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feu sur les positions des Fédérés, mais ceux-ci ne répondirent pas et Ton reconnut, au bout de quelque temps, que leurs lignes étaient évacuées. La brigade de la Garde fut envoyée alors, par un grand détour, jusqu'à un gué où elle passa la Riet pour rejoindre la g* brigade à Modder-River.
Ainsi, les Anglais se trouvaient maîtres du champ de bataille, presque à leur insu et sans y rien comprendre. L'échec de lord Methuen s'était transformé en demi-succès à la dernière heure. Les Fédérés, qui avaient eu incontestablement, et à peu de frais, l'avantage toute la journée, l'avaient laissé échapper le soir, sans motif appréciable.
Que s'était-il donc passé ?... Un fait trop commun chez les troupes de nouvelle levée et qui rappelle l'échauffourée de nos mobilisés bretons à la bataille du Mans ; un de ces phénomènes dont la psychologie des foules peut seule rendre compte, parce que les troupes improvisées tiennent plus de la foule que de l'armée ; un lent énervement aboutissant à une brusque dépression et transformant en lâches fuyards une agglomération d'hommes qui, j)ris individuellement, sont des braves. C'est là ce que ne veulent pas comprendre les théoriciens qui confondent un homme avec un soldat et prétendent substituer aux armées permanentes des volontaires imbus de civisme. Les manuels patriotiques, l'enthousiasme sincère ne remplacent pas la lente et complète absorption de l'homme par son unité tactique ; l'entraînement physique, l'aptitude au tir et à la marche ne suffisent même pas à constituer des troupes solides.
On le constata de reste ce jour-là. La plupart des Orangistes voyaient tomber pour la première fois les obus
à la lyddilé des pièces de marine ; ils n'avaient aucune notion de leurs effets matériels. Leurs détonations formidables, les quantités de sable soulevées dans les kopjes en aval du barrage, ces sortes de fougasses éclatant de tous côtés, ébranlèrent peu à peu leur moral. Ces merveilleux tireurs, dont les fusils avaient tenu l'ennemi à distance jusqu'à 3 heures de l'après-dîner, qui étaient virtuellement vainqueurs, perdirent conscience de leurs avantages et laissèrent le sentiment de la défaite pénétrer insensiblement dans leurs cœurs. Au moment où l'artillerie anglaise, renforcée, redoubla d'efforts, la tension nerveuse avait atteint chez eux son maximum ; l'équilibre se rompit brusquement et, sourds aux objurgations de leurs officiers, oublieux de leurs serments civiques, ils s'enfuirent, éperdus. Seuls, quelques héros défendirent Modder- River.
Cronje, pendant ce temps-là, qui commandait à la gauche et venait de repousser le colonel Codrington, croyait tenir la victoire. Il combattit jusqu'à 6 heures, à l'est du chemin de fer, maintenant ses Transvaaliens sur les deux rives et ignorant complètement la défection des Orangistes. Quand la nouvelle lui en parvint, il se trouva dans une situation très critique et dont il s'exagéra encore le danger. Sa' droite était découverte ; il pouvait d'un instant à l'autre craindre une attaque à la baïonnette favorisée par les dernières lueurs du jour ; il ordonna donc la retraite et l'effectua si précipitamment qu'il laissa toute son artillerie sur le terrain.
Semblable retraite avait le caractère d'une véritable fuite, effectuée à la fois par les routes de Kimberley elde Jacobsdal. Heureusement pour les Boers, leur chef ne tarda pas à reprendre possession de lui-même et, voyant
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que rien ne bougeait au nord de la Riet, il revint vers minuit avec quelques détachements d'élite, attela ses canons et les emmena sans obstacle.
Les Anglais ne se rendirent pas compte de l'aubaine qu'ils laissaient échapper. Ils étaient vainqueurs sans le savoir, comme les Boers se trouvaient vaincus en plein succès. Tout d'ailleurs, dans cette singulière rencontre, contribue à mettre en relief les défauts des deux adversaires. Ils y accumulent comme à plaisir les fautes où nous les verrons tomber encore, mais séparément, dans d'autres affaires :
Chez les Boers, occupation à priori d'une 'position et déploiement préalable à toute attaque. Défense linéaire et essentiellement passive, fondée sur l'emploi exclusif du feu et des obstacles matériels. Des tirailleurs sur un rang garnissant leurs tranchées et usant de leurs armes avec une véritable maîtrise, mais figés à leurs postes. Nulle réserve pour passera la contre-attaque; nul soutien pour réparer les défaillances locales comme celle qui se produisit à Modder-River. Tout est préconçu dans leur défense qui ne vise qu'à barrer le chemin à l'ennemi, non à le battre. Qu'elle soit percée en un point et elle tombe sur tout le front. C'est ce qui eut lieu ici. Qu'elle soit manœuvrée et elle n'opposera pas une contre-manœuvre. Qu'elle soit tournée et elle s'évanouira sans lutte. C'est ce que lord Roberts enseignera aux Anglais.
