LA COLONNE BULLER AU NATAL
2*, puis de la 6* brigade, au fur et à mesure de leur dél>arqueinent. Ceux de la 2* brigade (général Hildyard) n'avaient pu pousser au delà du Bushman-River, où ils avaient fait jonction avec les troupes du colonel Murray; ceux de la 6^ brigade (général Barton) se voyaient arrêtés sur le Mooï, à 82 kilomètres plus au sud.
A la date du 20 novembre, nous avons laissé le général Hildyard avec 6,ooo hommes et le général Barton avec 2.000 hommes de sa brigade et de nombreux corps de volontaires, bloqués, lepremier à Eastcourt, le second à Mooï-River.
En face d'eux et sur leurs derrières, les troupes de Joubcrt, de Botha, de Lucas Meyer occupaient à Frère, AVillow-Grange , Weston, les hauteurs qui séparent les ^'allées de la Tugela, du Bushmanu, du Mooï; des détachements fédérés tenaient aussi, à Weenen et Ulundi, d'importantes positions de flanc et complétaient, de la sorte, l'investissement.
En même temps, les troupes des 4* et 5* brigades anglaises continuaient à débarquer et se concentraient à Pietermaritzbourg, à onze lieues au sud de Mooï-River.
Combat de Willow-Grange {28-2 ^ novembre), — Sans attendre rinter\'ention de ces renforts, le général Hildyard voulut rompre le cercle, qui Tenserrait et donner la main à Barton. Laissant un millier dliommes à la garde des retranchements d'EastcourI, il partit, dans la nuit du 28 au 24, avec le reste de ses forces et se porta au sud, vers Willow-Grange. Marche et combat de nuit, nous retrouvons ici encore la formule en faveur chez les Anglais.
La surprise, bien préparée, réussit tout d'abord. Après
GUERRK SUD-AFUICAIXE. I7
a58 LA- GUERRE SUD-AFRICAINE.
une marche pénible, ralentie mais aussi dissimulée par un violent orage, les deux bataillons d'Hildyard, qui tenaient la tête de la colonne, atteignirent au petit jour et enlevèrent à la baïonnette la hauteur de Brynbella- Hill, avancée de Willow^-Grange. Mais bientôt les Républicains reprirent Toffensive; leur artillerie, supérieure en nombre et en portée, couvrit d'obus les positions conquises par les Anglais et les rendit intenables. Vers midi, le général Hildyard dut ordonner la retraite sur Eastcourt, après avoir inutilement sacrifié une centaine de ses soldats.
Retraite et concentration des Républicains au nord de la Tugela. — Concentration des Anglais au camp de Frère {25 novembre^iS décembre), — Au lendemain de cette malheureuse affaire, Hildyard s'attendait à être resserré dans Eastcourt et prenait ses dispositions pour y soutenir un siège en règle. Barton pouvait avoir les mêmes craintes à Mooï-River. A leur grand étonnement, il n'en fut rien et, dès le 26, au contraire, tous les rapports des reconnaissances anglaises signalèrent la retraite de l'ennemi vers le nord.
Joubert, informé de la concentration qui s'opérait à Pietermaritzbourg et recevant de Krûger le conseil de moins morceler ses forces, venait de prendre, en effet, le prudent parti de ramener tout son monde en arrière. 11 allait s'établir sur les fortes positions qui bordent la rive nord de la Tugela, en face de Colenso, et barrer ainsi la route de Ladysmith à l'armée de secours, tout en se tenant en étroite liaison avec ses troupes de blocus (').
(i) De Colenso à Ladysmilh, 22 kilomètres.
Dès que les généraux Hildyard et Barlori eurent vent (le ce mouvement, ils opérèrent leur jonction puis, marchant sur les talons de l'ennemi, ils réoccupèrent derrière lui le camp de Frère, à i8 kilomètres de la Tugela.
Sur ces entrefaites, les dernières troupes attendues avaient débarqué à Durban, le 28 novembre ; elles se dirigeaient, de là, sur Pietermaritzbourg, où le général Buller, arrivé le 26 novembre, les passait en revue et les acheminait vers Frère.
Le 5 décembre, enfin, le général Buller se transporta, de sa personne, au camp de Frère et y prit le commandement que sir Clery avait exercé quelques jours, par intérim ; peu après, il leva ce camp et l'établit à la station de Chieveley, à 6 kilomètres de Colenso, au plus près et en regard des positions boers.
Les forces anglaises ainsi rassemblées à Chieveley comprenaient :
Comme infanterie : la 2« brigade (général Hildyard) ; la 4* brigade (général Lyttelton); la 5* brigade (général Hart); la 6* brigade (général Barton). Toutes ces brigades, à quatre bataillons, avaient la même composition qu'à leur départ d'Angleterre, sauf la 5^ brigade où le 2* bataillon du Border Régiment, bataillon de garnison venu du Cap, remplaçait les Irish Rifles, passés à Gatacre.
