CONDITIONS BULITAIRES DU THÉÂTRE DE LA GUERRE
et du Natal, courent dans la direction de la Côte-d'Or et des Cévennes. Les provinces anglaises de Natal et de Pondoland figurent assez bien la vallée du Rhône et le Languedoc ; Durban se plaçant sur Die, Pietermaritzboiurg sur Toiurnon, Eastcourt sur Montbrison, Weenen sur Lyon, Ladysmith sur Roanne, Glencoê sur Mâcon, Newcastle sur Autun, et le rivage de Durban à East-London traçant une ligne courbe d'Avignon à Barcelone.
Au sud, le rivage de la province du Cap s'étend de Port-Elisabeth, piqué un peu au sud-ouest de Lérida, jusqu'à la ville du Cap, voisine de Valladolid.
A l'ouest, la voie ferrée du Cap à Boulouwayo qui, de l'Orange à Mafeking, limite les territoires des deux républiques, s'aligne à travers l'Océan, en plaçant Mafeking sur Avranches et Vrybourg sur Redon.
Nous avons déjà fait ressortir, par cette comparaison, quelles difficultés présente, poiu* l'offensive anglaise, l'immensité des espaces à parcourir. Ces difficultés se compliquent encore des variations climatériques et de la rareté des lieux habités.
Pendant la saison d'été, de novembre à mai, les pluies sont fréquentes, et la température, écrasante durant le jour, très froide la nuit, engendre des maladies nombreuses, surtout chez les chevaux de provenance étrangère. Pendant la saison d'hiver, le Veldt, c'est-à-dire la plaine, les i3o.ooo kilomètres carrés de la province d'Orange, se transforme en un désert aride et stérile, où le service des ravitaillements sera très pénible (').
(1) Dans le Sud de l'Afrique, on est maintenant (mars) à la fin de Tautomoe. C'est le moment où, d'ordinaire, tombent pendant trois semaines, des pluies torrentielles. Après la période pluvieuse, c'est-à-dire dans la seconde quinzaine d'avril, commencera l'hiver. A rencontre de ce qui se
Pour juger de la dissémination des lieux habités, il suffît d'obsen'er que le Transvaal, d'une superficie égale à celle de la Grande-Bretagne (826.700 kilomètres carrés contre 314.628 kilomètres carrés), présente une population totale de 982.000 âmes, soit à peine 8 habitants par kilomètre carré. L'Orange, avec 280.000 âmes, offre une densité encore moindre de 2 habitants par kilomètre carré, et, dans les possessions anglaises, y compris la colonie du Cap, la moyenne est également de 2 habitants, noirs et blancs. Rapprochant cette moyenne de nos moyennes européennes, 98 habitants par kilomètre carré dans le Royaume-Uni, 72 habitants en France, on comprendra combien le cantonnement et l'alimentation des troupes se compliquent dans ces régions où les villages n'existent point, où les fermes s'espacent de deux en deux lieues, et où les points d'eau marquent, comme en Algérie, les gîtes d'étapes.
Toutes les combinaisons stratégiques de quelque envergure se trouvent, de ce chef, étroitement subordonnées au tracé et au rendement précaire du réseau ferré. La défense y gagne de connaître d'avance ses points faibles et les grandes lignes d'invasion de l'adversaire.
C'est d'abord, et directement du sud au nord, le faisceau des voies ferrées qui partent du Cap, de Port-Élîsabeth et d'East-London. La première, jalonnée par les points remarquables de De Aar (jonction), Orange-River
produit dans les contrées d'Europe, rhiver constitue, au Transvaal et dans rOrange, la saison sèche.
Fendant trois mois, il ne tombe pas une goutte d'eau. Sous la bise violente du nord, les champs et les prés se dessèchent complëtemeot et les sources tarissent. Bien que la température descende rarement au-dessous de zéro, elle n'en est pas moins terrible pour les Européens non acclimatés, À cause des brusques variations qui se produisent dans la même journée.
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(ponl), Kimberley, Mafeking, longe la frontière occidentale des deux républiques et pénètre jusqu'à Boulouwayo, au cœur de la Rhodesia. De Port-Élisabeth, on peut prendre par Graafkeinet ou par Cradock (jonction), pour gagner Middelbourg (jonction) et de là Naauwport (jonction), Norwals-Pont, puis Springfontein (jonction) où s'embranche la ligne venant d'East-London par Queenstown (jonction), Moltcno (jonction), Burghersdorp et Béthulie (pont). Les deux lignes issues de Port- Élisabeth et d'East-London se confondent donc, à partir de Springfontein, en une seule qui, par Bloemfontein, Kroonstadt, Johannesbourg , gagne Pretoria. Tout ce réseau du Sud se réduit, en somme, au delà des possessions anglaises, à deux voies de pénétration, séparées par un intervalle de 120 à 3oo kilomètres et dont Tune longe le territoire boer sans y pénétrer. Mais, jusqu'à rOrange, ou dispose de trois, voire même de quatre lignes, reliées par deux transversales : i<* Cradock- Queenstown; 2** De Aar-Naauwport-Middelbourg-Molleno, dont la dernière constitue, parallèlement au fleuve et à petite distance, une excellente base d'opérations, de 25o kilomètres de front environ. Partant de cette base, où elle peut accumuler patiemment tous ses moyens, l'offensive anglaise s'élèvera vers le nord dans les directions de Kimberley-Mafekinget de Bloemfontein-Pretoria, sans rencontrer à travers les vastes plaines du Veldt, d'autres obstacles naturels que les lits, à moitié desséchés, de l'Orange et du Vaal.
