SURPRISE DE SPION-KOP
immédiats du lieutenant-colonel Thomeycroft: i bataillon et 6 compagnies de la brigade Woodgate ('), 194 hommes de l'infanterie montée de Thorneycroft et une demicompagnie du génie ; comme soutiens, les deux compagnies restantes du second bataillon et l'Impérial Light Infantry, mais le soutien formait colonne distincte et ne devait suivre que plus tard.
Toutes ces troupes étaient placées sous le commandement supérieur de Woodgate. Elles étaient plus que suffisantes comme nombre de fusils ; mais il leur manquait deux éléments essentiels pour consolider et utiliser leur œuvre : des travailleurs munis d'outils et de l'artillerie propre à agir au loin. On devait, par malheur, mettre du temps à reconnaître cette double lacune.
A I heure du matin, le signal est donné et la colonne d'attaque, formée en file indienne, commence, sous une pluie battante et par une nuit obscure, l'ascension de ce sentier étroit et sinueux, à pentes très raides, de près d'une lieue de longueur. On observait le silence le plus complet et l'ordre était donné de n'agir qu'à l'arme blanche.
A 3 heures, on atteint le sommet et l'on venait à peine de mettre baïonnette au canon quand éclate le qui-vive d'une sentinelle boer. La tête de colonne anglaise se jette à plat ventre, laisse passer la décharge d'un petit poste d'une quinzaine d'hommes et s'élance sur la tranchée qu'il occupait. Cette tranchée est nettoyée en un instant. Mais à quelques centaines de mètres de là se trouvait une seconde tranchée, garnie par la grand'garde. Celle-ci
(i) a* baUilloQ du Royal Lancaster cl 6 compagnies du a* balaillon du Lancaahire.
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ouvre un feu à répétition que Tobscurité et l'émotion rendent inoiïensif et lâche pied avant de sentir la pointe des baïonnettes.
Les deux bouts de tranchée et la grand'garde d'une centaine de Burghers de Vryheid étaient toute la défense du plateau. A 4 heures, les Anglais se trouvaient maîtres de toute sa partie sud-ouest, sur un front de 355 mètres environ et une profondeur de 900 mètres. Cette conquête leur avait coûté 3 blessés seulement.
Immédiatement, ils se mirent au travail pour y organiser un point d'appui. Mais le nombre des sapeurs du génie était insuffisant ; la besogne avançait lentement dans le sol rocheux ; de plus on s'orienta mal dans l'obscurité et, le lendemain, on devait reconnaître que la tranchée était enfilée par le Tabamyama. C'était, d'ailleurs, un mince abri en forme de demi-cercle de go mètres de développement et de o",75 de hauteur (compté de la crête intérieure jusqu'au fond du fossé). Là, dans la journée du 24, allaient s'entasser et périr inutilement des milliers de fantassins.
Ce travail terminé, le général Woodgate rendit compte à sir G. Warren qu'il était retranché et se croyait en sûreté; mais qu'un épais brouillard l'empêchait de rien discerner.
Une brume opaque enveloppait effectivement le plateau et ne devait s'éclaircir qu'après 8 heures du matin. Elle couvrait en ce moment le retour offensif des Boers.
Combat de Spion-Kop {24 janvier). — A peine en effet le général Botha, établi sur le Tabamyama, eut-il appris, vers 4 heures du matin, par les fuyards, la chute de Spion-Kop, qu'il comprit la gravité de cet incident et l'urgence d'y remédier. Avec une rapidité, une décision
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et une perspicacité admirables, il adopta toutes les mesures opportunes.
Des ordres expédiés en toute hâte sur le Tabamyama et à Brakfontein préparent, contre Spion-Kop, la convergence du tir de cinq long-toms ; le reste de rartillerie du Tabamyama demeurant derrière la crête, complètement invisible aux batteries de Warren, mais en bonne posture pour les contrebattre.
En même temps, 35o hommes* d'élite, divisés en deux colonnes, vont se masser au sommet du col entre Tabamyama et Spion-Kop et au pied de Tescarpe rocheuse que forme le versant nord du Spion. Le général Botha prend la direction de l'une des colonnes et donne l'autre au général Burgher. Elles escaladent en toute sécurité les pentes à l'abri des vues, et abordent de deux côtés, par son revers occidental et septentrional, l'angle nordouest de Spion-Kop. Derrière elles on hisse sur ce saillant 2 maxims-nordenfeldt qui balaieront le plateau.
Pour soutenir, enfin, la marche de ces colonnes d'attaque, quelques centaines de tirailleurs se répartissent en demi-cercle sur les deux flancs et, postés dans les moindres anfractuosités, courant d'abri en abri, gagnent, le long des crêtes, les ailes de la position anglaise.
Ainsi, tout est prévu dans cette contre-attaque, et la part largement faite à l'artillerie. L'action concentrique et à grande distance des long-toms, l'action immédiate et frontale des mitrailleuses seront considérables. De ce chef, les Anglais vont se trouver, par leur faute, en infériorité flagrante, durant toute la lutte.
Us s'y trouveront, aussi, par l'exiguïté de leur emplacement, en regard du champ largement pris, dès l'abord, par leur adversaire.
