ABANDON DU PLAN DE SIR R. BULLKR
Tout le plan de sir R. Buller était en effet renversé, et cela au moment où l'heureux coup de main de Mackensie semblait en assurer la réussite.
Dans la matinée du 19, le général-Varren, usant d'un procédé familier à tous les esprits irrésolus et peu soucieux d'agir, réunit un conseil de guerre. Là, il fit valoir l'insuflisance de ses approvisionnements pour le long parcours d'Acton-Holmes à Devdrop et conclut à l'adoption d'un autre itinéraire, par le chemin de Fair- View- Rosalie, qui s'embranchait sur la route Tritchardt's-Acton-Holmes, un peu à l'ouest de Three-Tree-Hill. Ce chemin de Fair-View abordant, par son milieu, la cliatne du Tabamyama, il fallait d'abord expulser les Boers de cette crête et, pour cette opération préliminaire, il était inutile de s'encombrer du convoi. On lui ferait repasser la Tugela et les hommes n'auraient que les vivres du sac remplacés au jour le jour.
C'était, en somme, la substitution du coup droit au mouvement tournant projeté ; on se résignait à attaquer l'ennemi de front et on se replaçait dans les mêmes conditions qu'à Colenso, après avoir dépensé neuf jours et d'énormes efforts à en chercher de plus favorables.
Et, par surcroît, la conquête même du plateau de Tabamyama et du chemin de Fair-View-Rosalie ne conduisait à rien de décisif. Le chemin passant à i .800 mètres et sous le canon de Spion-Kop, on ne pouvait l'utiliser qu'après avoir enlevé cette hauteur dominante. Sir G. Warrcn, dans un rapport ultérieur, prétend bien qu'il en reconnut tout de suite la nécessité ; mais on peut se demander s'il n'y a pas là une inspiration à posteriori, ce qu'on appelle l'esprit de l'escalier, et pourquoi, avec cette saine appréciation, il s'épuisa, trois jours durant,
en stériles efforts contre le Tabamyama. Mieux eût valu tenter, de suite, la surprise de Spion-Kop, plus facile tant que les Boers ne s'étaient pas renforcés sur la droite.
Quoi qu'il en soit, l'attaque du Tabamyama, à hauteur de Three-Tree-Hill, fut décidée, séance tenante, et toutes les mesures furent prises pour faire appuyer les troupes à l'est, en les rapprochant de Tritchardt's-Drift. Dans la soirée même, le convoi, qui avait mis 24 heures à passer la rivière, était reporté sur la rive sud et les trois brigades, flanquées à gauche par l'infanterie montée, campaient au sud de Three-Tree-Hill. Leurs avant-postes occupaient sans combat ce kopje rocheux, au centre de l'amphithéâtre que dessinent les pentes sud-ouest du Tabamyama.
En face d'elles, sur le plateau, de nombreux commandos boers accouraient et, à défaut de tranchées, multi-. pliaient les schantzes ou murjets en pierrailles. Trois canons du Creusot s'installaient à la pointe sud-est du Tabamyama, à 2 kilomètres du col de Spion-Kop. Le général Botha venait prendre la direction de la défense.
Combat de VenterSpruit {20-28 janvier). — Le 20 janvier au matin, sir G. Warren, usant de ce mode de délégation en faveur dans son armée, mit les deux brigades Woodgate et Hart, avec toute l'artillerie, à la disposition du général Glery et lui prescrivit d'attaquer les positions boers, dans la partie qui fait face au bief de la Tugela compris entre Tritchardt et l'embouchure de la Venter.
Nous avons déjà décrit le front bastionné formé par cette extrémité sud-est du Tabamyama. Le kopje de Three-Tree-Hill, enserré entre les deux bastions, consti-
COMBAT DE VEMEB-SPBUIT.
tuait, aux mains des Anglais, une excellente approche. Après bien des efforts, ils réussirent, vers 7 heures, à hisser cinq de leurs batteries sur le sommet, en forme de table, de ce monticule. De là elles ouvrirent, à 2. 3oo mètres, un feu très efficace contre les crêtes opposées.
Sous la protection de ce feu, 2 bataillons de la brigade Woodgate (') se portèrent en ordre déployé contre le bastion est, ou promontoire dominant Trilchardt, et contre la courtine faisant face à Three-Tree-Hill. A 7 heures et demie le dernier ressaut du promontoire était occupé par les Anglais, qui y devinrent immédiatement l'objectif d'une vive fusillade.
Pendant ce temps, une masse de 6 bataillons, constituée avec la seconde moitié de la brigade Woodgate et la brigade Hart tout entière, se glissait à l'ouest de Three- Tree-Hill et venait se blottir dans l'angle mort au pied du bastion occidental. Elle y attendait le signal de l'assaut.
A 1 1 heures ce signal fut donné et, profitant des leçons de Colenso, les bataillons de tête formés en longues lignes minces, commencèrent l'escalade des hauteurs en utilisant les moindres accidents du terrain. La mousqueterie des Bocrs faisait rage ; mais, sur les pentes accidentées et très raides, les assaillants trouvaient de nombreux abris et pouvaient progresser par bonds. Les batteries anglaises, par contre, voulant appuyer leur infanterie, fouillaient tout le plateau, sans grande efficacité. Chaque tas de pierres, chaque fourmilière couvrait un tirailleur boer, contre lequel les obus ne pouvaient rien.
Malgré cette fusillade des Boers, les lignes de khakis, égrenées sur les pentes coupées et rocheuses, se rappro-
(i) i*^ bataillon du South Lancashire et 2* bataillon du Lancaster.