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DISPOSITIONS AVANT L* ARRIVEE DU CORPS EXPÉDIT. I

eux, la division, la brigade même n'existent pas et se forment à l'aventure, suivant les besoins du moment. En dehors du bataillon, les hommes ne connaissent pas leurs chefs et ne sont pas connus d'eux. L'homogénéité et la solidité des corps de bataille doivent souffrir d'un tel état de choses, sinon même la discipline, comme cela semble avoir eu lieu dans la colonne Methuen.

Dès les premiers jours de novembre, des croiseurs allèrent porter aux bâtiments de transport les ordres qui modifiaient ainsi leur itinéraire et qui les répartissaient entre Gapetown et Durban, à l'exception de quelques rares éléments réservés à East-London. Les premiers arrivages étaient annoncés pour le lo novembre et l'on comptait sur une vingtaine de jours avant que les derniers fussent en rade.

En attendant le lo novembre, sir R. Buller fit replier, comme nous l'avons dit, à l'est et au centre, la faible couverture de la colonie, reportant momentanément toute sa sollicitude sur la ligne occidentale, du Cap à Orange-River.

Il ramena à Queenstown le bataillon en garnison à Stormberg, rabattit la g<irnison de Naauwport sur le nœud important de De Aar et concentra le gros de ses ressources défensives en ce point, où l'intendance avait déjà rassemblé d'énormes approvisionnements, et sur le fleuve Orange, dans la bonne position Orange-River-Hopetown.

A Orange-River, notamment, le colonel Gough, à la tête du 9* lanciers, d'un détachement des Northumberland Fusiliers et d'une batterie, surveillait le fleuve, au contact des troupes avancées de Cronje. Le lo novembre,

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il eut près de Belmont (3o kilomètres au nord du fleuve), un enyagement assez vif avec 700 Boers, qu'il ne réussit pas à déloger d'une série de hauteurs où ils semblaient remuer la terre.

De Âar était destiné à servir de station-magasin et Orange-River de tête d'étapes à la colonne Methuen, formée des premières troupes disponibles. Mais ces grands centres, et même les principales gares, n'étaieot pas les seuls points à protéger, sur les goo kilomètres de parcours de la ligne Gapetown-Orange-River. On n'avait pas seulement à craindre les Boers de Belmont ou de Colesberg, il fallait encore tenir compte des dispositions suspectes des Africanders et se prémunir contre les attentats isolés. En plus des postes dans les gares, on se résigna donc à échelonner des groupes de trois hommes, tous les 4oo mètres, le long de la voie ferrée.

Dans son plein fonctionnement sur tout le secteur Capetown-De Aar-Naauwport-Port-Élisabeth, d'un développement total de i.5oo kilomètres, ce service de surveillance devait exiger plus de 10.000 hommes. Renforcé, dans la suite par une notable portion des bataillons d'étapes, il était constitué, tant bien que mal, à l'origine, avec des volontaires loyalistes et des Cafres auxiliaires. Sous cette forme, il réussit à assurer la circulation des trains qui, du 12 au 19 novembre, emportèrent les troupes de Methuen.

Le général Methuen ayant entamé ses opérations offensives avant les généraux Gatacre et Clery, nous allons le suivre séparément et le conduire jusqu'à la période décisive et malheureuse du 10 au 1 5 décembre, où nous verrons chacun de ces corps aboutir, successivement, à de graves échecs.

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l8o LA GUERRE SUD-AFRICAINE.

LA COLONNE METHUEN (12 novembre-12 décembre)

Concentration à Orange-River (^12^1 g novembre). — Orangc-River, desservi par la voie ferrée, couvert par le fleuve Orange, situé dans un saillant que ce fleuve pousse vers le nord, au plus près, par suite, de Kimberley, était fort bien choisi comme centre de rassemblement et base d'opérations de la colonne de secours dirigée sur cette place.

Lord Methuen y arriva de sa personne dès le 12 novembre et mit, sur-le-champ, toute son activité à assurer la bonne organisation et le débouché facile de cette colonne. Son premier soin fut de faire rétablir sur l'Orange le pont, que les Fédérés avaient détruit, et cette réfection, menée à bien en quelques jours par le major du génie Stewart, est un premier et notable témoignage de l'excellence des services auxiliaires dans l'armée anglaise. Personnel et outillage ne laissent rien à désirer.

Informé par le colonel Gough de l'escarmouche du 10 novembre, le général multiplia les reconnaissances d'officiers sur la rive nord du fleuve et veilla à conser\'er le contact avec l'adversaire . 11 acquit ainsi la certitude qu'un fort détachement boer se retranchait au sud de Belniont.

Sa petite armée devait comprendre : la i"* brigade de son ancienne division, brigade des Gardes (général Colville) [*]; la 9' brigade (*), formée avec deux bataillons

(1) 1" brigade des Gardes; 3« bataillon grenadiers; 1" cl a» batailloas C(>I(is(n*am, i^^ bataillon Scots Guards.

