‹ La guerre sud-africaineChapitre 11 sur 75 · NOTICE SUR LE CAPITAINE GILBERT. XVII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE CAPITAINE GILBERT. XVII

situation transitoire, et eût surtout pour objet de rassurer l'opinion, fort émue par des progrès qui, en fait (cela était fort bien démontré par l'écrivain), pouvaient profiter k la défense aussi bien qu'à l'attaque. Par contre, tout est encore à retenir et à méditer dans la Défense de la France, lumineuse étude de stratégie positive, où fut posée pour la première fois cette fameuse « question de Nancy » (c'est-k-dire de la fortification de Nancy), qui fournit naguère k l'auteur de ces lignes l'occasion de combattre aux côtés et a sous les ordres » du capitaine Gilbert.

Mais c'est peut-être encore la dernière des Sept études, écrite k propos des Eléments de la guerre du colonel Maillard (mort depuis général), qui est, de toutes, la plus fouillée et la plus « suggestive ». C'est aussi, k la vérité, la plus technique et Gilbert n'a garde de s'attarder k des généralités vagues et vides, désireux qu'il est de rechercher et de fixer les véritables « lois do la guerre moderne », de a dégager », avec le beau livre qui lui sert de texte, « les principes d'emploi des forces de l'expérience du passé et plus encore des formules qui l'obscurcissent dans le présent ». En lisant ce morceau éloquent, mais plus substantiel encore, on se convainc qu'il n'y a nulle exagération k placer Gilbert au premier rang des écrivains militaires qui se sont élevés jusqu'k la « philosophie de la guerre », la partie la plus haute et la seule réellement « divine » de l'art.

D'une lecture nécessairement un peu plus ardue, mais non moins instructive que les Essais et les Etudes, est le volume intitulé : Lois et Institutions militaires (Paris, 1896). Ces « six études organiques » (comme l'auteur les appelle), publiées lors de la présentation ou de la discussion de nos plus importantes lois militaires sur le recrutement ou sur les cadres et effectifs (1887, 1889, 1898), sont destinées k survivre longtemps aux dispositions dont elles présentent la critique judicieuse et impartiale : G. Gilbert, en efTet, s'est beaucoup moins proposé de discuter les points d'organisation en litige k l'époque où il écrivait, que de poser, k cette occasion, les principes généraux de toute organisation militaire

XYin NOTICE SUR LE CAPITAINE fiILBERT.

rationnelle, qu'en aucun temps on ne méconnaît et dont on ne s'écarte point sans péril. Pour Gilbert, la véritable armée a moderne », ce nVst point celle que retarderont et alourdiront des réserves quasi innombrables, mais bien une armée d'un effectif suffisamment élevé, bien entendu, composée de troupes solides et homogènes (donc presque exclusivement actives) — en un mot, cet « instrument offensif » d'une trempe acérée, bien en mains et toujours prêt k fonctionner, que son article si connu sur les Dessons de la loi mi'lilaire allemande (de 1898), reproduit dans le môme volume — montrait si soigneusement forgé dans Tombre et le silence par nos voisins de l'Est.

Les Lois et Institutions militaires sont le dernier volume que Georges Gilbert ait publié. Le mal dont il souffrait ne cessant de s'aggraver et ne lui laissant plus que de rares intervalles de repos (même relatif), il n'était en mesure de donner à la Nouvelle Revue qu'une collaboration de plus (»n plus rare et intermittente. Il put toutefois écrire, il y a quatre ou cinq ans, pour notre Revue de Cavalerie^ une étude assez longue sur une Division de Cavalerie légère en i8o5, travaillée par lui avec un soin tout particulier : le commandant de cette division, en effet, n'était autre que son aïeul maternel, le vaillant général Espagne, et il n'avait pas manqué de mettre à profit des papiers de famille du plus haut intérêt('). Dans les derniers temps, une œuvre encore plus importante l'occupait ou, pour mieux dire, le passionnait : l'histoire de la Guerre sud-africaine k laquelle cette modeste notice sert d'introduction et que le général Donnai, l'éminent commandant de l'Ecole supérieure de guerre, a tenu à présenter lui-môme au public dans une préface magistrale, comme tout ce qui sort do sa- plume aussi éloquente qu'experte. Dieu merci! la maladie n'a point empêché Gilbert de mener à bonne fin cette œuvre, qui laisse d'autant plus loin derrière elle tout ce qui a pu

(i) Gilbert avait de qiii tenir : sa mère était née, en effet, du mariage de Clara Espagne, fille du général, avec Camille Durutle, fils du général qui fut l'un des plus vigoureux divisionnaires de Napoléon.

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