PAT1ENTUR , UT CANES
Voilà , mon cher ami , les peines qui accompagnent ce vice, et la punition inévitable qui suit tous ceux qui s'y laissent emporter •• concevez-en doDC une vive horreur.
§ U. Marques de ce vice.
Il o'est pas défendu de sentir du plaisir et. mangeant et en buvant. C'est par une sage prévoyance que Dieu a assaisonné d'un sen '.iment agréable l'usage des aliments qui sont nécessaires pour conserver notre sauté et notre ^ ie ; mais on abuse de ce bienfait , quand on ne cherche que ic plaisir seul; il faut, mou fils , manger et boire pour vivre et non pour flatter la sensualité; on ne doit se proposer, dans cette action , que de satisfaire le besoin , afin d'être en état de remplir ses devoirs, sui vant cette recommandation de l'Apôtre : Soi! que vous mangiez , lui! que vous buviez , faites iout pour la qloire de Dieu.
Le nombre des chrétiens coupables de :e
vice est toujours plus grand qu'on ne pense , et la plupart se croient innocents quoiqu'ils vivent entièrement selon leurs appétits déréglés , qui sont tout charnels. Dans ce nombre , sont ceux qui occupent habituellement leur esprit de ce qu'ils veulent manger et boire dans leur repas ; ceux qui cherchent des mets exquis et délicats , ou prennent des choses qu'ils savent être nuisibles à la santé , parce qu'elles flattent le goût, ou enfin mangent avecexcè'' des viandes communes. Quel désordre, mon cher ami , de faire servir à détruire la "anté , ce qui était destiné à l'entretenir!
Il en est de même de ceux qui aiment à se trouver souvent aux festins, et à demeurer longtemps à table pour y prolonger les repas , comme s'ils ne voulaient employer toute leur vie qu'à boire et à manger. Quelle honte pour un homme raisonnable de se laisser dominer par la sensualité, au lieu d'en réprimer les mouvements !
On reconnaît encore la gourmandise, au mépris des lois de l'Eglise. Çuand on est livré à ce vice , on n'est guères disposé à pratiquer les jeûnes et les abstinences que l'Eglise ordonne. On ne sait ce que c'est que de se mortifier ; les lois qui prescrivent certaines priva-
lions paraissent un joug insupportable : on cherche des prétextes pour s'en dispenser , et l'on en vient non-seulement à violer le précepte du jeûne , mais encore à user sans scrupule des viandes défendues.
Tous ces pécheurs ne pensent qu'à contenter leur appétit sensuel; ils ne servent, dit l'Apôtre , ni Dieu , ni Jésus-Christ , mata ils sont les esclaves de leur ventre, christo domino non serviunt , sed suo ventri. (Rom., 16.^
§ III. Remède contre ce vice.
Pour vous préserver o!> ce vice honteux , mon cher ami , pratiquez dans tous vos repas la sobriété chrétienne , cette vertu qui nous règle dans le boire et dans le manger selon la nécessité , cette vertu qui rend le corps plus robuste et qui prolonge la vie. Veillez beaucoup sur vous-même, mon cher ami , pour ne pas passer les bornes du besoin dans une action qui d'elle-même tend à contenter la nature. Un chrétien regarde la nourriture comme un remède ; il n'écoute ni l'avidité , ni la sensualité; il évite la délicatesse, et la recherche de ce qui flatte les sens; en un mot, il pense à
imiter Jésus-Christ , qui a bien voulu s'assujétir à cette action humi.iantc pour nous y servir de modèle. lia toujours présent à l'esprit cet avis salutaire qu'il nous a donné : « Veillez « avec attention sur vous-même , de peur que « vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès « des viandes et du vin, et que le jour du Sei- « gneur ne vienne vous surprendre tout-à- « coup. »
Le moyen le plus propre à nous rappeler les règles de la sobriété, à nous donner la force de les suivre , c'est de faire avec dévotion la prière (jui se dit avant et après le repas : n'y manquez jamais, mon cher Théophile; par là vous attirerez la bénédiction de Dieu sur vous , et vous obtiendrez la grâce de ne point l'offeBser.
Exemples.
SAGE RÉFLEXION DU JECNE t . itES.
Astiage , roi des Mèdes , voulant régaler sa fille Mandane et son petit-fils Cyrus encore jeune , fit servir une table somptueuse, où tout fut prodigué, soit pour la quantité, soit pour la qualité et la délicatesse des mets. Cyrus, à ce fastueux appareil . lui dit dit : « Que ce repas, mon cher papa , vous a « donné d'embarras et de peines , s'il vous a fallu
Sun LES PASSIONS DU COEUR. 57
« mettre !a main à tous 1rs plats et goûter vous- . même tantde ragoûts différents !— Quoi! luire'
- pondit /tstinge, ce souper uc vous semblc-t-il pas ■ meilleur que celui des Perses? — Non, point du
- tout, mou papa, reprit Cyrus; car nous prenons « un chemin bien plus court et bien plus simple « pour apaiser la faim : un peu de viande et de « pain nous y conduit; au lieu que vous , pour « atteindre au même but , vous vous égarez dans « des détours et des circuits, sans parvenir, après « tant de peines , où nous arrivons bien plus « proœp'cment et plus sûrement que vous. »
(Xénop/um, Cyrus, lib. I. )
1«»I\RIDLEf EFFET» DE l/lNTEMPÉRANCE.
En fait de crimes , de désordres cl d'excès, peutêtre n'est-il rien de si horrible et de si tragique que ce qui arriva à un jeune homme en Afrique , du temps de saint Augustin. Ce jeune homme se nommait Cyrille ; il était extrêmement adonné à la boisson, et passait une partie de sa vie dans les cabarets, avec des compagnons débauchés comme lui.
Un jour qu'il était livré à tous les excès de l'intempérance et de sa passion, il retourna chez lui , et commença ses attentats par poignarder une de ses sœurs. Aux cris qu'elle fit entendre , le père alarme accourut , et ce fils , plus furieux encore , trempa ses mains dans le sang de celui qui lui avait donné la vie, et ['égorgea ; il poignarda en-
core une de ses autres sœurs , qui voulut prendre la défense de son père et l'arracher des mains de ce monstre indigne , ou plutôt de ce monstre exécrable.
Que de crimes, que d'horreur dans un seu homme et dans un seul jour! saint Augustin fut! bientôt informé de cet événement funeste, et quoiqu'il eût déjà prêché deux fois ce jour-là , il assembla sur-le-champ une troisième fois le peuple , et monta en chaire , les larmes aux yeux et les soupirs dans le cœur, pour faire part à ses auditeurs des horreurs que venait de commettre ce fils in digne de jamais avoir vu la lumière.
Au récit de ce qui venait d'arriver , toute l'assemblée poussa des cris et des gémissements lamentables ; on ne pouvait comprendre qu'un homme eût pu se porter à tant et à de tels attentats. On craignit que la vengeance et les foudres du ciel ne tombassent sur une ville qui avait produit un tel monstre. Saint Augustin profita de l'occasion pour montrer à quels excès peut conduire une passion malheureuse. Ses larmes et ses sanglots en dirent plus que ses paroles et ses discours.
{Rapporté vor saint AuQuttin.')
MIIBIIBIilBMI0WI6lilffl8lil9IMBIMBIii6WBIMBIIK Chapitre VII.