(2) Rappelons qu'elle prit le n» 9 à sa formalion, parce que les n« 7 et 8 furciit réservés aux Iroupes de sir G. Whitc. Elle compreDail : le s* ba-

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d'étapes et deux bataillons de la garnison du Cap (général Fetherstonhaugh), et la 3* brigade (général Vauchope), de l'ancienne division Clery ; mais cette dernière brigade, encore en mer, ne rejoignit que plus tard.

Les seuls éléments immédiatement disponibles étaient donc : les deux brigades Colville et Fetherstonhaugh, un peu d'infanterie montée, un détachement de marins avec quatre canons à tir rapide, une compagnie du génie, deux batteries d'artillerie de campagne et un régiment de cavalerie (9^ lanciers); en tout, 8.5oo hommes.

Le transport de ces troupes (à l'exception du 9* lanciers) et de leur matériel, du Cap à Orange-River, commença le i4 novembre et fut terminé en cinq jours, à raison de neuf trains par jour. Le 19, tous les éléments de combat étaient rassemblés à Orange-River, et, le 20, le général Methuen, après les avoir passés en revue, donnait ses ordres pour commencer, le 21, à 4 heures du matin, une première marche dans la direction de Kimberley.

Il laissait dans le camp son convoi, bagages, vivres et voilures à eau, qui ne disposait pas encore d'un nombre suffisant de mulets, mais dont les atlelages étaient attendus d'un jour à Tautre et qui pouvait rejoindre à bref délai. La colonne devait donc partir avec les seules voitures de munitions et d'ambulance, et les hommes n'emporter que le strict nécessaire : étuis-musettes, fusils et cartouches. Le 4* bataillon de la 9^ brigade, i**" du Royal North Lancashire, demeurait à la garde du convoi et du

taillon dii NorthamptoDshire ; le a* bataillon de la Yorksbire Light lufantry ; N' i«r bataillon du Nortbumbcriand Fusiliers ; le i«' bataillon du Loyal Norlb Lancasbire ; ces deux derniers faisant partie des troupes en garnison dans la cjlonie du Cap.

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camp; partie rallierait avec le convoi, partie stationnerait à Orange-River, jusqu'à la relève des bataillons d'étape. Celait, en somme, un premier échelon, formé de sept bataillons seulement avec deux batteries, les quatre pièces de la marine, un régiment de cavalerie et quelques escadrons irréguliers ; échelon très léger d'équipages, que le général mettait en mouvement. Avec cette fraction de ses forces, il ne pouvait évidemment viser à accomplir sa mission tout entière et à délivrer Kimberley ; il cédait à l'attraction du détachement ennemi signalé à six lieues de là et voulait le surprendre. Son plan était, sans doute, de nettoyer le pays jusqu'à la Modder, sur tout le parcours de la voie ferrée, de restaurer cette voie chemin faisant, puis d'attendre, pour porter un dernier coup à Cronje, que sa 3* brigade lui fût amenée à pied d'œuvre.

Marche sur Kimberley (21 novembre), — Combat de Belmont (^28 novembre). — Entre Orange-Rîver et Kimberley, la voie ferrée qu'allait suivre la colonne anglaise court du sud-ouest au nord-est, sur une étendue de 100 kilomètres environ, et traverse un pays généralement plat. C'est un prolongement du Bechouanaland, steppes immenses, tapissées de graminées et que découpent du sud-est au nord-ouest la Riet, affluent du Vaal, à peu près parallèle à l'Orange, et de l'est à l'ouest la Modder, affluent de la Riet, aboutissant exactement à l'intersection de la ligne ferrée. Çà et là, quelques kopjes sablonneux, de 3o à 60 mètres de haut, émergent, très rares entre l'Orange et la Modder, beaucoup plus nombreux au nord de la Modder, dans la région diamantifère de Kimberley qui est plutôt mamelonnée. Jusqu'à la Modder, on ne rencontre que trois de ces dunes : le

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Kaffir's-Kopje à 25 kilomètres au nord d'Orange-River ; Esquisse du combat de Belmoht le 23 novembre i8gg.

9fUhlans et

Infanterie moi

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les kopjes d'Enslin à 23 kilomètres de là, et les kopjes de Honey-Nest-Kloof, non loin de la rivière.

Établissant son gros à Spietfontein, à i5 kilomètres au

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sud de Kimberley, Cronje avait lancé au loin, à 60 kilomètres de dislance, jusqu'au Kaffir's-Kopje près de Belmont, un détachement de couverture, soutenu en arrière par des échelons établis à Enslin et sur la Modder. Il se proposait de défendre le terrain pied à pied, de multiplier les prises de contact, pratiquant, à son insu sans doute, les théories les plus modernes de la défensive stratégique, comme nous le verrons, en tactique, faire le plus heureux emploi de Vavant'ligne.