Comme artillerie : une batterie navale A, formée de deux canons de 4'°)7 et de quatre canons de 12 livres; une batterie navale B, formée de six canons de 12 livres. Ces deux batteries étaient desseiTies par les matelots du Terrible. Cinq batteries montées de campagne constituaient deux groupes, un groupe a® i aux ordres du co-
lonel Long (i4* et .66* batteries), un groupe n** 2 aux ordres du colonel Parson (64* et 78* batteries), et laissaient la 7* batterie disponible isolément.
Comme troupes à cheval : deux régiments de cavalerie régulière, Pun appartenant à la brigade Brabazon, Tautre à la cavalerie divisionnaire du corps Buller ; six corps irréguliers de volontaires; deux compagnies d'infanterie montée provenant des bataillons en garnison dans le Sud- Afrique.
Avec une compagnie du génie, un peloton de pontonniers, les télégraphistes et divers autres services, c'était un ensemble de 21.000 rationnaires, pouvant mettre en ligne 18.000 combattants et l\2 bouches à feu.
En face, d'après les évaluations anglaises, les forces républicaines s'élevaient à iS.ooo hommes et 10 pièces de canon : tel était peut-être l'effectif de toutes les troupes qui tenaient la campagne, en dehors du coi*ps de blocus; mais, par suite des détachements obligatoires, le chiffre réel des ressources disponibles à Colenso n'excédait guère 10.000 hommes et 5 pièces. Joubert, déjà aux prises avec la maladie qui devait l'emporter, avait été contraint de remettre le commandement de cette petite année au général Botha.
Entre les deux partis coulait la Tugela, dont le général Buller voulait forcer le passage.
Dans la partie supérieure de son cours, cette rivière, tout en prenant sa direction générale de l'ouest à l'est, subit la loi du terrain accidenté qu'elle traverse et s'inlléchit en nombreux méandres. C'est dans une de ces boucles, dont la concavité est tournée vers le sud que se blottit la bourgade de Colenso, assise au pied des pentes boisées de la rive sud. De Colenso à la rivière, la distance
est de 5oo mètres à peine, que remplissent en partie
d'épaiâ taillis, garnissant, sur les deux rives, tout le contour de la boucle.
La voie ferrée Durban-Coleriso-Ladysmith , filant du sud au nord et qui marquera à peu près Taxe de notre champ de bataille, partage la boucle de Colenso en deux parties égales. Elle la franchissait, à son sommet, sur un pont que les Boers avaient détruit. Sur la branche occidentale de la boucle, en amont par suite du viaduc, sul>sistait un autre pont où passe la route Colenso-Ladysmith. Ce pont devait être l'objectif principal de l'attaque.
A 2.5oo mètres environ en aval du viaduc, la rivière dessine un coude convexe, puis s'élève droit au nord dans la direction de Pieler's-Station, sur un parcours de 6 kilomètres qui rapproche singulièrement de Ladysmith. Là s'ouvrait la voie véritable du corps de secours, voie que le général Buller n'adoptera qu'après trois tentatives sanglantes et infructueuses sur la haute Tugela.
A quatre kilomètres en amont du viaduc et sur la rive sud, la Tugela reçoit le Dornkop-Spruit, petit affluent parallèle à la voie ferrée.
A i.5oo mètres encore plus en amont, se trouve le gué du Bridle-Drift, queles Anglais choisiront comme second point de passage, malgré sa position défavorable dans une courbe concave.
Sur la rive nord, le nœud et le point central des positions boers étaient constitués par une série de kopjes en demi-cercle, embrassant au plus près la boucle de Colenso. La plus importante de ces collines, connue sous le nom de Fortr-Wylie, baigne son pied dans la branche orientale de la boucle.
En arrière de cette citadelle et en échelon sur son flanc occidental se dressent, à un kilomètre de la Tugela et suivant un alignement parallèle à cette rivière, les hau-
teurs escarpées du Red-Hill et du Grobler's-Kloof, la première dominant de 200 pieds le gué du Bridle-Drift, la seconde plus à Test.
Sur le même alignement mais sur l'autre rive de la Tugela, dans la partie de son cours où elle s'oriente du sud au nord, la montagne isolée de Hlangwane-Hill flanque, à Test, les kopjes de Fort-Wylie (').
Les Boers avaient tiré excellent parti de cet ensemble défensif. Appuyant leur droite au Red-Hill, leur gauche au Hlangw^ane-Hill par de là la rivière, portant leur centre en avant vis-à-vis Golenso, ils s'étendaient sur un front de 10 kilomètres à vol d'oiseau. Partout, sur ce front, ils avaient multiplié les tranchées, qui formaient même un triple étage à Fort-Wylie. Leurs tirailleurs garnissaient ces tranchées et aussi les fourrés qui bordent la Tugela dans les deux boucles concaves de Golenso et du Bridle- Drift, En ces deux points, d'après la courbure même de la rivière, le commandement appartient à la berge nord et le bourrelet formé par cette berge offrait à la défense un rempart naturel, que renforçait encore un kraal au sommet du Bridle-Drift. Les cinq pièces d'artillerie disponibles se trouvaient également à l'abri derrière des levées de terre et réparties : l'une de 4o livres, au sommet du Red-Hill ; une seconde au pied de cette montagne; une à mi-côte du Grobler's-Kloof; les deux dernières dans les kopjes de Golenso.
