NOUVELLE MOBILISATION
et qu'une fois le drapeau engagé, il n'y a plus à regarder en arrière. Salas populi suprema lex: telle sera toujours la devise qui fait les nations forles.
En haut, dans le gouvernement, nulle dissimulation. On n'essaie pas de déguiser les erreurs commises, la gravité des échecs. A peine fait-on subir quelques atténuations au chiffre réel des pertes.
En bas, dans la nation, dans les rangs des soldats, nulle récrimination, nul cri de trahison. Un peuple et une année ne sont jamais trahis que par eux-mêmes et précisément quand ils cherchent à rejeter sur d'autres la responsabilité de leurs désastres.
Alors que chez nous, devant une semblable série de mauvaises nouvelles, dix ministères se seraient succédé, chacun défaisant l'œuvre ébauchée par son prédécesseur ; alors que le gouvernement entier eût été ébranlé, les Anglais laissèrent tout le monde en place ; ils maintinrent à la barre le pilote téméraire qui les avait lancés dans cette passe difficile. Au lieu de changer les généraux malheureux dont quelques feuilles d'opposition dénonçaient l'incapacité, dont les fautes étaient évidentes, ils voulurent les mettre à même de réparer ces fautes ; ils leur demandèrent de vaincre, avec des moyens d'action largement augmentés.
Pour ce peuple positif, en effet, toute question d'opportunité mise de côté, l'affaire engagée, et qui devait désormais être poursuivie coûte que coûte, n'avait échoué que par défaut dans les calculs. Les prévisions premières avaient été mal établies et l'évaluation des frais était à remanier. Là où l'on avait cru se suffire avec 80.000 hommes, il en fallait 180.000, d'après M. Wyndham. Ils étaient accordés d'avance et seraient disponibles dans
quelques semaines. On devait même aller au delà et nous avons déjà fait ressortir dans nos tableaux que le chiffre de 220.000 hommes, réclamé par le correspondant du Morning Post, Winston Churchill, fut atteint, sinon dépassé, eu mars igoo.
De ces renforts, quelques-uns étaient déjà en route, ou sur le point de, partir. La 5*^ division, destinée comme réserve générale à sir R. Buller, était attendue au Cap dans la seconde quinzaine de décembre. Au lendemain de Colenso, le 16 décembre, la 6*^ division, préparée comme en-cas à Aldershot, commençait à s'embarquer. Le jour même de Colenso, la mobilisation de la 7* division était décrétée et celle de la Subdivision annoncée. Les achats de chevaux et de mulets , les envois de matériel reprenaient sur un plus grand pied. Le gouvernement faisait appel à la milice, au corps des Volontaires, à la Yeomanry et à ses colonies, pour doubler et tripler, suivant la promesse de M. Wyndham, le chiffre des hommes sur le front.
C'était, comme nous l'avons indiqué dans un chapitre précédent ('), une mobilisation complète et nouvelle par laquelle on préludait à une nouvelle campagne.
Elle devait avoir pour couronnement la désignation d'un nouveau chef. Le 19 décembre, en effet, un ordre de la Reine confia le commandement suprême des forces anglaises dans le Sud-Afrique, au doyen des généraux, au field-marshal lord Roberts. Ce vétéran des campagnes de l'Inde et de l'Afghanistan, qui avait la réputation d'un « soldat heureux » et dont l'autorité était incontestée dans l'armée, recevait comme adjoint, avec titre de chef
(i) Chapitre I*^ de la deuxième partie: Mobilisation et concentralioo des forces anglaises. (Mobilisation de la 7* division.)