‹ La guerre sud-africaineChapitre 44 sur 75 · AV · texte numérisé non relu

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Lir aller directement chercher Cronje dans son réduit. is posséder de notions bien exactes sur les dispositions l'adversaire, il eut l'heureuse inspiration de ne pas se

risquer, cette fois, entre les cornes du croissant, mais d'emboucher une de ces cornes, à l'extrémité de Maggersfontein.

Nous avons dépeint en détail, à propos de l'investissement de Kimberley, la série de ces positions de couverture, Wimbledon, Kopjes-Dam, Spytfontein, Sholtz-Kopje, Maggersfontein, qu'occupaient les Fédérés. Elles affectaient la forme générale d'un V renversé ou d'une tenaille très allongée, ouverte au sud, dont Spytfontein constituait la courtine et la voie ferrée la médiane ; la branche occidentale de cette tenaille étant relativement courte, la branche orientale, longue de près de 8 kilomètres et brisée à son extrémité sud, de façon à s'infléchir vers l'est, suivant le contrefort de Maggersfontein.

Ce contrefort, constitué par une série de kopj es à forme irrégulière et détaché dans la direction du sud-est, vers Jacobsdal, se termine, sur la plaine, par un promontoire escarpé (5o mètres de hauteur) devant lequel va se passer l'action du 1 1 décembre, appelée bataille de Maggersfontein, Lord Methuen concentrera tous ses efforts contre le promontoire ou la corne est du croissant, en se proposant d'y prendre pied de haute lutte, puis, une fois sur les hauteurs, de remonter la branche orientale et d'attaquer la forteresse proprement dite, le réduit, les jours suivants, si les circonstances étaient favorables.

Ainsi circonscrite, l'action du i.i a, comme théâtre, un vaste glacis descendant vers la Riet et découpé, sensiblement, en forme de triangle rectangle qui aurait pour sommet le pont de chemin de fer, pour hauteur (8 kilomètres) la voie ferrée dirigée du sud au nord, pour hypoténuse la Modder avec deux gués, l'un à 3 kilomètres, l'autre (Brown's-Drift) à 7 kilomètres en amont

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de son confluent, pour base enfin (7 kilomètres) le contrefort de Maggersfontein prolongé, jusqu'à la Modder, par une ligne de tranchées.

Non contents, en effet, de leurs gigantesques travaux sur les hauteurs, les Boers avaient employé les derniers jours à creuser dés tranchées-abris en plaine, derrière une légère crête, garnie d'arbres et de buissons, qui courait entre l'extrémité est du promontoire et la Modder.

Sur le contrefort de Maggersfontein, ils avaient établi quatre pièces seulement d'artillerie, derrière des épaulements. A la crête militaire étaient creusées des tranchées et, au pied des kopjes, d'autres tranchées encore, qui se reliaient à celles de la plaine, et devant lesquelles s'étendait un réseau de fils de fer de 100 mètres de profondeur.

C'était, en somme, sur tout le front des hauteurs (4 kilomètres environ), deux étages de feux préparés par la défense. S'il faut en croire un correspondant américain, les tranchées au sommet étaient garnies d'hommes armés du fusil Henry-Martini, faisant usage, par suite, de poudre noire, dont la fumée, très visible, devait attirer l'attention des Anglais et les coups de leur artillerie. Les tranchées à la base, au contraire, étaient défendues par des fusils Mauser, bénéficiant de l'invisibilité de la poudre sans fumée et chargés de tirer sur l'infanterie et la cavalerie adverses.

Sans nous prononcer sur la réalité et l'efficacité de ce stratagème, nous préférons constater que les Boers avaient pris conscience des inconvénients du tir fichant et qu'ils s'étaient préoccupés d'obtenir des feux rasants, assurés dans les meilleures conditions par ces tranchées qui avaient devant elles un long glacis découvert. Bien leur en prit, comme on verra par la suite. Cronje, d'autre

pari, s'était peut-être souvenu de la panique de Modder-River et, en adossant une partie de ses hommes à des hauteurs escarpées, avait voulu leur rendre la retraite plus difficile que la résistance sur place, àTabri de solides parapets.

Tout cet ensemble, hauteurs et lignes en plaine, avait

7 kilomètres environ et, si Ton tient compte des deux étages de tranchées, ii kilomètres de développement. Bien que les relations ne soient pas d'accord sur Teffeclif commis à sa défense, on peut admettre qu'il n'était guère inférieur à 7.000 hommes. On verra, en effet, au cours de l'action, Cronje esquisser un mouvement débordant avec un gros de troupes, ce qui suppose la constitution de réserves, en sus du strict nécessaire pour la garde des tranchées. 11 est vraisemblable que, dans les journées du

8 et du 9, le général boer, spéculant sur la grande mobilité de ses troupes, n'hésita pas à dégarnir les positions proprement dites de Spytfontein et concentra, sur le promontoire de Maggersfontein, la majorité des forces qu'il avait pu distraire de l'investissement. La tactique défensive des Républicains consistait, ainsi, à remuer la terre sur des espaces considérables, à organiser des lignes très étendues ou des successions de lignes qu'ils défendaient par secteurs ou les unes après les autres, suivant l'orientation ou les progrès de l'attaque. C'était un correctif à la défensive préconçue.

Du côté des Anglais, cette fois encore, la tactique offensive va consister à aborder l'obstacle de front, en s'aidant des ombres de la nuit. Le choix du point d'attaque à Maggersfontein était excellent, mais, étant donnée l'inertie des Boers, on aurait pu, sans danger, faire tomber cette position par un large mouvement tournant;

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laisser, par exemple, une brigade à Modder-River, derrière la Rict, à la garde des convois et des lignes de communications et remonter, avec les deux autres, la rive gauche de la Modder, jusqu'au gué de Brown's-Drift et à la route de. Jacobsdal, pour prendre en flanc et à revers toute la ligne ennemie.

Lord Methuen préféra l'attaque directe du sud au nord. Pour en compenser la témérité, il voulut l'exécuter de nuit et, non plus comme à Belmont, en dissimulant simplement ses approches par les ténèbres, pour donner l'assaut au petit jour, mais en tentant proprement une surprise et un assaut nocturnes. Dans cette opération, délicate s'il en fut, nous aurons à relever les fautes que nous avons déjà signalées : reconnaissance insuffisante de la position adverse et des itinéraires ; canonnade préalable , sans autre effet que de mettre l'ennemi sur ses gardes ; absence d'instructions aux colonnes ; défaut d'éclaireurs ou de patrouilles de combat. Elle devait aboutir à un désastre.

Les deux partis étaient, depuis une semaine, au contact presque immédiat. Entre les grand'gardcs anglaises et les positions des fédérés, on avait à parcourir 5 kilomètres à peine sur un glacis découvert. De ces positions dominantes, avec une bonne lunette, l'ennemi pouvait, de jour, surveiller les camps anglais, et nous constaterons plus loin que ce n'était pas une cause négligeable d'insuccès pour une tentative dont tous les préparatifs exigeaient le secret. Les Anglais, par contre, n'étaient pas plus renseignés que le premier jour. Ils savaient vaguement qu'ils avaient des retranchements devant eux et peut-être sur les deux flancs de leur ligne de marche, mais ils ne connaissaient ni le terrain, ni les dispositions de l'ennemi.