Pièces et hommes étaient invisibles. A peine, de la rive anglaise, distinguait-on, de temps à autre, quelque
(i) Cette ligne de hauteurs du Ked-Hill, du Grobler's-Kloof, de Hlangwaoe-HUl, qu'on pourrait prolonger vers l'est par les monts Cingolo et Monte-Ghristo, marque vraisemblablement la berge du courant antédiluvien avant que la rivière se soit creusé un lit de Golenso vers Pieter.
estafelle ou quelque patrouille dans la plaine, en arrière des kopjes.
Sur cette rive anglaise (rive sud), entre le camp de Cliieveley, la voie ferrée et la Tugela, s'allonge un vaste plateau de plus d'une lieue de profondeur, sculpté à sa base par les sinuosités de la rivière sur laquelle il tombe en pentes rapides, creusé en son milieu par la vallée de la Dornkop-Spruit, commandé dans toute son étendue par les hauteurs de la rive adverse. C'était le terrain d'approche des troupes de sir R. BuUer qui, en une demiheure, pouvaient se porter du camp sur leur champ de bataille; mais dont aucun mouvement, de jour, n'échappait aux observatoires de l'ennemi.
Tout l'avantage des vues était donc du côté des Fédérés, et sir R. Buller allait combattre, en aveugle, un ennemi parfaitement renseigné.
Vainement, pour s'éclairer quelque peu, il ordonna de nombreuses reconnaissances, pendant les premiers jours consacrés à l'établissement de son camp ; aucune ne réussit à franchir la rivière. En désespoir de cause, il se rabattit sur le procédé de reconnaissance par le canon, dont nous avons déjà démontré et dont il devait éprouver l'inanité. Pendant les journées du i3 et du i4 décembre, mettant toutes ses pièces de marine en batterie, il cribla d'obus les positions des Républicains, pour les forcer à se découvrir. Mais ceux-ci, bien défilés dans leurs retranchements, demeurèrent cois. Ils eurent assez de discipline pour s'abstenir de riposter et pour résister à la tentation de bombarder eux-mêmes le camp anglais, à portée de leurs grosses pièces.
Aussi le i4 an soir, au moment de dicter son ordre d'attaque pour la journée du i5, Buller n'avait que des
données vagues ou même fausses sur l'adversaire. Il croyait que les Boers occupaient comme simple avancée les kopjes au nord du pont de chemin de fer, que leurs camps se trouvaient à 8 kilomètres de là, l'un au nordouest de Colenso, sur la route de Ladysmith, l'autre vers Pieter, qu'il ne rencontrerait de résistance au passage qu*en face de Colenso et que les véritables positions à enlever seraient, non sur la Tuyela, mais beaucoup plus au nord.
Tout son ordre est basé sur ces renseignements erronés, qu'il mentionne expressément :
Pour tous les éléments, sauf le groupe d'artillerie no i et la batterie navale B qui ont une heure d'avance, le départ est fixé à 4^,3o du matin.
La 2« brigade doit se porter sur le pont de Colenso (route de Ladysmith), passer en c« point et enlever les kopjes.
La 5« brigade se dirige sur le Bridle-Drift, y franchit la Tugela et se rabat à Test, le long de la rivière, pour aborder également les kopjes.
La 4* brigade prend entre la voie ferrée et le Bridle-Drift, c'est-àdire entre les 2« et 5« brigades, prôte à soutenir Tune ou l'autre.
L'infanterie montée, avec la batterie n9 7, marche sur le HIangwane Hill et cherche à prendre pied sur cette hauteur, d'où son artillerie enfilera les kopjes.
La 6* brigade s'achemine dans le Vcldt, à l'est du chemin de fer, entre la 2« brigade et l'infanterie montée et gagne une position d'où elle puisse, à la fois, couvrir le flanc droit de la 2^ brigade et appuyer au besoin soit cette brigade, soit la brigade montée.
La batterie navale A s'établit sur le promontoire «pii domine Colenso, et bat les kopjes à 4 kilomètres de distance.
Le groupe n® 2 d'artillerie recevra les instructions du général commandant la 5* brigade. L'ordre général lui enjoint, cependant, de chercher, entre le Bndle-Drift et la voie ferrc'e, un emplacement d'où il puisse enfder les kopjes.
Le groupe n* i et la batterie navale B, mis en route à 3*»,3o, à l'est de la voie ferrée, s'avanceront jusqu'à un point d'où leur feu puisse préparer le passage de la 2« brigade.
Le général en chef se tiendra auprès de la batterie A.
