‹ La Guerre sainte, ou, Les passions du cœurChapitre 21 sur 43 · REFLEXIONS DE QUELQUES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

REFLEXIONS DE QUELQUES PHILOSOPHES

Aristippe répondit à un homme qui se glorifiait de beaucoup boire sans s'enivrer : Un mulet en fuit autant. Démosthènes fit à peu pi es la même réponse aux députés qui avaient été envoyés vers Philippe, et qui, de retour à Athènes, louaient ce prince du talent qu'il avait de bien boire : Cesl une vertu, leur dit-il , qui lui est commune avec l'éponge.

Anacharsis s'étonnait que les Grecs, au commencemcol d'un repas, se servissent de petits verres, et

oc plus grands lorsqu'ils avaient bien bu , jugeant qu'il y avait de l'extravagance à boire, quand on avait une fois éteint sa soif , puisqu'on ne buvait que pour cela. Comme on demandait au même philosophe un moyen de se garantir contre l'amour du vin. C'est, répliqua-t-il , de se rappeler les actions et les paroles indécentes des gens ivres. Aussi les La- CL'démonicns, pour inspirer aux enfants l'horreur de cet infâme défaut , faisaient paraître devant eux des esclaves qu'on avait forcés de s'enivrer tout exprès.

L'ivresse, dit Scnèque , fait souvent payer une heure passée dans le plus extravagant de tous les plaisirs, par un repentir et un ennui de plusieurs jours.

SOBRIÉTÉ D« JEUNE CYRCS.

Astiage , surpris de ce que Cyrus , tout jeune qu'il était , en imitant avec beaucoup de dextérité l'adresse de son échanson Sacas à lui présenter la coupe, n'en eût point goûté, suivant la cérémonie ordinaire, lui en demanda la raison : « J'appréhen- « dais , reprit Cyrus , que le vin ne fût mêlé de « poison ; car il n'y a pas longtemps que dans un - repas que vous donniez aux grands seigneurs et « aux principaux de votre cour, pour célébrer vo- « tre naissance, je m'aperçus que Sacas vous versa « du poison. La tête tournait à tous les convives ; « vous faisiez tout ce qu'on nous défend à nous

aulres cnf;inls de faire ; vous criiez tous à la fois

■ à tort et à travers, sans vous entendre ni les uns

- ni les autres ; vous chantiez d'une manière ridi- « eule et vous jurie» que rien n'était plus beau.

- Enfin, quand vous vouliez vous lever pour dan- « ser, vous ne pouviez pas même vous soutenir; « vous paraissiez avoir entièrement oublié , vous « que vous étiez roi, et eux qu'ils étaient vos su- « jets. Comment! répartit Astiage, n'arrive-î-il

- pas la même chose à votre père quand il boit? « Jamais, répliqua Cyrus ; quand il a bu, il cesie

■ d'avoir soif , et voilà tout ce qui lui arrive. »

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