ET ÉCHECS SUR LA MODDER, L'ORANGE ET LA TUGELA
(MAGGERSFONTEIN, STORMBERG, COLENSO)
(l5 NOVEMBRE- 1 5 DÉCEBCBRE)
Dispositions prises par sir Redwers Buller avant l'arrivée du corps expéditionnaire (3/ octobre-io novembre). — Quelles que soient les critiques de détail applicables à cette première campagne des Fédérés contre la couverture anglaise, leur plan d'ensemble était heureusement réalisé dans ses grandes lignes et la mainmise sur cette couverture allait peser sur toutes les opérations du corps expéditionnaire.
Le général commandant ce corps, sir Redwers Buller, était arrivé à Capetown le 3i octobre, précédant d'une quinzaine ses troupes, dont les premiers éléments étaient attendus vers le lo novembre et dont le débarquement complet devait conduire jusqu'au i*' décembre.
Sir R. Buller prit immédiatement la direction de toutes les forces anglaises dans le Sud-Africain.
A celle époque, c'est-à-dire au début de novembre, la situation de ces forces était la suivante :
Sur la frontière occidentale, le colonel Kekewitch, avec 2.000 hommes, le colonel Baden Powel, avec un millier de soldats coloniaux, se trouvaient étroitement
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bloqués à Klmberley et à Mafeking. Le bombardement de Mafeking avait commencé le 24 octobre ; celui de Kimberley était imminent, et la présence de sir Gecil Rhodes, dans cette dernière place, en faisait un point de première importance. De ce côté, les forces boers, aux ordres de Cronje, allaient s'élever progressivement jusqu'au chiffre de 12.000 hommes et leurs avancées, franchissant la Modder, s'établissaient entre la Riet et rOrange.
Sur la frontière orientale, sir G.White, après avoir perdu 2.5oo hommes environ, était enfermé avec 7.000 hommes à Ladysmith. 2.000 hommes, aux ordres du colonel Murray, venaient de s'en échapper et rejoignaient, à Eastcourt, les 600 hommes du colonel Cooper. C'était là les derniers débris des forces mobiles du Natal. Joubert, à la tête de 20.000 Boers, complétait l'investissement de Ladysmith et n'attendait qu'un renfort de 4«ooo Transvaaliens pour se porter plus au sud, en franchissant la Tugela avec une armée de iS.ooo à 16.000 hommes.
Sur la frontière méridionale, enfin, 10.000 Orangistes passaient le fleuve Orange et menaçaient De Aar, Colesberg et Burghersdorp.
Kimberley d'un côté, Ladysmith de l'autre, réclamaient du secours avec instance, ou plutôt l'opinion publique exigeait qu'on les secourût et, dans le même temps, au centre, le Cap se croyait menacé.
Les conjonctures étaient, certes, difficiles ; mais, si le général anglais avait connu exactement la capacité de résistance des places investies, s'il avait eu surtout sa pleine liberté d'esprit, il aurait pu abandonner ces places à elles-mêmes, évacuer le Natal sauf Durban, concentrer dans la colonie du Cap ses dernières ressources de cou-
verture, et y maintenir ainsi, dans des conditions suffisantes de sécurité, la base d'une offensive unique, dirigée contre l'État d'Orange.
Avec les 3. 000 hommes de Murray, joints aux 5. 000 soldats réguliers de sir Forestier Walkers(') et aux 2.000 volontaires disponibles encore dans la colonie, il avait, largement, les moyens de couvrir De Aar et de contenir, jusqu'au 10 novembre, les colonnes d'invasion centrale et orientale qui, d'ailleurs, n'avançaient pas vite.
Les premières troupes débarquées auraient achevé de purger d'ennemis la région De Aar-Naauwporl-Orange- River, et assuré, dans cette région, la concentration du corps expéditionnaire, qui eût été terminée dans les premiers jours de décembre. Cette masse de 4o.ooo hommes pouvait, dès lors, marcher d'Orange-River sur Kimberley en une seule colonne, ou prendre comme base la transversale De Aar-Naauwport, de 100 kilomètres de front, et s'élever au nord en deux colonnes, à cheval sur les voies ferrées de Kimberley et de Bloemfontein, en se faisant précéder et relier par la division de cavalerie. Elle se trouvait, de toutes façons, dans d'excellentes conditions de manœuvre. Ses derrières étaient sufQsamment garantis par les troupes de sir F. Walkers, renforcées au besoin de 3 bataillons pris sur les 7 bataillons d'étapes qui figuraient en dehors des troupes de campagne. On eût encore disposé d'une brigade, pour appuyer ces dernières dans leur action initiale et les rattacher ultérieurement à leur base.