En lisant cet ordre, dont nous donnons l'analyse sommaire ('), on songe involontairement, sinon au texte fameux du général Carteaux, du moins à nos pratiques de la guerre de 1870, aux dispositions, par exemple, prises pour le passage de là Marne à Champigny(*). Mémo forme et même fond. Même conception statique et linéaire de la bataille. Des itinéraires et point d'objectif tactique nettement défini. Tout le monde s'ébranle et attaque en même temps, ce qui supprime toute combinaison. Autant de colonnes que de brigades, et, par suite, nulle économie des forces. Bien plus, autant de colonnes que d'éléments tactiques des différentes armes; chaque groupe d'artillerie, comme chaque brigade, marchant et opérant pour son compte. Et ainsi, la liaison des armes dans leur action élémentaire, la coordination de leurs efforts n'est pas plus assurée que la coordination des grosses unités, que l'enchaînement des grandes phases dans le drame. Ce drame tout entier semble réduit à deux actes bien tranchés : un lever de rid<?au fourni par les batteries, puis un assaut donné sur quatre colonnes.
Nul plan d'engagement, ou du moins, si ce plan existe, il est difficile à discerner. L'objectif principal étant le pont et les kopjes de Colenso, et la'2* brigade étant chargée de l'enlever, doit-elle attendre, pour attaquer, que la brigade montée ait assuré son flanc et inquiété celui de l'ennemi, que la 5* brigade ait descendu la rive gauche et nettoyé le débouché du pont?... Rien ne le dit(5), et les
(i) Voir le texte intégral dans la Revue du Cercle militaire, n* i3 de
(a) Voir Revue de Cavalerie (avril 1899) : Essai sur la bataille de Villiers.
(3) La marclir normale de l'action semblerait devoir être la suivante : combat d'avant-garde pour enlever le Hlangwane-Hill (infanterie montée ap-
BATAILLE DE COLENSO. 267
différenles colonnes, mises en mouvement à la même heure, dispersées sur un front de lo kilomètres, sans fil conducteur, sans instruction qui les relie, risqueront fort d'ayir avec décousu.
EHes feront pis et ayyraveront les dispositions défectueuses de leur chef par les fautes tactiques les plus grossières, transformant ainsi un insuccès mérité en un désastre qu'il eût été facile d'éviter.
C'est d'abord l'artillerie, qui part en guerre isolément et dont l'imprudent particularisme va recevoir, des fusils boers, une cruelle leçon.
Bataille de Colenso (^i5 décembre i8gg). — A 5 heures du matin, suivant les prescriptions du général Buller, la batterie A, en position au-dessus de Colenso, ouvrit le feu contre les kopjes ; mais les Boers s'abstinrent de toute riposte.
Peu après, l'artillerie du colonel Long (groupe n** i, suivi de la batterie B) fit son apparition dans la plaine à l'est du chemin de fer et se dirigea, à un kilomètre environ sur la droite de la station, vers la branche orientale de la boucle de Colenso. La brigade montée de lord Dundonald, en marche vers le Hlangwane-Hill, couvrait bien, à grande distance, le flanc de cette masse d'artillerie, mais elle n'avait ni soutien direct d'infanterie, ni éclaireurs en avant de son front. Laissant cependant derrière elles à plus d'une demi-lieue, la 6' brigade qui avait fait halte en formation de rassemblement, les batteries montées
puyée par la 6« brigade). — Préparation par l'artillerie, établie en ce point et sur le promontoire de Colenso. — Passage du Bridle-Drift, à la faveur de la diverfion opérée vers Hlangwane et du combat de front entretenu à Colenso (5* brigade appuyée par la 4")- — Rabattement de celte aile décisive et attaque générale lorsqu'elle arrive au débouché du pont.
208 LA GUERRE SUD-AFRlCÂlNE.
n°* i4 et 66 poussèrent, avec une inconcevable témérité, jusqu'à 600 mètres des taillis qui bordent laTugela. Elles n'étaient plus qu'à i . 100 mètres du fort Wylie, leur objectif; elles se plaçaient à la portée de but en blanc des tirailleurs embusqués sur la rivière et Ton se demande par quelle aberration le colonel Long alla chercher, au mépris des plus grands dangers, ces distances de combat appartenant à un autre âge.
Le châtiment ne devait pas se faire attendre.
A peine les Anglais séparaient- ils les avant-trains (6 heures du matin) qu'un feu terrible partit à la fois des kopjes et des berges boisées; feu concentrique, ouïes obus du fort se conjuguaient avec les balles, où tous les coups portaient. Invisibles derrière leurs buissons, tirant à hausse rabattue, les ennemis avaient beau jeu. En un clin d'oeil le colonel Long tombait grièvement blessé, ses attelages étaient décimés, bon nombre des canonniers hors de combat.
Ces vieux soldats continuèrent néanmoins le service de leurs pièces avec sang-froid et bravoure et les deux batteries de campagne soutinrent quelque temps la lutte. Dirigeant tous leurs coups sur le fort Wylie, elles ripostèrent de leur mieux. Elles étaient, d'ailleurs, appuyées par la batterie B, qui avait eu un sort plus heureux qu'elles.