GUERRE SUD-AFRICAINE. l5

L'excuse qu'ils allèguent — et elle a sa valeur — est qu'en présence des fusils à longue portée et à poudre sans fumée, les reconnaissances deviennent excessivement difficiles. Elles étaient constamment en défaut, devant un ennemi doué d'une excessive mobilité.

Pour parer à cette insuffisance de données premières, lord Methuen se décida à essayer, avant roffensive, d'une reconnaissance par le canon. Il se leurrait de l'espoir que l'adversaire riposterait à son feu et dévoilerait ainsi ses emplacements et ses ressources.

Le 9 décembre, par suite, à la pointe du jour, la pièce de marine de 4^,7, surnommée par les hommes le Joë Chamberlainy fut hissée par une trentaine de bœufs au sommet d'un mamelon, à i.5oo mètres au nord du camp des Highlanders et, de là, elle commença à bombarder, à 6.000 mètres de distance^ les kopjes de Maggersfon- (ein. Une vingtaine d'obus à la lyddite furent lancés, sans provoquer le moindre mouvement chez les Boers, qui n'avaient cure de ce tir inefficace. En même temps, la cavalerie, poussée vers l'est le long de la rive droite de la Modder, était accueillie à coups de fusil et la 9* brigade prenait les armes pour la soutenir. Mais ce mouvement n'eut pas de suites. Les troupes reçurent Tordre de rentrer dans leur camp et à 10 heures du matin tout retomba dans le silence des deux côtés. Le plan du général anglais était déjoué par le sang-froid des Fédérés.

Le lendemain, 10 décembre, comme s'il eût voulu renouveler la même expérience sur une plus grande échelle, il mit en marche, à 2 heures de l'après-dîner, une longue colonne de toutes armes. La brigade de cavalerie^ avec deux pièces d'artillerie à cheval, tenait la tête; puis, à distance, venait la brigade de Highlanders, encadrant

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trois batteries montées, le reste de la batterie à cheval et une batterie d'obusiers. Sur le flanc gauche, le Joe Chamberlain, traîné par son attelage mérovingien, suivait pesamment jusqu'à la position qu'il avait occupée la veille.

La colonne prit d'abord sa direction au nord-est, sur la rive droite de la Modder, semblant ainsi esquisser un mouvement pour tourner les Boers par leur gauche; mais, quand Tavant-garde eut efl^ectué 3 kilomètres environ, la pièce de marine s'arrêta sur son emplacement et ouvrit le feu, à l'extrême gauche, sur les kopjes de Maggersfontein. En même temps la cavalerie tiraillait avec des éclaireurs boers et l'artillerie se déployait, face aux kopjes et à 2.5oo mètres de distance : les obusiérs à l'aile gauche, les batteries montées au centre, la batterie à cheval à l'aile droite. Aussitôt en position, toutes les pièces joignirent leur feu à celui du Joë Chamberlain.

Il était 4 heures de l'après-dîner, et ce violent bombardement dura deux heures, sans que les Boers donnassent signe de vie. Blottis dans leurs tranchées, au pied des hauteurs, ils laissaient passer l'orage qui éclatait sur leurs têtes. Tous les coups de l'arlillerie anglaise étaient, en efl*et, dirigés sur le sommet des kopjes et les obus à la lyddite y produisaient, en pure perte, de véritables éruptions volcaniques.

La nuit venue, il fallut suspendre le tir. La brigade des Flighlanders, la cavalerie et l'artillerie reçurent l'ordre de bivouaquer où elles se trouvaient, c'est-à-dire à 3 kilomètres de la station de Modder-River. La g* brigade fut laissée, provisoirement, dans son camp entre le chemin de fer et la Modder. Quant à la brigade de la Garde, elle avait abattu ses tentes vers la fin de l'après-dtner et, dans les premières heures de la nuit, elle traversait la Modder

au (jué voisin, à 1.600 mètres de son camp, pour bivouaquer sur la rive nord de celte rivière. Il* était défendu aux hommes de parler, d'allumer des feux et de fumer.

C'étaient les préliminaires d'une action de nuit et, déjà, maintes fautes étaient commises.

On peut se demander, d'abord, quel avait été le véritable but du bombardement? Était-ce une réédition malheureuse de la reconnaissance du 9? Lord Methuen

nous répond, lui-même, dans son rapport, qu'il visait un autre objet, celui d'ébranler le moral des Boers et que, d'après Texpérience de Modder-River, il n'avait pas douté du résultat obtenu. Le silence des Républicains lui avait donné la conviction qu'ils avaient évacué le contrefort ou qu'ils l'évacueraient dans la nuit; conviction erronée, d'ailleurs, et qui suffirait à démontrer ce que vaut le canon, en tant que moyen d'information.

Ainsi, pour faciliter une attaque de nuit, on ne trouvait rien de mieux que de mettre l'ennemi sous les armes par une ouverture d'orchestre à grand fracas. On l'avait ébranlé, soit, mais on lui laissait dix heures pour se remettre avant de subir l'assaut. En semblable occurrence il faut, ou se passer d'artillerie, ou donner l'assaut dès qu'elle a cessé son feu, en mettant les troupes en mouvement pendant qu'elle tire ; ou bombarder plusieurs nuits de suite sans attaquer, de façon à énerver l'adversaire et à l'endormir, finalemtent, dans une trompeuse sécurité. Aucun de ces procédés ne ressemble à celui de lord Methuen, qui ne pouvait aboutir qu'à prévenir les Boers.

Et d'ailleurs, pour bien confirmer cet indice, on leur en offrait d'autres, en levant le camp de la Garde en plein jour, sous leurs vues ou, tout au moins, dans le champ de leurs lunettes. II eût fallu, au contraire, laisser les tentes

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dressées, eu manière de trompe-rœil. Puis, comme si rien n'avait été mûri dans les instructions données à la darde, après l'avoir mise en route de jour, on attendait la nuit pour lui faire franchir un gué qui, situé à un mille du camp et dans un coude de la rivière, échappait précisément aux vifjies des Boers. Résultat: les hommes ne pouvant distinguer, dans l'obscurité, les pierres où ils auraient dû poser les pieds, prenaient des bains forcés, mettaient deux heures à passer et arrivaient trempés, à 10 heures du soir, au bivouac où ils ne pouvaient allumer des feux. Ils allaient en partir, avec tout le reste de la division, à i heure du matin, après un repos dérisoire.