Mais les Anglais ne semblent pas s'en douter à cette époque. Chez eux, en effet, la tactique du coup droit semble la seule en usage. Ils prennent le taureau par les cornes et même entre les cornes. Peu soucieux de manœuvres, ils s'éclairent mal. Ils foncent sur l'adversaire dès qu'ils le rencontrent et sans prendre la peine de le reconnaître.
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Aussi le jeu de TavanUligne, pratiqué déjà par les Boers à Farquhar's-Farm, les met toujours en défaut; chaque prise de contact leur coûte cher.
A Modder-Rîver, les pertes accusées par les Anglais sont de 485 hommeSi dont 23 officiers. La proportion, par rapport à reffectif engagé, atteint environ 7.5 p. 100. Celle des officiers, par rapport aux soldats, est de i officier seulement pour 20 soldats, et ce chiffre relativement faible doit être attribué aux précautions dont nous avons déjà parlé. En regard des pertes ci-dessus, celles des Boers étaient insignifiantes : les évaluations les plus défavorables ne leur attribuent pas i5o hommes hors de combat.
Dans cette affaire, d'ailleurs, comme àGraspan, comme à Bel mont, le service sanitaire de lord Methuen se montra au-dessus de tout éloge. Le personnel de santé passa la nuit à rechercher les blessés sur le champ de bataille, à l'aide de projecteurs électriques, et, le lendemain à 5 heures du soir, tous ces malheureux étaient embarqués en chemin de fer à destination d'Orange-River,
Arrêt à Modder-Rîver {2g novembre-g décembre). Bataille de Maggersfontein (y- 12 décembre). — Jusquelà les opérations de lord Methuen semblaient tendre à une heureuse issue. Les journaux de la Grande-Bretagne chantaient victoire et célébraient sur le mode lyrique ces six journées (21-28 novembre) de progrès continus, coupées par trois glorieux combats. A Belmont, les baïonnettes des Gardes ; à EnsHn, celles des Marines avaient renversé tous les obstacles ; Tartillerie avait eu son tour à Modder-River.
Dans cette localité et sur la rive nord de la Riet, les
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Anglais n'étaient plus qu'à 3o kilomètres de Kimberley. Ils pouvaient entrer en communication optique avec cette ville, et ils apprenaient ainsi que le colonel Kekew^itch, pour faciliter leur tâche, avait exécuté deux sorties : le 20, jour du combat d'Enslin, et le 28, jour du combat de Modder-River, qu'il était plein de confiance et avait encore pour quarante jours de vivres.
Si le dernier renseignement laissait du répit, cette proximité par contre, ces relations étaient autant d'incitants à pousser de l'avant, à satisfaire la presse jingoiste et les soldats même, qui croyaient déjà donner la main à leurs frères d'armes. Lord Methuen sut résister à ces entraînements et il est juste de lui en tenir compte. Il apprécia sainement que ses victoires étaient des victoires à la Pyrrhus et n'avaient pas sensiblement entamé l'ennemi. C.elui-ci, dès le 29 novembre, revenait au contact et en bonne attitude. Avant de le pousser dans ses derniers retranchements, il fallait se mettre soi-même en possession de tous ses moyens, restaurer ses forces, assurer ses derrières.
Le général anglais accorda donc à ses troupes un repos d'une dizaine de jours dont elles avaient grand besoin. Il employa fort utilement ce temps d'arrêt à établir ses communications avec l'arrière, à se ravitailler en vivres et en munitions, enfin à recevoir des renforts.
Dès le lendemain du combat, les sapeurs, guidés par le major Stewart, jetèrent un pont de bateaux sur la Riet, à 4o mètres en aval du pont du chemin de fer. Ce dernier avait une brèche énorme et, comme les Anglais ne possèdent pas de matériel analogue à notre matériel Marcille, ils entreprirent héroïquement de construire, de toutes pièces, un pont provisoire un peu en amont de l'ancien.