Lorsque le feu des Boers commença, cette batterie, avec ses pesants attelages de bœufs, était en train de franchir un large donga ou fossé sec, situé à un kilomètre de la Tugela. Aux premières balles, les conducteurs cafres s'enfuirent ; mais les marins, prenant la direction des bœufs, réussirent, au prix d'efforts inouïs, à retirer du fossé deux pièces qui y étaient déjà engagées et mi-
BATAILLE DE COLENSO. 369
reiil en batterie derrière le donga. Les six pièces de marine se trouvaient ainsi à 4oo mètres environ en arrière et sur le flanc cjauche du groupe n** i. Cette distance suffisait à les placer hors de la zone dangereuse des coups dirigés contre le groupe, et telle était la concentration du feu des Boers sur la première ligne, que ce second échelon, une fois en position, subit fort peu de pertes et put, jusqu'à la fin de la bataille, canonner les kopjes. Il contribua puissamment, avec la batterie A, à éteindre le feu , du fort Wylic, et Ton peut dire que toute la préparation d'artillerie incomba, en réalité, à ces deux batteries navales.
Bientôt en effet, malgré leur héroïque obstination, les i4* et 66* batteries du colonel Long furent réduites au silence. Les hommes firent défaut et, après les hommes, les munitions. On cite telle pièce qui n'avait plus que deux servants, l'un pointeur, l'autre pouiToyeur, et qui continua à tirer jusqu'au moment où ces deux hommes furent simultanément frappés. A 7 heures et demie, tous les approvisionnements de la batterie de combat étaient épuisés et la section de munitions n'arrivait pas. Il eût d'ailleurs été bien difficile de l'amener sur le terrain.
En attendant un retour de fortune, on prit le parti d'abriter le personnel survivant dans un petit fossé qui courait à 5o mètres en arrière des batteries. Les artilleurs s'y retirèrent, emportant leurs blessés, et, dans 1p conviction où ils étaient qu'ils reprendraient ultérieurement leurs postes, ils n'essayèrent même pas de mettre leurs pièces hors de service en enlevant les culasses. Ces douze pièces demeurèrent silencieuses et entourées de cadavres. La batterie B, seule, tenait bon.
Cependant, la bataille s'était peu à peu engagée sur
toute la ligne. A l'aile gauche, la 5* brigade (Harl), acheminée dès 4**>3o du matin dans la direction du Bridle- Drift, était arrivée, un peu avant 6 heures, à l'ouest de l'embouchure de la Dornkop-Spruit. C'était là, dans un rentrant de la Tugela, que le général Buller avait réellement choisi son point de passage ; mais il se trouva que les Boers avaient tendu un barrage en aval du gué et élevé sensiblement le niveau des eaux. Ce fait, qui n'avait pu se produire instantanément, n'était pas signalé par les reconnaissances, probablement mal conduites. Force fut d'aller chercher le gué à i.5oo mètres plus en amont et, cette fois, dans une boucle dont la concavité était tournée vers le sud.
A 6 heures, la brigade en colonne tourna donc à gauche, en remontant la Tugela, et s'engagea dans une étroite prairie resserrée entre cette rivière et le plateau de la rive sud. A peine l'avant-garde (Dublins Fusiliers) avaitelle dépassé le coude qui précède la boucle concave, que les trois pièces boers du Red-Hill et du Grobler's-Kloof ouvrirent un feu violent de shrapnels. L'espace faisait défaut pour se déployer et tous les coups portaient dans la colonne, de sorte que l'avant-garde et la tête du gros (Connaught Rangers) subirent des pertes sensibles.
A ce moment, le général Buller qui, de son observatoire, suivait la brigade, envoya au groupe d'artilleiie n** 2 l'ordre de soutenir le général Hart, en s'établissant sur le plateau à l'ouest de la Dornkop-Spruit et contrebattant l'artillerie boer. C'était modifier sa consigne primitive, qui consistait à enfiler les kopjes; mais le général semble avoir implicitement, et avec raison, considéré ce mouvement tournant comme le préambule nécessaire de l'attaque centrale.
BATAILLE DE COLENSO. 27 1
Les 73* et 64* batleries ne réussirent pas à faire taire Tartillerie ennemie; elles détournèrent, du moins, une partie de ses coups et les deux bataillons de tête de la briyade purent prendre leur formation de combat, en s'engageant dans la boucle de la Tugela. Mais alors, des deux branches et du sommet de l'arc concave, sur toute la crête du bourrelet demi-circulaire que formait la berge opposée, éclata une fusillade d'une intensité effroyable. « Rien n'indiquait l'endroit où les défenseurs étaient embusqués, pas une tête ne se montrait à travers les buissons; rien qu'une longue ligne de fumée, à peine visible, et le crépitement incessant de la mousqueterie. »
Malgré ce feu de front et d'enfilade, malgré leurs pertes, les Dublins et les Connaughts, progressant par bonds et ripostant au jugé, parvinrent jusqu'à la rivière. Là ils trouvèrent encore sept pieds d'eau. Quelques braves s'y noyèrent dans une tentative désespérée. Le reste se coucha sur la berge et se mit à tirailler contre les Boers, toujours invisibles.