Tout autre est le caractère de la voie de pénétration qui vient du sud-est, à travers le théâtre d'opérations du Natal. Cette ligne de Durban à Johannesbourg, par Pictermaritzbourg, Ladysmith, Newcastle, franchit le Dra-
kenberg au défilé de Laings-Neck, el, dans toute cette partie de sou parcours, elle gravit péniblement les étages d'une région alpestre. Son rendement est faible ; ses ouvrages d'art, tunnels et ponts d'une rare audace, sont faciles à détruire et longs à remplacer ; elle est séparée de la ligne EastrLondon-Bloemfontein par un intervalle de 5oo kilomètres et par un épais massif montagneux ('); enfin elle débouche dans les provinces d'Harrismith (Orange) et de Wackcrstroom (Transvaal), dont la nature accidentée facilite la défense. Cette ligne d'opérations, bien que plus courte en apparence, est donc tout à fait secondaire et ne peut servir qu'après de sérieux avantages remportés sur la première.
Si, à ces lignes d'invasion sur Pretoria, on joint les voies qui, de Pretoria, courent vers le nord jusqu'à Pietersbourg et vers Test jusqu'à Lourenço-Marquez, on aura complété l'énumération du réseau ferré sud-africain. La dernière de ces lignes, de Pretoria à Lourenço, avec embranchements sur Lydenbourg et Heysdorp, constitue proprement Tunique artère de ravitaillement de la défense; elle est le seul moyen de communication, avec un pays neutre, du territoire boer, investi sur tous les autres points par les possessions anglaises. Encore se voit-elle à peu près paralysée par la croisière que les Anglais ont établie à Delagoa-Bey.
Les voies ferrées rendront, au demeurant, plus de services à l'offensive qu'à la défensive, et le président Krûger était bien inspiré en mettant des entraves à leur
(i) L'embranchement de Ladysmilh sur Harrismilh et Betlehem, par U passe de Van Reenen, pousse, il est vrai, son point terminus, Betlehem, jusqu'à 120 kilomètres seulement de la ligne East^London-Preloria avec laquelle la jonction serait facile en terrain relativement plat.
développement. Elles immobilisent, il est vrai, de nombreuses troupes d'étapes pour la garde de leur immense parcours (i . loo kilomètres, de Port^Élîsabeth à Pretoria) ; mais seules, en dernière analyse, elles permettent aux Anglais de mettre en valeur Ténorme supériorité numérique qu'ils possèdent sur leurs adversaires.
A première vue, cette supériorité est si écrasante, qu'elle donne à la lutte un caractère plus odieux encore, et à son issue une sorte d'apparente certitude. D'une part, les 200.000 Boers du Transvaal, les 80.000 de rOrange, soit une population de 280.000 âmes, inférieure à celle d'un de nos petits départements et, d'autre part, les quarante millions d'habitants de la Grande-Bretagne, sans parler des contingents coloniaux. La disproportion est plus grande que celle des Grecs et des Perses au temps de Xerxès.
Et elle n'aura pour contrepoids que les facteurs moraux, car ici, les faibles n'ont pas même l'avantage que possédaient les contemporains de Thémistocle, la perfection des institutions militaires.
Le Transvaal n'a, comme troupes permanentes, qu'un noyau de 28 officiers, 83 sous-officiers et 600 soldats d'artillerie,, une trentaine de télégraphistes, enfin quelques corps de musique, d'intendance, de service médical et d'instruction. Ces éléments permanents stationnent d'ordinaire dans les forts de Pretoria.
En temps de paix, des corps de volontaires, dont l'effectif ne doit pas être inférieur à 5o hommes, se forment et s'exercent dans les principales agglomérations urbaines. Ils sont immatriculés pour trois années et réunis à des époques fixes. On compte ainsi, à Pretoria,
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100 hommes d'infanterie et iio cavaliers, à Johannesbourg 5oo fantassins et 200 cavaliers, à Krûgersdorp 260 cavaliers, à Middelbourg, Ermelo, Lydenbourg, etc. d'autres groupements analogues. Leur ensemble met à la première heure, à la disposition du gouvernement, 2.5oo hommes environ, pour quelque grande opération de police intérieure, comme celle qu'a exigée le raid Jameson.
En cas de mobilisation, tous les Boers, de 16 à 60 ans, doivent le service militaire. D'après un recensement fait en 1897 on aurait obtenu ainsi :
ICI' aufgebol : de 18 à 34 ans 16.696 hommes.
2« — de 34 à 5o ans 9.060 —
3^ — au-dessous de 18 et au-dessus de
5o ans 4-^33 —