‹ La guerre sud-africaineChapitre 40 sur 75 · COMBAT DE MODDER-RIVER · texte numérisé non relu

COMBAT DE MODDER-RIVER

Surprises par ce feu inopiné, battues de front et de flanc, les troupes anrjlaises ont un instant de flottement. Mais bientôt elles se ressaisissent et, accentuant un mouvement déjà dessiné sous l'action concentrique de Tartillerie adverse, chacune des bricjadcs infléchit son front de façon à faire face à la région qui la tient sou^ des feux croisés. La brigade de la Garde dirige ainsi son centre surTangle oriental de la Riet et la 9' brigade sur l'angle occidental ; leurs lignes de combat, brisées par échelons de bataillon, forment, dans l'ensemble, une sorte de redan dont le sommet est au nord, sur la voie ferrée.

A droite, les Scots marchent contre la branche CD du trapèze ; les grenadiers sur le sommet C et les Coldstreams sur la partie de la base supérieure, voisine du confluent de la Modder. A gauche, les fusiliers, appuyés par les Argyll, se portent sur le coude B ; la Yorkshire InfantiT sur la ferme et le kraal qui couvrent le barrage ; les Lancashire sur les kopjes et groupes de roches qui, à 600 mètres en aval, constituent l'extrême droite des Fédérés.

Dans cette formation et soutenus par leur artillerie, qui se rapproche elle-même et accélère son tir, les bataillons anglais effectuent deux ou trois bonds et gagnent la distance de 600 mètres. Mais, à cette distance, le tir dos Hoers devient effroyable d'intensité et de précision. Les balles Mauser pleuvent, san^ qu'on puisse toujours discerner d'où elles viennent. On riposte au hasard, par ces feux de salves si chers aux Anglais, puis, comme les hommes tombent par douzaines, comme le terrain absolument découvert ne leur offre aucun abri, on les fait coucher.

Ils n'iront pas plus loin, jusqu'à une heure avancée de

Taprès-dîner. Vainement sur quelques points, entraînées par Texeraple de leurs officiers, les meilleures troupes tentent des efforts partiels. Les Scots, parvenus à un fossé sec où ils ont trouvé un refuge, essaient à peine d'en sortir, qu'ils perdent la moitié de leur effectif et sont contraints de battre précipitamment en retraite, en abandonnant leurs mitrailleuses démontées. Le i*''' bataillon des Goldstreams, qui leur servait de soutien, se porte en première ligne pour les recueillir, mais doit se terrer à son tour. Au centre, les grenadiers et le 2^ bataillon des Goldstreams n'ont pu même suivre le mouvement général et sont demeurés à 700 mètres du fleuve. A gauche, la 9 brigade n'a pas meilleur sort et est tenue en échec par les défenseurs du barrage. Partout il semble qu'une nappe de plomb rive les hommes au sol, en s'abattant sur eux dès qu'ils font mine de se relever.

Ils y resteront étendus pendant quatre mortelles heures, creusant le sable avec leurs baïonnettes, comme les Russes à la troisième bataille de Plew^na, pour obtenir un mince couvert contre les projectiles. La chaleur était épouvantable (43 degrés centigrades) et il ne pouvait être question d'amener les voitures à eau; tout attelage, à moins de i .600 mètres, étant infailliblement abattu. Mourant de soif, à jeun depuis la veille, épuisés de fatigue, les fantassins anglais s'endormaient sous la rafale. En bien des points ils manquaient de munitions et le ravitaillement sur la ligne ne s'effectuait pas, les pourvoyeurs étant mis hors de combat ou contraints de rétrograder avant d'y arriver. Pour le service de santé, mêmes difGcultés : les brancardiers ne parvenaient pas à s'approcher des blessés, même en rampant.

Nulle remarque, d'ailleurs, ne caractérise mieux la

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