C'était un coup manqué. Le général Buller le comprit et envoya, entre 7 heures et demie et 8 heures, à la brigade, l'ordre de se replier. Il la faisait soutenir en même temps par deux bataillons de la brigade Lyttel ton (4* brigade), qui se déployèrent et s'avancèrent pour couvrir la retraite. Dans cette retraite effectuée en terrain découvert, sur un parcours d'un demi-kilomètre, on perdit encore beaucoup de monde et même, de l'autre côté de la Domkop, alors qu'on aurait pu se croire à Tabri, on fut suivi par les shrapnels du canon de 4o livres, en position au sommet du Red-Hill.
Vers 7 heures et demie, le passage de la brigade Hart avait donc échoué et les pièces du colonel Long étaient
ayS LA GUERRE SUD-AFRICAINE.
muettes et abandonnées. Mais, peu aviant, un demi-succès d'artillerie avait déterminé, au centre, l'entrée en scène de la brigade Hildyard (2* brigade).
Sous l'effort combiné du groupe n° i et des batteries navales, les trois petites pièces des kopjes s'étaient vues promptement réduites au silence. Vers 7 heures, le fort Wylie lui-même s'était effondré sous une décharge des obus à la lyddite que tiraient les batteries navales. La 2* brigade, qui s'était avancée en ordre de combat sur l'éperon dominant Colenso et qui, sur ce plateau découvert, avait eu, jusque-là, pas mal à souffrir de l'artillerie des kopjes, reçut l'ordre de marcher à l'attaque du pont de Colenso. Elle prit à l'ouest de la voie ferrée, tandis qu'à l'est, dans la plaine, la 6* brigade suivait, en formant échelon en arrière.
En tête de la 2* brigade marchaient les 2** bataillons du Devonshire et de Royal West-Surrey, constituant la ligne de combat. Dès que ces deux bataillons eurent franchi la crête militaire du plateau et commencèrent à descendre les pentes, ils furent accueillis par une vive fusillade partant des bords de la rivière. Les pièces de marine, en raison de l'angle mort, ne pouvaient leur prêter aucun appui; il eût fallu, pour nettoyer les berges, le tir d'enfilade des batteries de campagne établies dans la plaine, et ces batteries venaient précisément d'être mises hors de combat. Livrés à eux-mêmes, les Queens et les Devons n'en réussirent pas moins à gagner les abords du pont, et déjà ils avaient enlevé une première tranchée boer, à la lisière des taillis qui bordent la Tugela, lorsqu'un contre-ordre du général en chef leur prescrivit d'appuyer à l'est de la voie ferrée pour dégager le groupe n° i et de laisser au troisième bataillon de la bri-
BATAILLE DE COLENSO. 2']3
ijade le soin d'entretenir, sur le front, un combat traînant.
L'attaque de front était donc abandonnée et le yénéral Buller renonçait à l'offensive et au passaçje de la rivière, pour chercher uniquement à réparer la faute initiale du colonel Long. C'est qu'il venait d'apprendre la situation critique des batteries n®* 1 4 et 66 et, dans le premier instant, il crut même que cette situation était partagée par la batterie navale B. Avec un pareil déchet d'artillerie, il devenait absolument illusoire de chercher à forcer le passage et toute autre préoccupation disparaissait devant celle d'atténuer le désastre. Le général en chef appelait donc au secours des batteries compromises toutes les troupes disponibles, et se portait de sa personne de ce côté.
Que se passa-l-il dans cette direction entre l'heure où nous sommes et l'heure de la retraite, c'est-à-dire entre 8 et lo heures? Comment la 6* brigade entière et la moitié de la 2* brigade furent-elles impuissantes à rétablir le combat dans la plaine, à Test de la voie ferrée ? Comment ne réussirent-elles pas à dégager les pièces?... Le rapport du général Buller est très sobre de détails sur cette phase de la bataille. Il dit simplement que « les Boers avaient réoccupé les kopjes et le fort Wylie et que leur feu devint si vif qu'aucune troupe ne pouvait plus rester en rase campagne auprès du groupe n° i ». On peut en inférer que, sous les feux croisés des kopjes et des berges en aval de Colenso, les fantassins anglais furent tenus à distance et échouèrent dans toutes leurs tentatives pour arriver à l'emplacement des pièces.
