PLAN DE CAMPAGNE DES FÉDÉRAUX
regretter à l'heure présente, constituent un chapitre qu'on ne pourra écrire que plus tard.
Le 3i octobre, en somme, sir R. Buller en débarquant au Cap, quinze jours avant ses premières troupes, trouva la situation passablement compliquée et le plan qu'il apportait en poche, fort compromis. Le bombardement de Mafeking avait commencé le 24 octobre, celui de Kimberley était imminent, Ladysmith avait déjà supporté un assaut. A l'ouest et à l'est on criait au secours et en même temps, au sud de l'Orange, la panique, toute récente, représentait le Cap même comme menacé.
Le malheureux général, dont on veut faire le bouc émissaire de toutes les fautes commises, céda devant les événements. Il donna aux quelques bataillons de sir F. Walker l'ordre de se replier sur le Cap, laissant le champ libre aux Fédérés dans les provinces de Middelbourg et de Queenstown. Il se résolut, parti plus grave, à renverser tout son projet d'opérations et fit prévenir, en pleine mer, les bâtiments à destination du Cap, d'avoir à rebrousser ou à se diriger sur Durban.
Pouvait-il faire autrement et les Boers n'étaient-ils pas certains, dès lors, de lui dicter impérieusement leurs lois ? Leur plan, en un mot, offrait-il quelque point faible, par où le général anglais pouvait le faire avorter?
Évidemment les événements postérieurs ont démontré que toutes les villes investies avaient des vivres et des munitions pour plus de trois mois. Elles ont résisté victorieusement, avec leurs seules ressources, et sir R. Buller aurait eu tout le temps de réaliser, sans s'occuper d'elles, l'offensive centrale et unique préméditée contre l'Etat d'Orange. Une masse de 35. 000 à 4o.ooo hommes, attaquant Kimberley avant la mi-décembre, aurait chassé
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gS LA GUERRE SUD-AFRICAINE.
Cronje sans peine et peut-être réalisé, dès lors, les hauts faits de lord Roberts. Cette même armée, prenant sa direction sur Bloemfontein et bousculant les commandos engagés au sud de l'Orange, eût peut-être suffi à rappeler au centre, pour couvrir la capitale, les meilleures troupes de Cronje et de Joubert, et c'était alors la bataille obtenue en rase campagne.
De toutes façons, une offensive unique dans l'Etat dHDrange assurait la chute de Cronje et la libération de Cecil Rliodes. Et c'était assez pour entraîner la détermination du généralissime, s'il avait eu quelques données précises sur la capacité de résistance de Ladjsmith, ou plutôt s'il avait eu son entière liberté d'esprit et de décision. Son érudition indéniable n'était pas nécessaire pour lui rappeler le principe de l'union des forces. L'énergie dont il fit preuve en ramenant trois fois au combat des troupes vaincues devait diriger son épée vers le point décisif.
Mais, au-dessus de son érudition, de son caractère, de sa personnalité, il y avait cette grande force anonyme qu'on appelle l'opinion publique. Or, l'opinion publique, représentée et surexcitée par les cent voix de la presse, clamait qu'il fallait courir aux investis, qu'une capitulation était imminente et infligerait aux armes anglaises une tache ineffaçable.
Pour résister à ces impatiences, il eût fallu être bien fort. Sous un régime impérial on a vu un Pélissier menacer le chef de l'Etat de couper le télégraphe ; sous un régime monarchique, Catinat tenait tête à Chamillart : ils ne risquaient qu'un instant de défaveur ; sous la Convention même, les généraux récalcitrants, le bouillant Custine, le méthodique Ilouchard n'y allaient que de leurs