COMBAT DE MODDER-RIVER. 2O
Ce n'était pas, d'ailleurs, à la gauche ennemie, présentant une double ligne de défense dans la Riet et la Modder, qu'était le point d'attaque. Pour faire tomber la position des Boers en la tournant, il était préférable d'agir à leur extrême droite, et, s'il y avait eu une direction d'ensemble, tous les efforts auraient dû, dès le début, se concentrer de ce côté.
Il semble, du moins, que l'on s'en aperçut vers le milieu du jour, car on dirigea sur la g» brigade les renforts qui arrivaient, très opportunément, pour relever les affaires des Anglais.
A 3 heures de l'après-dîner, un train ayant amené de Belmont la moitié du i'** bataillon des Royal Munster Fusiliers et la 62* batterie de campagne, cette batterie fut immédiatement envoyée à l'extrême gauche. Elle prit position à quelques centaines de mètres du fleuve, au sud du barrage et ouvrit un feu très vif sur l'extrême droite des Fédérés (kraal, ferme et kopjcs). En même temps, toute la ligne des batteries se rapprochait à 1.600 mètres environ de la Riet et 22 pièces concentraient leurs feux sur la portion du front ennemi à l'ouest du chemin de fer.
Cette préparation énergique contre l'aile droite des Boers ne s'accomplit pas sans difflcultés. Ceux-ci redoublèrent leur feu d'infanterie et, à un moment donné, la 70* batterie, ayant 3 officiers, 11 hommes et 26 chevaux hors de combat, dut recourir aux chevaux de selle pour se replier à la distance de 2.000 yards (1.820 mètres). Mais le résultat visé était déjà obtenu ; quelque flottement se manifestait sur la ligne adverse et l'on pouvait lancer la g* brigade contre le mouvement de terrain au sud du barrage.
GUERRE SUD-AFRICAINE. l4
Cette attaque réussit. Peu avant 4 heures, la Yorkshire Light Infantry, soutenue par quelques fractions des Argyll et des Northumberland sous la direction du lieutenant-colonel Barker, s'empara de la ferme et du kraal. Presque au même moment, les roches et les kopjes de l'extrême droite furent emportés par le Loyal North Lancashire.
A 4 heures, tout le terrain voisin du barrage, sur la rive sud, était donc nettoyé d'ennemis. Le combat changeait de face et les Orangistes, pris d'une panique sur laquelle nous aurons à nous expliquer, lâchaient pied de tous côtés.
Le général Pôle Carew, saisissant ce retour de fortune avec beaucoup d'à-propos, pousse son succès et donne l'ordre de franchir la Ricl. 4oo braves, guidés par Barker, passent le barrage en se cramponnante ses barres de fer et gagnent ainsi la rive opposée au milieu de difficultés inouïes. Un détachement du génie les suit et réussit à les retrancher sur la rive nord.
A la tombée de la nuit, les Argyll traversent au même point et pénètrent dans les premières maisons de Modder-River, d'où quelques Orangistes retardataires ont fait feu sur eux ; ils les poursuivent de chambre en chambre et les égorgent sans pitié.
C'était le dernier acte de cette chaude afTaire. On entendit bien encore quelques coups de feu isolés, mais à 7 heures du soir le silence se fit. La nuit venue, la plus grande partie de la brigade Pôle Carew s'était soUdement retranchée sur la rive nord de la Riet, dans la partie ouest du village; les autres troupes bivouaquaient sur la rive sud dans leurs positions du champ de bataille. Le lendemain, à l'aube, l'artillerie anglaise ouvrit le '