Vers 9** 3o, le général Buller et le général Clery,
OUBliRB 8UD-APIUCAINE. l8
qui s'étaient avancés en première ligne jusqu'à la batterie navale B, furent atteints, Fun par un éclat d'obus, l'autre par une balle Mauser. La place devenait intenable et le général Buller donna, à la batterie B, l'ordre de l'évacuer. Cette batterie, qui avait déjà perdu une trentaine de bœufs et tous ses conducteurs cafres, se retira non sans peine et grâce au dévouement inépuisable des marins. Un peu plus tard, de généreux efforts furent faits par les officiers d'artillerie survivants, pour ranu*ner de même en arrière les pièces de campagne du groupe n° i. « Les capitaines Schofield et Congrève et le lieutenant Roberts, avec 6 hommes et quelques chevaux, parvinrent, sous un feu terrible, à sauver deux pièces, les seules qu'on recouvra des batteries n°* i4 et 66. Le lieutenant Roberts reçut trois blessures, auxquelles il succomba dans la suite, et le capitaine Congrève fut blessé à la jambe. Le capitaine Reed, de la 7^ batterie, s'élança à son tour vers les canons abandonnés, mais les chevaux qu'il amenait furent tous tués et Reed, blessé lui-même à la cuisse, dut abandonner la partie. Le général Buller renonça alors à toute nouvelle tentative pour rentrer en possession de ses canons (*). »
Il devait d'ailleurs songer à évacuer le terrain même où luttaient la 6* brigade, les Devons et les Queens, à Test de la voie ferrée, car son flanc droit, protégé jusque-là par la brigade montée, commençait à être menacé, à la suite de l'insuccès de cette brigade.
A l'extrême droite, en effet, lord Dundonald avait échoué dans l'attaque du Hlangwane-Hill. Arrivé vers
(i) Revue du Cercle militaire, n9 i3 de 1900.
BATAILLE DE COLENSO. 275
6 heures au pied de ce massif, il l'avait contourné pour l'aborder par Test, en remontant un ravin étroit qui en creuse le flanc. En première ligne venaient ses troupes coloniales irrégulières, auxquelles il avait fait mettre pied à terre; le i3* hussards formait réserve et la 7' batterie, demeurée dans la plaine, à l'entrée du ravin, battait les pentes de la montagne. A peine engagé dans ce vallon et encore fort éloigné du col qu'il se proposait d'atteindre, lord Dundonald fut surpris par une fusillade partant du revers oriental de la hauteur. C'était un commando boer qui s'était glissé, inaperçu^ du sommet à mi-pente et qui attaquait les Anglais en flanc. L'ennemi, suivant son ordinaire, était absolument invisible et ses décharges meurtrières, eflectuées à 600 mètres de distance, arrêtèrent net la marche de la brigade. La première ligne de lord Dundonald se terra et réussit, pendant deux heures, à maintenir ses positions; mais, après un combat Inégal, elle dut se replier.
Ce mouvement en arrière ne s'effectua pas sans peine, car le feu des Républicains redoubla dès que les soldats anglais firent mine de bouger. Il fallut, pour les dégager, l'inten^ention de la 7*^ batterie et de deux bataillons de la 6® brigade, que sir R. BuUer détacha à leur secours.
A II heures du matin, toute la droite et le centre anglais étaient donc en pleine retraite, précédés, depuis longtemps, par l'aile gauche. Cette retraite dans la plaine, à l'est de la voie ferrée, fut opérée, si l'on en croit le rapport, dans un ordre admirable. Les Irishs et les Scots de la brigade Barton se distinguèrent par leur fière attitude. Sur le plateau, la brigade Hildyard disputa, de même, le terrain pied à pied et les Républî-
cains se contentèrent de réoccuper leurs positions aux environs de Colenso, sans se lancer à la poursuite.
Si ordonn(^e que fût cette retraite, on n'en oublia pas moins, dans le donga voisin des pièces du colonel Loncj, deux compagnies de Scots et le brave colonel Bullock, qui les avait jetées dans ce fossé pour défendre les pièces. Réduits à une poignée d'hommes par la fusillade ennemie, ces braves se rendirent, après une résistance désespérée, lorsque les Boers, vers 4 heures de l'après- . dîner, franchirent la rivière et vinrent prendre possession de leur magnifique trophée d'artillerie.
Dans cette malheureuse journée, les pertes des Anglais s'élevèrent, de leur aveu, à i.3oo hommes hors de combat, soit 7 p. 100 de l'effectif engagé. Ils laissaient, de plus, dix pièces de canon aux mains du vainqueur et une onzième pièce avait été démontée par les obus des Boers. Les pertes de ces derniers étaient insensibles; ils ne déclarèrent qu'une trentaine de tués ou de blessés.
Le lendemain, 16 décembre, un armistice fut conclu pour enterrer les morts et, dans la nuit du 16 au 17, le camp anglais fut reporté à une demi-lieue en arrière.