A I heure du matin, en eiïet, dans la nuit du lo au 1 1 , toutes les troupes de la division reçurent l'ordre de se rassembler en silence et de s'ébranler sous la direction des officiers d'état-major. Seuls, ces derniers connaissaient, et encore imparfaitement, le plan d'attaque du général en chef. Alors qu'il est de règle, dans les opérations de nuit, que chaque oflicier, sinon chaque soldat, sache l'objectif proposé et, dans la mesure du possible, ait étudié l'itinéraire à suivre, tous marchaient en aveugles. Quand on veut effectuer une surprise, il est, certes, prudent de taire ses projets jusqu'à la dernière heure ; mais, le moment venu d'agir, il est bon de réunir les exécutants et de leur exposer, brièvement, ce qu'on attend d'eux. Si les conducteurs de colonne ont seuls le secret de la direction, il peut arriver, dans l'obscurité, qu'une fraction perde la liaison et s'égare. C'est ce qui se produisit pour la Garde, où le gros laissa filer la tête, s'engagea dans une mauvaise voie et mit plusieurs heures à se retrouver.

Pour comble de malheur, les éléments semblaient se déclarer contre les Anglais. La pluie avait commencé

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à tomber à lo heures, de sorte que les hommes étaient trempés avant de se mettre en marche. Transis jusqu'aux os, fouettés par les rafales, partant à jeun et sans avoir pu dormir, allant à l'inconnu, ils devaient être en mauvaises conditions physiques et morales. Peut-être faut-il attribuer à ces causes déprimantes l'absence de précautions élémentaires que nous aurons à relever tout à l'heure.

La croyance générale était qu'on allait faire tomber la position des Boers, en effectuant un large mouvement tournant dans la direction du nord-est. Mais telle n'était pas, nous le savons, l'intention de lord Methuen. Il avait décidé d'attaquer de front les kopjes, et réservé cette attaque de nuit à la brirjade des Highlanders.

Cette brigade, qui avait bivouaqué face à son objectif, devait marcher droit devant elle, du sud au nord, sur un parcours de 5 kilomètres environ. Elle se forma en quarter column (colonne par compagnies, en ligne déployée, à distance de six pas), dispositif bien profond et bien lourd, mais que les règlements anglais préconisent pour les marches de nuit a parce que, seul, il permet de conserver la direction et V alignement ». — Dans cette formation, malgré les haies de cactus qui coupaient le terrain et ralentissaient son mouvement, elle s'avança en bon ordre et franchit, sans incident, la première lieue. Elle se tiouvait alors à un mille seulement de la position, et aurait dû se déployer et se fractionner en plusieurs échelons ('); mais elle ne semble pas s'être rendu compte de la proximité de l'adversaire.

( I ) Deux au moins. D'après les théories «n faveur : un échelon d'attaque, en ligne de colonnes de compagnie ; un échelon de soutien, en ligne de colonnes de compagnie par le flanc, pour appuyer ou ramener le précèdent ; une réserve générale, en position, à distance. L'artillerie, quand il y en a, se tient à la réserve.

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Ici, comme à Modder-River, nul éclaireur, nulle patrouille de combat ; nulle antenne préservatrice, pouvant avertir ce cjros corps avant le choc.

A défaut de semblables organes, la colonne rencontra devant elle le réseau de fil de fer, établi à 600 mètres des tranchées boers, et qui aurait dû la mettre sur ses gardes. Mais, dans une superbe indifférence, elle passa l'obstacle, ne se préoccupant que de ses rangs et de ses distances, et parcourut encore 200 mètres au delà, sur un terrain uni, totalement dépourvu d'abris et aménagé, pour les Boers, comme un champ de tir à souhait.

Jusqu'à ce moment, ceux-ci n'avaient pas bronché. On les croyait endormis ou partis et cependant ils veillaient, n'attendant qu'un signal. Depuis longtemps, leurs patrouilles avaient éventé la colonne anglaise et la côtoyaient en rampant. Elles devaient la conduire jusqu'au point précis de l'ouverture du feu.

Il était 3 heures environ du matin et la tête de colonne de la brigade Vauchope arrivait à 4oo mètres des kopjes, lorsque l'ordre de se déployer pour l'attaque décisive fut enfin donné. Le mouvement commençait à peine, qu'un coup de feu, tiré à 100 mètres de distance (probablement par une des patrouilles boers), rayait, de son éclair, les ténèbres. Ci'était sans doute le signal convenu. Immédiatement après, une grêle de balles crible la malheureuse troupe, la prend en front et de flanc et couche à terre, en quelques secondes, le cinquième de son effectif. Cette première décharge, qui abat le général Vauchope, est suivie de plusieurs autres, a Grâce à la ctilérité de tir des fusils à chargeurs, bien supérieurs à nos armes à magasin, écrit un témoin anglais, le feu des fédérés continua sans interruption. »

Sous ce feu infernal, surpris dans le désordre d*un changement de formation, les braves Ecossais s'enfuient, éperdus, sourds aux supplications de leurs ofCciers, dont la plupart, d'ailleurs, succombent à vouloir se maintenir sur le terrain.

Ils ne se rallient qu'après avoir franchi, dans une course folle, plusieurs centaines de mètres et, dès lors, la brigade, morcelée en petits groupes qui s'aplatissent sur le sol, peut être considérée comme hors de combat. Le sort de la journée qui commence est d'ores et déjà fixé.

Cette journée (i i décembre) ne fut en effet qu'une répétition de la canonnade de Modder-River, et n'offre pas grand intérêt au point de vue tactique. — Nous la dessinerons à grands traits.

Quelques instants après la fuite des Highianders, le premier obus à la lyddite éclatait sur le promontoire de Maggersfontein. L'artillerie anglaise entrait en scène, avec le jour, et elle allait tenir le premier rôle tout lelonij de la journée.

Elle se déploya dans le même ordre que la veille, mais par un mouvement d'en avant en bataille qui raccourcit les dislances. Tandis qu'à l'aile gauche, les obusiers envoyaient leurs obus à lyddite à 3.5oo mètres de distance, les trois batteries montées, au centre, prenaient position à i.Hoo mètres des kopjes et tiraient sur les tranchées-abris au pied -de ces hauteurs; la batterie à cheval, enfin, allait au galop s'établir sur l'extrême droite et, rompue par demi-batterie, faisant face au nord-est et au nord, enfilait les retranchements sur sa gauche, tout en couvrant de projectiles les tranchées-abris de la plaine. Quant à la pièce de marine, elle demeurait près de la voie ferrée.

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Pour soutenir celte longue ligne d'artillerie, la 9' brigade déploya trois de ses bataillons : l'un au centre, près des batteries montées; un second à rextrême gauche, flanquant la pièce de marine ; le troisième en arrière et à droite de la batterie d'obusiers.

Le quatrième bataillon de la brigade (Yorkshire Light Infantrv) avait remonté la Modder pendant la nuit et occupé le gué franchi par la Garde ; puis, au lever du jour, le colonel Barter, commandant ce bataillon, laissait trois compagnies à^la défense de ce gué et se portait, avec les cinq autres, au Brown's-Drift, à 4 kilomètres en amont. Là, il devait se heurter à un poste boer, qu'il enleva de haute lutte.