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Ce n'était pas un mince travail, car on avait à creuser les deux rives de la Riet pour raccorder le niveau de la voie avec celui de la rivière, et cependant en sept jours tout était terminé. Le premier train passait le 7 décembre.
Ces ponts étaient doublement indispensables : d'une part, pour garantir la retraite de l'armée, tout entière installée sur la rive nord ; de l'autre, pour faciliter les arrivages de matériel et les approvisionnements de toute nature. A la station-magasin d'Orange-River fonctionnaient des boulangeries de campagne qui purent ainsi, chaque jour, expédier aux troupes du pain frais. Le matériel lourd, les munitions, accumulés dans ce dépôt, s'écoulèrent de même. Quant aux vivres, VArmy Service corps et le Commissariat department n'attendirent même pas le rétablissement du pont ; ils firent telle diligence que quarante -huit heures après le combat, la division était alignée en vivres pour quinze jours. On ne saurait trop étudier, chez les Anglais, ce fonctionnement des services de l'arrière.
Pendant ces préparatifs, du 3 au 8 décembre, les renforts attendus par lord Methuen arrivaient à Modder-River. C'était d'abord sa 3* brigade, brigade écossaise Vauchope (moins le bataillon des Argyll, qui avait déjà figuré à l'affaire du 28 novembre), puis le 12* lanciers, une batterie à cheval, une batterie de 4 obusîers('), une pièce de marine de la Doris{f)^ une section d'aérostiers.
Avec ces compléments, le général anglais qui, malgré sa blessure, avait pu reprendre le commandement effectif
(i) Obusiers de 5 pouces, tirant des obas de 5o livres chargés à la lyddite.
(2) Pièce de marine de Ap°»7'
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dès le 6 décembre, allait avoir en mains pour les opéralions ultérieures : 3 brigades d'infanterie (i3 balaillons)[']; I brigade de cavalerie (2 régiments), aux ordres du général Babington ; 3 batteries montées et i batterie à cheval; I batterie de 4 obusiers; 5 pièces de la marine; 1.200 hommes d'infanterie montée; de la police montée; I section d'aérostiers et 2 compagnies du génie. Au total 1 5.000 hommes environ.
Il les établit sur la rive nord de la Riet, le camp des Highlanders à l'ouest de la voie ferrée, celui de la 9® brigade entre la voie feiTée et la Modder^ celui de la Garde entre la Modder et le bief amont de la Riet; la ligne générale des avanUpostes couvrant ces camps sur un arc de cercle de 4 kilomètres environ de rayon, qui allait de la Riet à la Modder, son centre au pont du chemin de fer. Pendant le jour, le service de sécurité était presque exclusivement confié à la cavalerie; pendant la nuit, i bataillon et demi d'infanterie tenait ces avant-postes. En arrière et jusqu'à Orange-River, une série de postes dont la force variait de deux sections à deux compagnies gardaient les ouvrages d'art et les gares de la voie ferrée. A Orange même, les premiers contingents austraHens et canadiens, arrivés le 4 décembre, jouaient le rôle de troupes d'étapes.
Toutes ces précautions, sur le front et les derrières, étaient largement justifiées par la proximité des Boers et leur attitude agressive.
Après leur panique de Modder-River, les Fédérés, ranimés par les proclamations sévères des présidents Steijn et Krûger, n'avaient pas lardé à se rapprocher et, dès le
(1) Outre les quatre bataillons de chaque brigade, le i*' bataillon du Royal-Munster-Fusiliers, emprunté aux troupes de garnison.
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début de décembre, leurs avant-postes, au contact des avant-postes anglais, s'entretenaient la main par de fréquentes escarmouches.
Leur gros, renforcé par tous les commandos qu'on avait pu enlever à la ligne d'investissement, se retranchait solidement à 20 kilomètres au sud de Kimberley, sur les hauteurs de Spytfontein-Maggersfonlein, de manière à barrer la route aux Anglais. Teniant ainsi la division Methuen en échec au nord, ils occupaient encore à Jacobsdal et à Read's-Drift (gué situé à 1 1 kilomètres à l'ouest de Modder-River) des postes qui inquiétaient les deux flancs de cette division et ses communications avec Orange- River. Tout le district était soulevé; des centaines de fermiers, ralliés aux républicains, étaient employés par eux à surveiller les rives de la RietetdelaModder; leurs espions remplissaient les camps anglais.