Après l'échec de Colenso, sir R. Buller ne pouvait plus songer à délivrer Ladysmith avec les moyens dont il disposait. Il lui fallait réclamer et attendre de sérieux renforts. C'était une grosse déception pour la vaillante garnison qui, dans ses actions de nuit du 7 au 8 décembre (Lombard's-Kopje) et du 10 au 11 décembre (Surprise-IIill) ['], avait secondé de son mieux les manœu-
(i) Dans la nuit du 7 au 8 décembre, à a heures du matin, une colonni> d'assaut de aoo hommes (Impérial Liqth Horsc et cararabiniers du Natal), flanquée à droite et à «janche par 3oo volontaires montés, gravit en silenoo les pentes du Lombard's-Kopje, surprit le poste boër, mit hors de service h.*
BATAILLE DE COLENSO. 277
vres du corps de secours. C'était une grosse déception pour TAngleterre tout entière, qui avait imposé à Buller la délivrance de Ladysmith comme premier objectif. Cet objectif manqué, la campagne complète du i" corps devait être considérée comme ayant pitoyablement avorté.
Ainsi, à cette date de Noël, que les jingoïstes avaient fixée pour l'entrée à Pretoria, les trois tronçons de l'armée anglaise, battus à Maggersfontein, Stormberg, Colenso, allaient se trouver en posture défensive, sur la Modder, au sud de l'Orange, sur la Tugela, c'est-à-dire partout sur leur propre territoire.
Ainsi, après s'être laissé mettre en échec pendant la période de couverture, avec des forces égales (aB.ooo hommes de l'armée active et 5.ooo miliciens contre So.ooo Boers), on était mat en opérations réglées, là où Ton avait disposé d'un homme contre deux (80.000 hommes, à la date du i" décembre, contre à peine ^0.000 ennemis) ['].
Long Tom (pièce du Greusot de i55) et un obusier de t\9^;^^ enleva une pièce Maxim et revint indemne ; le tout en une heure.
Dans la nuit du lo au ii décembre, 5oo hommes de la Rifle Brigade s'emparèrent de la colline de Surprise-Hill, au nord de Ladysmilh et mirent hors de service un obusier de k^^l \ it^^Às au retour la colonne fut coupée par les Boers et laissa 6a honmies sur le carreau.
(i) 78.600 bonunes de troupes régulières, d'après le colonel Brunker, auxquels se joignaient 6.000 miliciens. Là-dessus 10.000 étaient employés à la garde des voies de communication, 4*000 dans les petits dépôts, i4*ooo enfermés à Ladysmith, Kimberley, Mafeking, 10.000 environ indisponibles par suite de maladie. Restaient donc 45.ooo hommes pour tenir la campagne. — Nous avons vu, en effet, Methuen disposer de iS.ooo hommes; Gatacre et Prench de 7.000 et Buller de ai. 000. Avec Kekewitch, 4*ooo hommes environ sont enfermés à Kimberley ; i .000 à Mafeking avec Baden Powel et 9.000 à Ladysmith avec White..De l'autre côté, Wessels, avec S.ooo hommes investit Kimberley ; Joubert avec 8.000 Ladysmith; et i.ooo hommes, environ, observent Mafeking. En rase campagne, Cronje oppose 8.000 hommes i Methuen ; De Wet et Olivier 8.000 hommes à French et à Gatacre ; Botha 9.000 à BoUer. C'est donc aS.ooo hommes contre 45.ooo, ou encore la proportion du simple au double.
Stormberg, le 10 décembre; Maggersfonleiii, le 1 1 ; Colenso, le i5, trois défaites en cinq jours, dans la semaine noire, the Black Week; depuis Touverture de la campagne, des perles avouées qui atteignaient 6.3 18 officiers et soldats('), quand l'adversaire n'avait pas i.5oo hommes hors de combat; une quinzaine de canons abandonnés à l'ennemi et nul tropliée à l'actif des Anglais; quelles constatations pénibles pour l'orgueil britannique; que d'amertume mêlée à la conscience d'une mauvaise cause !
Et, par contre, de quel éclat brillent les Républicains ! Soldats mer\eilleux, vainqueurs pleins d'humanité, ils semblent, par surcroît, avoir des inspirations géniales pour la conduite des opérations. Tout se lie jusqu'ici, tout s'enchaîne logiquement et se réalise à point nommé dans leur plan stratégique. Les opérations de la période de couverture portent en germe celles de la campagne. Elles ont fixé l'adversaire, en le divisant; elles lui ont imposé des terrains d'action défavorables et c'est sur ces terrains qu'il vient se faire battre. L'offensive stratégique de la première heure s'est changée, à propos, en défensive tactique. Ladysmith et Kimberley ont bien joué le rôle de pièges ou d'appeaux qui leur était dévolu.
A cet ensemble, que manque-t-il pour être parfait?... Une seule chose, mais essentielle: la pleine réalisation des avantages obtenus, la riposte après la parade ; riposte qui aurait pu et dû être décisive, avoir l'ampleur d'une conclusion.
(i) Là-dessus, a.4o3 prisonniers. — Sur le total des rationnaires, la proportion des perles est de t\.h p. loo par le feu ; elle atteint 7.6 en comptant lejs prisonniers. — ' Sur TefTectif combattant, ces deux chiffres s'élèvent à 9 et i5 p. 100.