CHAPITRE III OPÉRATIONS CONTRE LA COUVERTURE DES ANGLAIS
(l5 0GT0BRE-l5 novembre)
Investissement de Kimberley et de Mateking. — Le délai fixé par rultimatum du président Krûger expirait le 10 octobre, à 5 heures du soir. Le lendemain même, ses troupes passèrent à l'exécution de sor plan offensif sur les deux frontières, occidentale et orientale.
A l'ouest, les commandos échelonnés préalablement le long de la ligne frontière la franchirent à la fois, au nord de Mafeking, au sud de Kimberley, et dans l'espace intermédiaire (4oo kilomètres). — Leur but était d'isoler ces deux places, surtout Kimberley où se trouvait Cecil Rhodes, et de les investir en les serrant de près. Plus tard, ils y adjoignirent, dans le Betchouanaland limitrophe, la petite ville deKuruman, à 1 5o kilomètres à l'ouest de la voie ferrée.
Kuruman, Mafeking, Kimberley même, n'étaient, d'ailleurs, à proprement parler, que des bicoques, des villes
(i) Pour tout cet exposé tactique, nous avons eu largement recours à rexccUcnt ouvrage de MM. le lieutenant-colonel Frocard et le capitaine Painvin {La Guerre au Transvaal, librairie Cerf). — Nous avons consulté également les livres de M. le lieutenant-colonel Brunkbr (Boer War)^ do lieutenant allemand MCller (Der Krieg in Sûd-Africa, librairie Liebel), du major von Estorff {Der Buern Krieg in Sàd-A/rica, MuUer), les livraisons d'Armée et Marine et de nombreux articles de revues françaises et étrangères, liivista militare Jtaliana, Revue de l'étranger et des colonies, etc.
INVESTISSEMENT DE KIMBERLEY ET DE MAFEKIXG. Io5
ouvertes d'une étendue médiocre, transformées à la hâte, par les Anglais, en places de circonstance.
Dans chacune de ces localités, un ou deux fortins, construits par la Charlered pour contenir les indigènes, marquaient les emplacements de la défense, plutôt qu'ils n'en constituaient les éléments. On les renforça par des batteries enterrées, on multiplia les blindages en bois, les abris souterrains, les tranchées et les défenses accessoires. Bref, on fit un large usage de la fortification de campagne ; mais on ne disposa, nulle part, des ressources de la fortification permanente, sauf peut-êti'e àKimberley, où le concours des usines permit de fabriquer quelques cuirassements et même du matériel de gros calibre.
Dans cette dernière ville, de beaucoup la plus importante, la ligne de défense extérieure, jalonnée par les bâtiments des mines de Beers, Du Toits-Pan, Beaconsfield, Taylor-Kopje, Kampfersdam, s'offrait comme une sorte d'ellipse, allongée du nord-ouest au sud-est, de 7^'*,5oo de grand axe, 5''",5oo de petit axe, soit i8 kilomètres environ de périmètre. A l'intérieur, la lisière m^me de la ville formait une seconde ligne, organisée défensivement et de 6 kiloniètres environ de pourtour. — Tout cela constituait, proprement, une position fortifiée et non une place forte.
Les garnisons n'étaient pas plus considérables que les moyens de défense passive :
A Kuruman, 600 hommes environ de la police du Cap.
A Mafeking, sous les ordres du colonel Baden-Powel, 600 cavaliers, 4oo fantassins, 10 canons; toutes troupes irrégulières, levées par la Chartered.
A Kimberley, sous les ordres du colonel Kekevitch, 4oo fantassins de l'armée régulière (1/2 bataillon du
lo6 LA GUERRE SUD-AFRICUNE.
Royal Lancashire), 1.200 cavaliers des Diamond Fields Horse, les Kimberley-Rifles, quelques centaines d'artilleurs avec 16 canons; en tout 3. 000 hommes, dont plus de 2.5oo de troupes coloniales.
Les premiers progrès des Boers furent rapides et la surprise complète. Dès le 12 octobre, leurs éclaireurs coupent le télégraphe et détruisent le pont de Modder- River, au sud de Kimberley; le i3, ils en font autant au pont de Matoppo, au nord de Mafeking. Dès lors, toute la tranche de voie ferrée, comprise entre ces deux villes, est sans communications avec le Cap et la Rhodesia ; on peut y opérer à loisir.
Le i3 octobre encore, le major Botha, avec un gros de troupes, s'établit à Border-Station, à 80 kilomètres au nord de Kimberley, et un autre détachement, prenant possession de Kraaipan, à la même distance au sud de Mafeking, fait dérailler, puis capture un train blindé, sorti de cette place en reconnaissance.
Bientôt après, les localités intermédiaires ou voisines, Taungs, Riverton, Vrjbourg, Klipdam, Vindsorton, sont également occupées par les Fédérés dont le nombre, estimé d'abord à 7.000 ou 8.000 hommes, grossit avant la fin du mois de façon à dépasser 10.000. lis se répartissent alors naturellement en deux groupes dont le principal (8.000 hommes environ) est affecté à Kimberley.
Ce dernier devra, lui-même, se scinder en un corps d'investissement proprement dit, qui n'excède guère la garnison, et un corps d'observation qui préparera des lignes de contrevaUation à Spietfontein, à 20 kilomètres au sud de Kimberley et poussera même, quand il sera renforcé, des avancées jusqu'à la Modder puis au delà, vers le lleuve Orange.