Cronje avait, à Jacobsdal, une sorte de base d'opérations. II en tirait incessamment des renforts et des approvisionnements de toute nature, des munitions et des vivres, que lui amenaient les lourds waggons ou chariots à bœufs du pays.
Cette ville, il est vrai, est située au milieu des terres, à i3o kilomètres des voies ferrées de l'Orange, et, de ce chef, Cronje se trouvait moins favorisé, pour le ravitaillement, que lord Methuen, dont la ligne de marche ne s'écartait pas du chemin de fer. De plus, la route d'étapes Jacobsdal-Spytfontcin côtoyait à petite distance (i4 à 16 kilomètres) les positions anglaises de Modder-River (*) et paraissait exposée aux coups de main. Mais la réci-
(i) Jacobsdal, Spytfontein, Modder-River, marquent les trois sommets d'un triangle rectangle dont la ligne Spytfontein-Jacobsdal serait l'hypotéoase, mesurant 23 kilomètres.
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proque était exacte, Jacobsdai, sur la Riet, à i8 kilomètres en amont et au sud-est de Modder-Rîver, prenait des vues sur les flancs et les derrières des Anglais et pouvait servir de point de départ aux incursions dirigées contre la voie ferrée de Modder-River à Orange. C'était, à la fois, un centre de ravitaillement et un centre d'action et, en fait d'action, si les deux partis étaient inversement sollicités par leurs lignes de ravitaillement, l'initiative semblait revenir aux Boers.
Leurs recrues affluaient à Jacobsdai et le président Steijn y venait, le 5 décembre, passer en revue les camps orangîstes qu'il enflammait par ses harangues patriotiques. Un corps de jeunes gens de bonne famille, admirablement montés, s'était formé dans cette ville sous le nom îSl Express-riders (estafettes), et fournissait un service d'exploration très actif. C'est aux environs de Jacobsdai qu'une patrouille du 12* lanciers tombait, le 6 décembre, dans une embuscade. C'est de Jacobsdai que partait, le 8 décembre, un détachement de i.ooo Orangistes avec 3 canons, commandé par Prinsloë, et chargé de tenter un coup de main contre la ligne de Modder-River à Orange. Cette petite troupe, qui comptait dans ses rangs un corps d'élite, les Scandinaviens, parcourut heureusement l\o kilomètres en se dérobant aux patrouilles ennemies, surprit, à Graspan, le poste d'étapes composé de deux compagnies du Northamptonshire Régiment, détruisit deux ponceaux et 3oo mètres de voie et ne se retira qu'après avoir rempli sa mission, en présence des nombreux renforts expédiés de Modder- River.
Cette escarmouche semble avoir été le coup d'aiguillon décisif. Maintenu sur son front, molesté sur ses ailes et
ses derrières, lord Methuen ne pouvait demeurer plus longtemps immobile. Il était, d'ailleurs, en possession de toutes ses forces et jugeait le moment venu de rentrer en lice.
Donnons ici une brève description du champ clos où allait se jouer la grosse partie :
On a déjà vu quelle était, sur la rive nord de la Riet, l'assiette des camps et des avant-posles anglais dans les trois secteurs déterminés par le cours estK)uest de cette rivière, par la voie ferrée filant du sud au nord et par la Modder venant, du nord-est au sud-ouest, tomber dans la Riet, à quelques centaines de mètres du pont de chemin de fer.
Spytfontein, où les Fédérés avaient placé le centre de leur défense, est une station à i6 kilomètres au nord de Modder-River.
Quittant les bords de la Riet et suivant la voie ferrée vers le nord, le voyageur parcourt d'abord un vaste glacis qui s'élève en pentes douces, coupé çà et là par des buissons épineux. A l'horizon et à 8 kilomètres environ de la rivière, se profile, de l'est à l'ouest, une chaîne de hauteurs sablonneuses, qui sépare cette vaste plaine de la région mamelonnée, déjà signalée dans notre étude, au sud de Kimberley. Â distance, cette muraille Semble être continue et barrer absolument le chemin de Spytfontein, c'est-à-dire la route ultérieure des Anglais; mais la voie ferrée, dessinant quelques méandres, trouve une brèche assez large à l'origine et qui va se rétrécissant; elle s'engage dans ce long couloir bordé de kopjes et pénètre ainsi jusqu'au mamelon transversal de Spytfontein. Les hauteurs, des deux côtés de cette impasse, étaient couronnées de batteries et de tranchées-abris; au fond,
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'tfontein se dressait comme une forteresse formi-
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'el était le chemin que lord Methuen aurait dû suivre
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