Pendant toute la bataille, la Yorkshire Infanlry fut ainsi préposée à l'occupation de ces deux gués et soutint vaillamment le feu des essaims de tirailleurs fédérés qui se glissaient dans ce secteur, à l'abri des buissons et des haies dont il est parsemé.

Nous retrouverons plus tard, à l'extrême droite, ces cinq compagnies de la Yorkshire et le colonel Barter concourant, avec la Garde, à enrayer un mouvement offensif et débordant des Boers. A l'heure où nous sommes (5 heures du matin), la Yorkshire était encore en route; la Garde de même, qui s'était égarée pendant la nuit. La cavalerie et l'infanterie montée étaient donc les seuls éléments disponibles pour couvrir l'aile droite «M le flanc de la batterie à cheval. Ces troupes eurent fort à faire au début. L'infanterie ipontée fut même coupée (|uelques instants par un gros de cavalerie boer, et eut quelque peine à se dégager.

Dans le même temps, c'est-à-dire aux premières heures du jour, les Ilighlanders, galvanisés par quelques officiers

énergiques, tentèrent à plusieurs reprises de pousser jusqu'aux tranchées boers. Ils ne réussirent qu'à augmenter leurs pertes et à arracher à Tennemi même des témoi- (jnages d'admiration. Après ce suprême effort, les débris de la brigade Vauchope, couchés à plat ventre entre les batteries montées et les lignes ennemies, demeurèrent inertes. Par-dessus leurs têtes, l'artillerie anglaise, en action depuis trois heures déjà, faisait rage sans provoquer la moindre riposte de l'artillerie des Fédérés, mais aussi sans atténuer l'intensité de leur fusiUade.

Vers 7 heures et demie, la Garde entra enfin en ligne et avec elle les Gordons Highlanders, que l'on avait laissés au début à la protection du convoi. Il était temps qu'on reçût ces renforts ; à la droite, du moins, où l'ennemi se montrait de plus en plus pressant.

Les Gordons furent envoyés au centre et prirent position en ordre dispersé en avant de la brigade Vauchope ; les deux bataillons de Coldstream allèrent se poster sur le flanc de la batterie à cheval et les grenadiers furent employés à boucher l'intervalle entre les Coldstream et la Yorkshirc Infantry, qui tenait, avec peine, le Brown's- Drift.

Lord Methuen employa donc toute sa Garde à renforcer l'aile droite, où il prévoyait une contre-attaque des Boers.

Ces précautions étaient fondées : Cronje ne s'était pas laissé tromper un seul instant aux démonstrations du 9 et du 10 vers le nord-est. Il avait parfaitement deviné que les Anglais attaqueraient de front l'éperon de Maggersfonlein, et son plan était de se glisser, pendant celle attaque, derrière la crête où étaient établies ses tranchées en plaine. Couvert par cette crête et par les buissons qui

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la couronnaient, il espérait gagner le flanc droit et les derrières des Anglais et pousser, de ce côté, une pointe vigoureuse. Dégarnissant donc le sommet des kopjes et utilisant quelques réservés, il avait formé une troupe de contre-attaque qui manœuvrait vers le Brown's-Drift.

Cette manœuvre fut contrecarrée par la vive résistance de la Yorkshire et par les feux de salve de la Garde, soutenue par la moitié de la batterie à cheval ; mais, tout le reste de la journée, les cavaliers boers ne cessèrent de harceler la droite anglaise.

Au centre, par contre, les Anglais, jugeant avec raison que la défense s'était affaiblie, prirent Toffensive contre les kopjes. Toute leur ligne d'artillerie elTectua un mouvement en avant. Les obusiers, établis primitivement à 3.5oo mètres, gagnèrent un millier de mètres, pour battre, non plus les hauteurs, mais les tranchées; les batteries montées se rapprochèrent à i.ioo mètres et la batterie à cheval à i.3oo mètres des positions adverses.

Peu après, les Cordons se lancèrent bravement à Tassaut ; mais, empêtrés dans une triple ligne de réseaux de fil de fer, assaillis par une contre-attaque des Ficksbûrger, ils ne purent dépasser la première ligne et se replièrent, décimés à leur tour, sur leurs positions premières. Ils y restèrent couchés tout lé reste du jour, en face et à petite distance des tranchées.

L'artillerie, qui avait redoublé son feu avant et pendant cette attaque, continua à tirer par-dessus la double ligne des Cordons et des Écossais, étendus devant elle. Elle ne cessa, d'ailleurs, de gronder toute la journée, faisant entendre sa basse continue durant les longues pauses du combat d'infanterie.

Ces divers épisodes avaient conduit à 2 heures de

l'après-midi. A ce moment les républicains, dont la fusillade avait progressivement faibli sur le front, rouvrirent brusquement un feu d'enfer et, sous cette pluie de balles, les Highlanders, pris d'une panique inconcevable, se sauvèrent à la débandade. Ils laissaient les batteries montées découvertes et abandonnées, sans soutien, au milieu de la plaine. Par bonheur, quelques fractions des Cordons demeurèrent à leur poste en avant de l'artillerie et les Républicains n'eurent pas l'idée de poursuivre, de leurs shrapnels, les fuyards démoralisés. S'ils avaient re<;u quelques obus, on n'aurait jamais réussi à les arrêter, et c'est encore là un singulier effet de l'énervement sur une troupe qui, en maintes circonstances, avait fait ses preuves.

Grâce à la passivité de l'ennemi, les officiers survivants purent, au bout de quelque temps, enrayer ce mouvement de folie. Les cornemuses jouèrent, le rassemblement s'opéra par petits groupes, et ces groupes, recueillis par la 9* brigade, se rallièrent sur les flancs et les derrières de l'artillerie.

Là, ils n'étaient plus exposés aux feux de la mousqucterie qui crépitait sur les sommets des kopjes. Us se croyaient en sûreté. Mais, vers 5 heiu'es et demie, les canons boers, qui avaient gardé, jusque-là, le silence le plus complet, ouvrirent inopinément le feu et firent sauter un caisson anglais. Ce fut le coup de grâce pour la brigade des Highlanders. A peine le premier shrapnel éclatait-il que les débris de cette brigade se dispersèrent et coururent, tout d'une haleine, jusqu'à l'ambulance.

Avant cet incident, lord Me^huen nourrissait peutiHvc encore l'espoir que les affaires tourneraient comme à Moddcr-River ; que, pour clore une longue canonnade,

BATAILLE DE MAGGERSFONTELN. 287

il ferait donner l'assaut à une aile et que les Fédérés, éprouvés par Tartillerie, évacueraient la position. Semblable illusion n'était plus possible. La brigade Vauchope n'existait plus. La Garde avait eu fort à faire. On n'avait plus les éléments d'une troupe d'attaque et la prudence conseillait la retraite.