Ce détachement de Belmont, déjà tâté par le colonel Gough, était le premier objectif de lord Methuen. Parti d'Oranfje-River le 21 de grand matin, celui-ci va s'élever au nord par très courtes étapes. La lenteur de sa marche s'explique par cette triple raison que les troupes, anémiées par une longue traversée, jetées en wagon dès leur débarquement et marchant sous un ciel torride, avaient besoin d'un entraînement préalable; que son itinéraire était strictement jalonné par les points d'eau, comme au désert, et qu'enfin il voulait laisser aux renforts le temps de le rejoindre.

Le 21 novembre, après un parcours de i3 kilomètres seulement, on tourne à gauche de la voie ferrée et on va bivouaquer près de Witleputs, dans la petite oasis de Fincham's-Farm.

Le 22 novembre, on lève le camp, très tard dans la journée, et on le transporte à 5 kilomètres plus loin, à Devendale, localité située à 8 kilomètres au sud du Kaffir's-Kopje. Dans la soirée, une reconnaissance de lanciers et d'infanterie montée s'engage, près de Thomas- Farm, avec les avant-postes des Républicains, et confirme que ceux-ci n'ont pas quitté la position du Kaffir.

Cette position, située à l'est de la voie ferrée et à 5 ki-

COMBAT DE BELMONT. l85

lomètrcs au sud de Belmonf, se compose de trois crêtes successives, dont la plus élevée est celle du milieu. Le front, de [\ kilomètres environ de développement, faisait face à l'ouest et était renforcé par de nombreux ouvrages en terre et des abris en pierres. 2.000 Fédérés l'occupaient avec deux bouches à feu.

Lord Methuen, préoccupé du feu des Boers et voulant en conjurer les effets, eut recours à un procédé d'approche que nous lui verrons fréquemment employer; procédé que de Goltz, dans son livre de la Nation armée, indique comme une des formes du combat à venir et qui a même reçu, outre-Rhin, une sorte de consécration officielle dans la brochure d'un ministre de la cjuerre, Bronsard de Schellendorf, sur la tactique de l'infanterie. Mettant ses troupes en marche pendant la nuit et réglant leur trajet de façon à les amener, à l'aube, devant l'adversaire, à distance et en formation d'assaut, il profitait de l'obscurité pour franchir la zone des feux et des premières lueurs du jour pour passer immédiatement à l'acte décisif.

Théorie séduisante qui, dans la pratique, subira bien dos mécomptes imputables, tantôt au hasard, tantôt à des erreurs d'application !

Dans le cas présent, il semble que le général anglais partit de trop loin (8 kilomètres) pour compasser ses approches à coup sûr, qu'il prit une formation d'approche un peu lourde et surtout qu'il négligea un élément essentiel de cette formation compacte et aveugle, les patrouilles de combat, les antennes qui doivent la guider au contact de l'ennemi. .

Quittant Dcvendale, le 23 novembre, à 2 heures du matin, et formées d'abord en une colonne de roule de 4.800 mètres de long, ses deux brigades gagnent la voie

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ferrée qu'il leur faut traverser (Devendale étant à l'ouest et le Kaffir's-Kopje à Test de cette ligne). En y arrivant, elles se déploient le long de la voie, qui est à peu près parallèle au front de Tennemi, et alignent leurs sept bataillons côte à côte, en Une of bataillon double company column ; les trois bataillons de la 9* brigade constituant Taile gauche, les quatre de la garde l'aile droite et l'artillerie se tenant en bataille en arrière du centre. Le bataillon anglais de i.ooo hommes étant à huit compagnies et chacune de ses compagnies représentant, par suite, un de nos pelotons ; ce dispositif reviendrait, dans notre bataillon, à disposer les deux compagnies du centre derrière les compagnies d'ailes, toutes étant en bataille sur deux rangs. L'ensemble offre exactement deux lignes de quatorze compagnies en bataille, à intervalle de déploiement et à demi-distance ; il paraît peu maniable à travers champs et peu susceptible de changer d'orientation. Nulle mention n'est faite du moindre élément de sécurité, patrouilles ou éclaireurs, précédant cette masse, et la surprise, d'ailleurs, qu'elle éprouva, au dire même des relations anglaises, en se trouvant inopinément en présence des Boers, accuse positivement le défaut d'organes de tact.

Dans cette formation, on traverse la voie ferrée, en coupant à coups de hache ses barrières ou clôtures en fil de fer ; puis, après une marche en bataille de plusieurs kilomètres, effectuée avec le plus grand ordre et dans un silence que la destruction des barrières rendait presque superflu, on voit se dessiner, dans le clair-obscur, la masse du Kaffir's-Kopje. 11 est 4 heures du matin ; le jour commence à poindi'e et l'on n'est plus qu'à 3oo mètres de la position ennemie, où rien ne bouge. On se demande

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