impureté, fut frappé d'une maladie mortelle. En vain entreprit-on de le résoudre à laver ses souillures dans les eau* salutaires de la pénitence ; le seul nom de confession lui élait insupportable. Saint François de Borgia, qui était alors en Espagne, ayant appris cette obstination , se prosterne devant un crucifix , et les larmes aux yeux , il prie le Sauveur de ne pas
laisser périr une ame cju'il 3yait ra<hcléf un pris
de tout son sang. Chose «tonnante! il entend une voix qui lui dit : « Allez, François, allez '*-uvef « ce malade, et exhoitez-le à la pénitence
Le saint y va, mais, tentative inutile ! le maïade, déjà entre les bras de la mort, ne peut souffrir qu'on lui parle de confession. François se retire , et prosterné de rechef devant le Sauveur crucifié , il le conjure par son sang "L par sa mort , d'amollir cette ame endurcie. La même voix se fait en tendre une seconde fois , et lui dit : « Retournez vers le malade , et portez avec vous votre crucifix , il faudrait qu'il lût bien résolu de se perdre, s'il ne voulait point se convertir à la vue d'un Dieu qui l'a aimé jusqu'à la mort et à la mort de la croix. » 11 refuse cependant de se rendre.
François lui montre son crucifix , qui , par miracle , parut tout-à-coup déchiré de plaies et tout couvert de sang : vains efforts de la grâce. Le saint emploie toute l'affection de son zèle et de sa charité ; il le presse , il 1? conjure par les plaies de Jésus crucifié , et par .e sang dont il le voit tout couvert, d'avoir pitié de son ame. Il est plus insensible que les rochers qui se fendirent lorsque ce sang coula sur le Calvaire : il meurt , ce malheureux , frémissez , impudiques ! il meurt en blasphémant et en reniant son Créateur. Peut-on imainer rien de plus funeste et de plus terrible?
SUR LES PASSIONS nu COLC'R. ,-y
COSSOLATIOfl DE s.u.nte catiikri.se de S1£XHB.
Catherine de Sienne fit dès son enfance le vœu île vivre dans 1. chasteté. Elle se fit religieuse mais le démon ne laissa pu pour cela de la tourmenter; elle éprouva à plusieurs reprises les peusees les plus horribles contre la sainte vertu de pu. rete, mais jamais elle n'y donna le plus léger consentement : la prière, l'humilité et la confiance en Pieu, vo.Ià les armes qu'elle employait contre toutes ses tentations.
CJn jour, après une tentation plus violente que de coutume, elle s'écria :« Où étiez-vous, mon di.
- v,n Epoux, tandis que je me voyais dans une si-
- tual.on aussi affreuse. J'étais avec vous
- repondit une voix. -(Jésus-Christ a consolé sou! vent de cette manière les personnes qui le servent avec fidélité.)- -Quoi! reprit Catherine , vous
- étiez au milieu des abominations qui couvraient
- mon amei- Ces abominations, répliqua le Sau-
- veur, ne vous ont point souillée, parce qu'elles
- vous faisaient horreur ; ainsi le combat que vous
- avez soutenu a été pour vous une source de mé-
- ntes. -Cet exemple est bien propre à consoler es âmes fidèles et timorées dans les tentations et
'es pe.nes desprit auxquelles elles sont exposées. {Vie de sainte Catherine de Sienne.)
COmr.RSTO.N D'US JEUNE IHPUDSQE*.
Un jeune homme, inconsolable de la mort d'une jeune personne, ne pouvait en perdre le souvenir. Un de ses amis, l'ayant cunduitaulieu où elle était enterrée , fit lever la pierre du tombeau et ôter les suaires qui la couvraient. Dans le moment , une odeur infecte s'en exhala et faillit le suffoquer ; 1 cadavre était en putréfaction, des vers rongeaient «t les yeux et la bouche. Le jeune homme poussç un cri d'horreur et veut fuir. « De quoi avez-vous peur ? lui dit son ami : voilà le visage de cette créature, objet de votre passion: elle pleure maintenant dans l'autre monde et pleurera peut-être toujours les péchés que vous lui avez fait commettre. Appicnez, en présence de ce corps qui se décompose et retourne en poussière, apprenez à ne plus attacher votre cœur à des choses si indignes de vous. » Ce jeune homme profita de celle leçon et se convertit entièrement.
(fontit de T&ul.)