Pendant vingt minutes, l'artillerie tira à toute vitesse pour couvrir son propre mouvement en arrière. C'était ses dernières salves, après treize heures d'une action où elle avait joué le principal rôle et où chacune des batteries avait, en moyenne, consommé mille coups par pièce. Elle alla ensuite reprendre ses positions du commencement de la journée, et le gros de la division bivouaqua dans le voisinage, sur le champ de bataille. Les troupes de la (iarde couchèrent sur leurs emplacements de combat, en prolongeant leur ligne à gauche de manière à occuper le terrain abandonné par les Highlanders.

Le lendemain, 12 décembre, les Boers rouvrirent le feu et rarlilleric anglaise riposta. Mais le combat ne fut pas de longue durée. A 1 1 heures du matin, toutes les troupes de lord Methuen commencèrent à se replier sur le camp de Modder-River, où elles avaient été devancées par leurs convois, mis en route pendant la nuit.

Malgré la violente canonnade des Fédérés, qui s'en tinrent, d'ailleurs, à ce mode de poursuite, cette retraite s'effectua en bon ordre. La brigade de la Garde se retira dans une superbe attitude, manœuvrant comme à Ilyde- Park, sous une grôle de shrapnels.

L'honneur était sauf; mais la bataille, irrémédiablement perdue, avait coûté de lourdes pertes : 971 officiers, sous-officiers et soldats, soit 10 p. 100 des combattants, étaient tués, blessés ou disparus. La seule brigade Vau-

chope avait perdu le quart de son effectif et la moitié de ses officiers.

En regard, les Républicains n'accusaient que 21g hommes hors de combat.

Cette défaite de Maggersfontein, qui mettait fin à l'expédition de lord Methuen, le plaçait, tout à la fois, dans des conditions difficiles et semblait compromettre le sort de Kimberley. Elle portait un coup sensible aux Anglais. C'était le premier désastre de la a Semaine noire », le début de cette série, que nous allons suivre sur les théâtres d'opérations de l'Orange et du Natal.

LA COLONNE GATACRE (18 novembre-fin décembre)

Pendant la période de couverture, les opérations au sud de l'Orange avaient été conduites par les Boers avec une mollesse regrettable. Bien qu'ils n'eussent devant eux que deux bataillons anglais et quelques troupes coloniales, nous les avons laissés, trois semaines après le passage du fleuve, à Sterkstrom et à Middelbourg, à trente lieues à peine dans l'intérieur.

Sir R. Buller, de son côté, avait conser\'^é une attitude essentiellement passive, repliant la garnison de Naauwporl sur De Aar et celle de Stormberg (2* bataillon du Berkshire Régiment) sur Queenstow^n, évitant, sur tous les points, de s'engager avec l'adversaire.

Vers la fin de novembre, lorsque son corps d'armée entra en ligne, sir R. Buller résolut de reprendre Tofensive, à la fois sur la ligne East^London-Béthulie et sur celle de Port-Élisabeth-Norwals-Pont. Le général (iatacre, envoyé à Queenstow^n, devait refouler Fadver-

LA COLONNE GATACRE. 23g

saire le long de la première ligne, pendant que, sur sa gauche, le général French déblaierait la seconde entre Naauwport et Arundel.

Mais, entraîné à répartir le gros de ses forces entre ses deux ailes extrêmes, entré le Natal et la ligne du Cap à Kimberley, le général en chef anglais ne put affecter à CCS opérations centrales que de bien maigres ressources : une petite brigade d'infanterie avec Gatacre, une brigade (le cavalerie avec French. C'était, en y joignant les contingents irréguliers, à peine l'équivalent des forces républicaines.

Sur un théâtre d'opérations de cette étendue, on ne pouvait, avec des troupes aussi faibles, rien attendre de décisif, et effectivement la guerre, dans cette région, prit et conserva le* caractère d'une guerre de guérillas, d'une succession d'escarmouches, qui toutes, sauf l'affaire de Stormberg, seront également confuses dans leur enchaînement et insignifîantes dans leurs résultats. Peut-être (*ût-il dépendu des Fédérés d'obtenir mieux, en concentrant leurs forces sur une seule direction, de préférence sur celle de Middelbourg, et en exploitant avec vigueur leur supériorité initiale. Les hésitations, l'éparpillement, que nous avons signalés dès leur entrée en campagne, s'accusent dans la suite de leurs opérations.

Le général Gatacre arriva, le i8 novembre, à Queenstown et y trouva, comme troupes régulières, le bataillon de garnison du Berkshire et le 2* bataillon du Royal Irish Rifles ('), de sa division, amené récemment (l'East-London. Ces deux bataillons, avec un peu d'infanterie montée, quelques fractions de la police du Cap,

(i) Bataillon emprunté à la brigade Hart (5^ brigade de la Z^ division).

24o LA GUERRE SUD-AFRICAIiNE.

les Kafrarian Rifles et la cavalerie irréyulière des Brahaiîl's Horse constituaient, pour quelque temps encore, toutes les troupes à sa disposition. Mais à peine le débarquement des premiers renforts anglais avait- il été connu des Boers que ceux-ci, évacuant Sterkstrom, s'étaient repliés sur Molteno.

Gatacre n'hésita donc pas à se donner de l'air et, sans attendre même qu'il fût pour\'u d'artillerie, porta, le 22 novembre, le yros de ses deux bataillons au camp de Putters-Kraal, à 8 kilomètres au sud de Sterkstrom (*). 11 laissait à Queenstown, pour garder ses derrières et cette ville importante, 2 compagnies du Berkshire et des corps de volontaires, soit i.ioo hommes environ. Deux jours plus tard, le 24 novembre, pour couvrir ati'nord le camp de Putters-Kraal, il détacha à Sterkstrom un poste composé de 200 hommes du Brabant's Horse et d'une compagnie des Kafrarian Rifles. Le 27 novembre, enfin, voulant s'assurer la possession de la position importante de Bushmans-Hock, à 12 kilomètres au nord de Sterkstrom, il y envoya 800 hommes des troupes montées et des Kafrarian Rifles.

Ces détachements étaient, peu à peu, remplacés dans le camp par les arrivages des troupes ci-après, transportées d'East-London en chemin de fer : le 2* bataillon du Northumberland Fusiliers, emprunté à la garnison du Cap; moitié du 2* bataillon des Royal Scots Fusiliers, appartenant à la brigade Barlon de la division Gatacre; une demi-compagnie du génie; deux batteries montées el m dernier lieu, le 7 décembre, un hôpital de campagne qui complétait la colonne.

(ij De Oiieenslown à Piilterskraal, ^o kilomètres.

LA COLONNE GATACRE. 24 1

La brigade ainsi constituée pouvait, avec les volontaires, compter 4«ooo hommes environ ; mais le prélèvement de la garnison de Queenstown ramenait à moins de 3.ooo hommes l'ensemble des troupes de campagne que le générai allait mettre en mouvement le 9 décembre. Dans cet ensemble, l'élément cavalier était représenté par 85o fantassins montés et les volontaires des Brabant's Horse; nulle cavalerie régulière. L'artillerie, également, laissait à désirer. La moitié de ses chevaux avaient été pris, par réquisition, aux compagnies d'omnibus de Londres et livrés deux jours seulement avant l'embarquement. Ces bêtes, fatiguées par la traversée et n'ayant pas l'habitude d'être montées, auraient eu besoin de quelque temps de repos et de dressage. Or, l'arrivée tardive des batteries (5 décembre) n'en laissait guère le loisir.