(i) 5 bataillons et demi d'infanterie et le g* régiment de lanciers. Ce rëgiment de cavalerie, venu de l'Inde et primitivement destiné au Natal» avait été transféré à De Aar.
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Devant la simple menace d'une semblable oflensive, les Boers, jouant des lignes intérieures, auraient vraisemblablement concentré dans l'Orange, soit à Bloemfonlein, soit vers Jacobsdal, toutes les forces mobiles qu'ils auraient pu distraire des blocus.
L'invasion du Natal eût été enrayée par le fait, dès la fin de novembre, c'est-à-dire avant que Joubert eût atteint Pietermaritzbourg. Il aurait, en toute hâte, expédié par les voies ferrées de Ladysmith à Betlehem et de Ladysmith-Heidelberg-Kroonstadt-Bloemfontein, les iS.ooo hommes qui, le 19 novembre, atteignaient Weston.
Cronje, de son côté, eût amené 8.000 hommes au point de concentration, et les 10.000 Orangistes, qui avaient envahi la colonie du Cap, se seraient repliés sur le même point. C'était Si.ooo Fédérés qu'on eût donc heurtés en rase campagne, vers le milieu de décembre. En raison de la déperdition de forces entraînée par la garde de lignes d'étapes d'une étendue considérable, les 80.000 hommes de troupes régulières comptés, à cette date, à l'actif des Anglais ne leur auraient pas donné une sensible supériorité numérique ; mais, dans ce pays découvert, leur cavalerie et leur artillerie eussent facilement pris l'avantage, et les qualités évolutionnaires, la cohésion d'une armée régulière, n'auraient pas laissé douteuse l'issue d'une bataille rangée et décisive.
Telle était, sans doute, la solution que le général Buller avait primitivement visée. Tel était le plan de campagne qu'il apportait d'Angleterre. Nous avons déjà vu comment, sous la pression des jingoïstes, il fut contraint de l'abandonner et de se morceler pour courir au secours de tous les points menacés. Nous avons suffisamment établi les responsabilités de cette décision malheu-
reuse et nous n'y reviendrons plus, sinon pour déterminer le moment précis où elle fut prise.
Elle date des premiers jours de son arrivée. Bien loin, en effet, de dégarnir le Natal pour renforcer la couverture du Cap, le général tira de cette colonie et envoya à Murray le bataillon du Border Régiment, dont nous avons signalé, le 3 novembre, l'arrivée à Eastcourt. Et c'est le 5 novembre, au plus tard, qu'il dut expédier, en mer, des contre-ordres aux transports dirigés sur le Cap, pour que, dès le i3, nous notions l'arrivée à Eastcourt du bataillon du West-Yorkshire, de la brigade Hildyard.
La poussée hâtive, sur Eastcourt et Weston, des premières troupes débarquées à Durban est donc imputable à sir R. Buller. Au lieu de mettre le colonel Murray hors des prises de Joubert, en le repliant sur Durban puis le retirant du Natal, il lui dépêche des renforts, bataillon par bataillon, et dresse, en quelque sorte, les souricières où viendront se prendre les généraux Hildyard et Barton. Une fois ces généraux chambrés, le ig novembre, à Eastcourt et à Weston, c'était la carte forcée, et l'expédition du Natal, qu'on eût pu éviter si Ladysmith seule avait été en jeu, s'imposait pour dégager les avant-gardes compromises.
Subissant ainsi, dès l'abord, et facilitant même l'initiative stratégique des Fédérés, le général anglais se résigne à substituer la parade au coup droit ; il se propose, à la fois, de délivrer Ladysmith, Kimberley, et d'arrêter l'invasion boer de la colonie du Cap.
Pour faire face sur ces points multiples, il va partager ses troupes de campagne en plusieurs corps : à droite, un corps de 4 brigades, aux ordres du général Cléry, s'échelonnera de Durban à Eastcourt, prêt à marcher au