Sir Gatacre fit de son mieux pour donner quelque cohésion à cette unité improvisée, dont les meilleurs éléments, les bataillons d'infanterie régulière, ne se connaissaient point. A mesure que les renforts arrivaient au camp, il les faisait participer à de petites manœuvres, dans les environs immédiats de Putters-KraaI.

À cette époque, les quatre à cinq mille Boers opérant dans la région, étaient répartis de la façon suivante : 800 hommes à Dordrccht; 700 hommes avec 6 canons à Jamestown, en marche le 8 décembre sur Dordrecht ; 1 .5oo hommes à Stormberg ; 4oo hommes à Molteno, qui, le 7 décembre, se replièrent sur Stormberg ; à Steynsbourg enfin, sur la ligne ferrée Stormberg-Middelbourg, un commando d'effectif inconnu. Ce dernier corps donnait beaucoup de jalousie au général anglais, qui craignait toujours de le voir déboucher par Maraisbourg sur ses derrières et couper ses communications avec Queens-

GUERRC SOD-ATlUCAOri. lO

à-corps. Elle devait aboutir à un désastre, comme celle de Maycjersfontein et pour des raisons analogues : connaissance insuffisante du terrain, absence d'instructions données aux troupes, erreurs de direction, défaut de patrouilles de combat; fautes encore aggravées, dans le cas présent, par des malfaçons et des omissions au départ. Nulle opération n'est plus séduisante en théorie, mais nulle aussi ne réclame plus de soins et de conditions heureuses dans la pratique.

On n'était pas encore en route qu'on subissait déjà des mécomptes. L'embarquement, qui devait être terminé à quatre heures de l'après-dlner, ne l'était pas avant six heures du soir, et ces deux heures de retard devaient contribuer, comme première cause, à diminuer le repos (les troupes.

Ces dernières se composaient de deux bataillons et demi d'infanterie, un peu d'infanterie montée, la compagnie du génie et deux batteries, soit en tout 2.5oo hommes. Équipées à la légère, elles n'emmenaient avec elles que le train de combat (ambulance et caissons de munitions). Le reste des voitures régimentaires, vivres et bagages, demeurait à Putters-Kraal et devait rejoindre, par voie de terre, quand on serait maître du Rooï-Kop.

Le transport, effectué sur des wagons à bestiaux, exigea six trains, qui se succédèrent à Molteno, à petits intcr\'allcs, de 7 heures à 8 heures et demie du soir. Ils citaient précédés sur la voie par un train blindé, jouant le rôle de vigie et qui demeura sous pression à la station, prêt à poursuivre de Molteno sur Stormberg.

Un peu avant 9 heures, tout le détachement était formé en colonne à la sortie nord de Molteno, sur la route Mol- Irno-Stormherg, et dans l'ordre suivant : Royal Irish

COMBAT DE STORMBERG. 245

Rifles, Northunibcriand Fusiliers, une batterie, police montée du Cap, un détachement d'infanterie montée, seconde batterie, infanterie montée; puis à quelque distance en arrière, le train de combat. Le général Gatacre laissait à Molteno le colonel Waters, avec deux compar|nies des Scots et la compagnie du génie. Ses instructions aux troupes annonçaient expressément qu'on allait se porter sur Stormberg par le chemin direct allant au nord, de Molteno à cette localité, et qu'on attaquerait, à l'aube, la colline du Rooï-Kop. Rien au delà de cette indication, sinon quelques généralités sur les actions de nuit.

Ici se place la cause déterminante du désordre et des infortunes qui signalèrent cette malencontreuse opération, et, pour la bien faire saisir, il est nécessaire do donner quelques explications topographiques.

Le Rooï-Kop, occupé par les Fédérés, se dresse isolément au milieu d'une plaine qu'il commande de 80 mètres environ. Rocher à pic sur trois de ses faces, il n'offre de pentes accessibles que sur la face ouest et sur ses deux contreforts nord et sud que garnissaient, d'ailleurs, les tranchées boers. Au sud-ouest, notamment, pointe une sorte d'éperon dont les terrasses étagées pouvaient se prêter à l'escalade et dont le saillant laisse en angle mort une grande étendue de terrain. C'était le véritable point d'attaque et le général Gatacre l'avait choisi avec beaucoup de discernement.

De Molteno au Rooï-Kop la grande route, doublée sur sa gauche par la voie ferrée, s'élève directement du sud au nord et, après un parcours de deux lieues et demie, atteint la station de Stormberg au pied méridional de la montagne. A quelque distance (i kilomètre) de l'issue nord

de Molleno, s'embranche, sur cette grande route, un chemin qui file au nord-ouest vers Steynsbourg, laissant Slormberg sur sa droite à une distance de 9 à 10 kilomètres.

De. ce nœud de Stormberg, point de bifurcation important, partent, vers le nord, la voie ferrée de Burghersdorp, vers Touest celle de Steynsbourg-Middelbourg; toutes deux longeant d'abord en sens inverse la base sud du Rooî-Kop, puis le contournant par ses deux flancs.

Molteno, en somme, marque le sommet d'un triangle rectangle isocèle dont le côté, orienté du sud au nord et long de 10 kilomètres, serait le tronçon Molteno-Stormberg de la grande ligne ferrée East'-London-JBétliulie, dont la base serait dirigée suivant la voie ferrée Slorraberg-Sleynsbourg et l'hypoténuse suivant le chemin en terre Molteno-Steynsbourg (').

Pour se porter devant le point d'attaque choisi, c'està-dire devant la face sud-ouest du Rooï-Kop, le général Gatacre avait primitivement résolu de prendre la grande route Molteno-Stormborg, de la quitter à une lieue environ de la stationct de tourner à gauche, à travers champs, en guidant sa colonne parallèlement à la voie ferrée Slormberg-Steynsbourg. C'était, à la fois, l'itinéraire le plus court (12 kilomètres) et le plus facile à suivre parce qu'on avait partout des points de repère. 11 en avait indiqué la première partie à ses troupes dans son ordre général.

Mais, au dernier moment, il s'avisa quo le mouvement de flanc, exécuté à portée de canon de la base méridio-

(\) Ce chemin, nprès avoir atteint la vo^e ferrée à une doazaine de ktk>' mètres de Stormberg, la longe sur son flanc sud jusqu'à Stejnsbourg.

COMBAT DE STORMBERG. 2l\'J

nalo du Rooï-Kop, pourrait être éventé par les patrouilles ennemies, que l'attention des Boers devait être naturellement tournée vers Molteno et leur viçjilance plus active dans ce secteur sud.

Il crut donc faire meiTeille et déjouer cette vigilance en abordant l'ennemi par un détour. Il s'engagerait sur le chemin Molleno-Steynsbourg, pousserait dans cette direction nord-ouest jusqu'à 8 kilomètres environ de Molteno, ce qui amenait, par un à-droite en bataille, à peu près en face et à 6 kilomètres du contrefort sud-ouest rlu Rooï-Kop, puis marcherait au nord-est, à travers champs, droit sur ce saillant.

Au lieu du côté de l'angle droit, on parcourait sa projection sur l'hypoténuse et la perpendiculaire correspondante. Le trajet n'était pas sensiblement allongé (i5 kilomètres au lieu de 12) et l'on avait l'avantage de se placer en face de l'objectif sans s'exposer à ses vues.

Cet avantage, obser\'ons-Ie de suite, avait bien sa contre-partie. Pour ne pas être vu, on risquait de marcher soi-même en aveugle; pour prendre du champ, on s'imposait un trajet de plus d'une lieue, hors de toutes roules, à travers d'épaisses ténèbres. Semblable expédition, à défaut de reconnaissance préalable et de jalonneurs, eût réclamé des boussoles, de bonnes cartes et des lanternes sourdes, toutes choses qui manquaient à la colonne anglaise. Chacun aurait dû connaître exactement sa direction et avoir le moyen de s'y maintenir; conditions qu'on était loin de remplir.

Ce changement d'itinéraire pouvait donc être discuté en principe. Il fut surtout néfaste par le mode d'exécution. Réalisé au pied levé et en cours de route en quelque sorte, il entraîna les plus regrettables omissions. Non

a48 LA GUERRE SUD-AFRICAINE.

seulement sir Gaiacre ne sut pas donner d'instructions précises, n'initia pas chacun des officiers supérieurs à son nouveau plan ; mais encore, après avoir désigné dans ses ordres antérieurs la route de Molteno-Stonnberg, il ne songea point à donner contre-ordre à tous les éléments; il n'informa du nouveau chemin adopté, ni la troupe, ni le convoi, ni le train blindé, ni la garnison laissée à Molteno.

La colonne s'étant ébranlée à g heures du soir, il semble que le général l'attendit à l'embranchement du chemin de Steynsbourg et qu'il engagea la tête sur ce chemin, comptant que le reste suivrait machinalement.

Y avait^il des hommes de liaison entre les différents groupes de marche ? Pritr-on la précaution, classique dans les marches de nuit, de placer un oflicier et quelques cavaliers au point de changement de direction, pour guider dans la bonne voie les unités, au fur et à mesure qu'elles se présentaient?... On peut supposer qu'on n'çn fit rien, car une compagnie des Irish poursuivit sur la route de Stormberg et dut revenir sur ses pas, non sans fatigues, quand elle reconnut qu'elle était séparée de son bataillon.

Le train de combat s'égara mieux encore. Marchant à quelque distance de la queue des combattants, ce train perdit le contact et, comme le colonel Edger qui le commandait, s'en tenait à l'ordre primitif, il se jugea parfaitement en règle en continuant tout droit sur la grande route, désignée dans cet ordre. Vers minuit, à l'heure prévue pour un repos, il fit bivouaquer .ses voitures sur cette route, à 3 kilomètres à peine de Stormberg. Il y avait là, sans la moindre escorte, les caissons de munitions des Anglais, l'hôpital de campagne, la compagnie

COMBAT DE STORMBERG, 249

de brancardiers et la pièce Maxim des Irish. Joli coup de main pour les Boers, s'ils avaient battu la campagne, au lieu de s'immobiliser sur les positions choisies !

Heureusement pour le colonel Edger , les Fédérés ne bougèrent pas de leurs tranchées et quelques correspondants de journaux, qui accompagnaient les équipages, eurent le bon esprit de s'improviser éclaireurs. Partant du bivouac, ils poussèrent à cheval un peu plus au nord, pénétrèrent dans Stormberg et s'aperçurent, à temps, qu'on allait tomber dans la gueule du loup. Peu après, ime vive fusillade éclatant dans la direction de l'ouest, ces éclaireurs volontaires piquèrent de ce côté, reconnurent la colonne aux prises avec l'ennemi et, revenus au convoi, le guidèrent vers cette colonne. Le train de combat rejoignit ses troupes au début de leur retraite. C'était miracle qu'il en fAt sorti à si bon compte.

Il fallut aussi une bien heureuse chance pour sauver le train blindé. Les Boers, usant d'un stratagème qu'ils employèrent toujours et qui leur réussit maintes fois, contre cette singulière avant-garde des Anglais, avaient enlevé une partie de la voie, à quelque distance de Stormberg, et tenaient une grosse pièce braquée sur ce point. Quelques tours de roue de plus et le train, déraillant, appelant vainement à la rescousse les troupes qu'il croyait derrière lui, était criblé d'obus et tombait aux mains de l'ennemi. Un chauffeur avisé éventa le piège et le train, stoppant à propos, rebroussa chemin sans être atteint par quelques coups de canon tirés au

jiigé.

Mais revenons à la colonne cheminant, à partir de

9 heures un quart, sur le chemin Molteno-Steynsbourg.

Elle avait un guide du pays qui jouait proprement le

rôle de chien d'aveugle, sachant seul, avec le général, où Ton allait et ayant seul la responsabilité de la direction. Soit par erreur, soit par malveillance, cet homme dépassa le point où Gatacre comptait déboîter vers le nordest (8 kilomètres de Molteno) et conduisit la tête de la colonne jusqu'à la croisée du chemin et de la voie ferrée Stormberg-Steynsbourg (i5 kilomètres environ). Une fois cette voie franchie, l'erreur commise sautait aux yeux. On la reconnut sans doute, car, après avoir marché quelque temps vers le nord-est, on se rabattit au sud, dans l'espoir de retomber sur Stormberg. On d(v vait bien, ainsi, rencontrer la hauteur, mais sur sa face nordK)uest et non plus sur le contrefort sud-ouest primitivement fixé.

Ainsi, au lieu d'aborder le point d'attaque, on se heurtait à une face inaccessible de la position boer, au lieu de trois heures et demie de marche, on en avait consacré sept à parcourir le double du chemin prévu. Le repos de trois heures, que l'on comptait donner aux troupes, se trouvait dès lors réduit à une courte halte d'une demiheure. Ces hommes harassés allaient être inopinément soumis à une terrible épreuve. Comptant surprendre, ils allaient être surpris par un ennemi placé hors de leurs atteintes.

Il était environ 4 heures du matin et la lueur grise du jour naissant éclairait à peine les contours indécis du Rooï-Kop ; la brigade anglaise, en ordre de route, contournait le pied de la montagne, sans se douter que les Boers fussent à quelques pieds au-dessus d'elle. Tout à coup une vive fusillade illumine la hauteur, et les balles pleuvent sur tout le flanc de la colonne.

Après un instant de bien naturelle confusion, les corn-

COMBAT DE STORMBER(i. 2.5 1

pacjnies, obéissant à la voix de leurs officiers, se forment en bataille par un à gauche et s'élancent à l'assaut des positions occupées par les Boers. Mais elles viennent buter contre une escarpe de rochers dont les fédérés çjai'nissent la crête tirant, à Tabri et à coup sûr, à dix mètres de distance. Le colonel et le major des Irish tombent percés de plusieurs balles. Essayant vainement de riposter à un adversaire invisible, les fantassins anglais se blottissent et se couchent au pied de l'escarpe.

L'artillerie, de son côté, a été surprise. Débottant à droite, elle cherche à prendre un peu de champ à travers un terrain difficile, où deux de ses pièces tombent dans une crevasse, ont tous leurs chevaux tués et doivent être abandonnées. Elle gagne, enfin, une ligne de coteaux en forme de fer à cheval, à 1.200 mètres environ du Rooï-Kop, et ouvre le feu contre la hauteur; mais, à la clarté incertaine de l'aube, elle discerne mal l'objectif et envoie plusieurs salves sur ses propres troupes.

Cette erreur est le coup de grâce pour l'infanterie. Décimés par le feu des Boers, recevant dans le dos les obus de leur artillerie, les bataillons anglais se dispersent dans la plaine et s'enfuient dans toutes les directions. La partie était dès lors perdue, et sir Gatacre, s'en rendant compte à propos, fit sonner le ralliement sur l'artillerie.

Le gros de ses fantassins obéit à ce signal ; quelques éléments moins désagrégés garnirent les premiers cette excellente position de repli et, derrière eux, les hommes débandés vinrent se reformer en qaarter column. On put ainsi tenir en respect l'ennemi qui, d*ailleurs, comme dans toutes les circonstances précédentes, ne se montrait pas empressé de rechercher le corps-à-corps. Mais 5oo

soldais anglais environ, épuisés et résignés à s'abandonner au hasard du sort, demeurèrent couchés au pied du Rooï-Kop et furent une proie facile pour l'adversaire.

Au bout d'une demi-heure, quand tout espoir fut perdu de rallier un plus grand nombre d'hommes, sir Gatacre donna le signal de la retraite sur Molteno. 11 venait, comme nous l'avons dit plus haut, d'être rejoint par son train de combat.

Pour effectuer cette retraite, ses troupes avaient à décrire, autour du Rooï-Kop, un demi-cercle dont les Boers tenaient le centre. Pendant toute la durée du mouvement, l'ennemi disposait donc des lignes intérieures. Ses bouches à feu de gros calibre balayaient toute la plaine où manœuvrait péniblement la colonne anglaise et l'artillerie de cette dernière, inférieure en portée, ne pouvait leur riposter.

En de semblables conditions, si les républicains avaient eu un peu de mordant, la situation des Anglais serait devenue bien critique.

Par bonheur pour eux, le vainqueur ne les poursuivit guère que de ses obus, bien dirigés il est vrai, mais qui éclataient rarement. Les deux batteries de sir Gatacre se retirant en échelons, soutenues sur leurs flancs par l'infanterie montée, suffirent à contenir les timides tentatives de quelques groupes de partisans.

Et cependant, telle était la démoralisation sous l'effet du feu, tel le nombre des traînards, qu'à deux lieues de Molteno, d'après l'aveu môme d'une relation anglaise, un commando de 5oo hommes, bien conduits, aurait mis en pleine déroute les restes de cette infortunée brigade.

A cette distance de Molteno (9 heures du matin), on aurait pu, raisonnablement, compter sur l'appui du déta-

COMBAT DE STORMBERG. 253

chemcnt de repli qu'on avait laissé, fort à propos, dans cette localité. Mais rincohérence et l'irrationnel semblent avoir présidé jusqu'au bout à cette malencontreuse opération. Toutes les prévisions y furent déjouées, parce qu'une précaution élémentaire avait été omise au début. — Et c'est là une preuve que, dans les actions de nuit, les moindres détails doivent être agencés avec le plus fjrand soin, si l'on veut que l'ensemble ne tombe pas dans une entière confusion. — Vainement, le correspondant du Times, dont nous avons rapporté le rôle si actif Tis-à-vis du convoi, revint, dans la nuit même du 9 au 10, informer le colonel Waters, commandant la garnison de Molteno. Cet officier, qui ignorait jusque-là le changement d'itinéraire de sir Gatacre, ne prit aucune des mesures qu'aurait exigées ce changement. Enfin, quand la retraite eut commencé, bien qu'avisé par sir Gatacre lui-même, le colonel resta inactifdans son cantonnement,

au lieu de faire prendre les armes à ses trois compagnies et de les porter sur un point où elles auraient couvert le

mouvement du gros.

L'échauffourée de Stormbcrg coAta 722 hommes aux Anglais. Ils laissaient i3 officiers, 620 soldats et 2 pièces de canon aux mains des vainqueurs et ces derniers n'avaient guère qu'une trentaine des leurs hors de combat. Cet épisode peu glorieux devait, d'ailleurs, avoir des conséquences morales plus considérables encore que ses résultats matériels. Il provoqua, en Angleterre, d'amères récriminations contre l'impéritie du commandement, mit la troupe en défiance contre ses officiers et exalta les espérances des Fédérés autant qu'il rabaissait la jactance de leurs adversaires. Bon nombre de fermiers des districts de VVodehouse, Albert, Aliwal North, embrassèrent ouver-

254 LA GU£HRE SUD-AFRICAIiNE.

tement la cause des deux Républiques, et leur appoint balança, et au delà, les renforts que l'on put expédier du Cap, par voie ferrée, à sir Gatacre. Ce général qui, au lendemain de sa défaite, s'était replié sur Busliman-Hoek, puis, de là, sur Sterkstrom, dut limiter toute son ambition à couvrir Queenstown. Jusqu'au retour de fortune de la mi-février, nous verrons les Anglais réduits à une attitude purement défensive, dans la région orientale de la province du Cap.

LA COLONNE FRENCH (21 novembre-fin décembre)

Dans la région occidentale, entre Middelbourg, De Aar et Colesberg, ils n'éprouvèrent pas de désastre, mais, en dépit des dépêches optimistes du général Frcnch, ils n'obtinrent aucun résultat décisif.

Le général French, que nous avons vu sortir de Ladysmitb, le 2 novembre, au dernier moment, alla présider, à De Aar, à la formation d'une division de cavalerie qui devait être placée sous ses ordres. Ses troupes commencèrent à lui arriver le 20 novembre, et, à la mi-décembre, sa colonne était au complet.

Comme le général Gatacre, et pour les mêmes raisons, il ne disposait guère que d'une brigade. Sur trois régiments de cavalerie régulière qui lui étaient confiés, l'un appartenait à la brigade Brabazon, un autre à la brigade Babington, le dernier aux troupes de garnison. A cette formation peu homogène se joignaient deux corps irréguliers, des contingents australiens et zélandais, quelques compagnies d'infanterie montée et deux batteries d'artillerie à cheval. En tout, 3. 000 chevaux*

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