Le plateau triangulaire du Spion se relève, en effet, en dos d'âne, à partir de la corne sud-ouest où sont entassées les troupes de Woodgate, jusqu'à une crête transversale qui barre l'horizon à 600 mètres de leur tranchée. Au delà de cette crête, il s'abaisse en pente également douce jusqu'aux escarpements rocheux de la région septentrionale. Parvenus, sans coup férir, au sommet de ces escarpements, les Burghers de Botha profitent encore du brouillard pour avancer jusqu'au milieu du plateau. Ils se dispersent sur toute sa largeur, utilisant, avec l'habileté du chasseur, les moindres défilements, pour se rapprocher pied à pied. C'est seulement sur la crête transversale qu'ils rencontrent les premières vedettes anglaises et, à ce moment, ils sont déployés tout le long de la crête, en face d'un adversaire dont le gros est terré en contre-bas, dans un angle étroit et sans profondeur.
Il est alors 8 heures du matin. Les sentinelles anglaises ont été surprises et bousculées, dans un combat corps à corps. La brume se dissipe et les tirailleurs boers ouvrent immédiatement une fusillade violente et bien ajustée, que soutiennent bientôt les feux convergents de leur artillerie. Balles et obus pleuvent sur la position anglaise, véritable nid à bombes.
Sous ce feu effroyable, les Lancasters cèdent un instant et déjà l'ennemi met le pied dans leurs tranchées. Mais il en est chassé par les réserves et, trois fois de suite, ce faible retranchement, théâtre d'une lutte acharnée, est pris et repris.
A 10 heures cependant les Anglais, acculés aux pentes méridionales, paraissent être dans une situation désespérée. Le général Woodgate, mortellement frappé au commencement du combat, a dû passer le commandement
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au plus ancien officier supérieur, colonel Crofton. Ce dernier signale par héliographe que « tout est perdu, si on ne lui expédie pas promptemenl des renforts ».
A cette demande, le général Warren répond en donnant au général Coke Tordre de partir avec 2 bataillons de sa brigade ('). Il prendra la place de Woodgate et, a disposant de plus de 3. 000 hommes, devra tenir jusqu'à la dernière extrémité. » Nulle mention, d'ailleurs, de la moindre maxim ou de quelques pièces légères qui eussent fourni un point d'appui solide. On va continuer à empiler les hommes quand l'espace fait défaut, à multiplier les fusils quand leur besogne eût été mieux faite par une mitrailleuse, faisant office de cent fusils et tenant beaucoup moins de place.
L'excès du nombre prédispose au désordre. L'absence de commandement défini l'engendre sûrement. dans des circonstances aussi critiques. Or, de 8 heures à midi, heure où Coke parvient sur le plateau, nous voyons quatre chefs, reconnus ou non, se succéder à la tête des Anglais. Après l'arrivée de Coke, deux chefs agiront à l'insu l'un de l'autre et sans que le haut commandement sache auquel s'adresser.
Coke en effet était à peine en mouvement que Warren recevait un télégramme expédié de Spearman par Buller, confirmant les mauvaises nouvelles du plateau et prescrivant de confier la direction des affaires à un homme énergique et bien trempé, le lieutenant-colonel Thomeycroft.
Warren, obéissant à cette injonction, signale à Thorneycroft, par héliographe, que « avec l'approbation du
(i) Bataillons de Middlesex et de Dorsetshire. Ces batailloDs, qni composaient toute la 10* brigade, avaient été transférés le aa, par le rjéncral en chef, de Swart-Kop à Tritchardt's-Drift.
GUKIUIE SUD-AjmiCAII«E. Sa
commandant en chef, il lui donne la haute main sur les troupes avec rang temporaire de général de brigade ». Mais il oublie d'aviser Coke de ce revirement, de sorte que le commandement, passant de Woodgate à Crofton, de Crofton à Coke, puis à Thorneycroft, se trouve partagé jusqu'au soir entre les deux derniers, qui s'ignorent réciproquement.
En réalité, il fut exercé par Thorneycroft, qui fut l'âme de la résistance.
C'est lui qui, après l'appel désespéré de Crofton, releva le moral des troupes et permit d'attendre, jusqu'à l'aprèsmidi, l'entrée en ligne des renforts amenés par Coke. Il y fut aidé, il est vrai, par les efforts généreux de l'artillerie. Quelques batteries anglaises, établies à l'entrée du vallon entre Spion-Kop et Tabamyama, firent de leur mieux pour bombarder l'angle nord du Spion, par où arrivaient les renforts boers. Celles de Three-Tree-Hill entamèrent un duel avec les canons du Tabamyama et, sans parvenir à les réduire au silence, elles détournèrent du moins sur elles une partie de leurs feux. Cette double diversion, réclamée d'ailleurs avec instance par Coke, amena vers 1 1 heures une sorte de détente dans l'attaque des Républicains. Ils se bornèrent à entretenir leur tir meurtrier, auquel les Anglais répondaient avec bien peu d'eflicacité.
A 3 heures, nouvelle poussée des troupes de Botha, qui étreignent de plus en plus leur adversaire et le refoulent encore une fois à l'extrémité sud-ouest du plateau. 200 Lancasters mettent bas les armes et c'en serait fait de la défense sans l'approche très opportune d'un nouveau secours expédié par Lyttelton.
Ce général s'était avancé, dès le lever du jour, en face
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de Brakfontein et avait entamé un combat traînant pour fixer les Boers sur ce point et soulager indirectement les troupes de Spion-Kop. Sollicité dans l'après-midi de leur fournir un appui immédiat, il mit en route deux de ses bataillons, les Scottish Rifles et le 60^ Rifles.
Tous deux repassèrent la Tugela à Potgieter-Drift et, remontant la rive sud jusqu'à un gué cafre, intermédiaire entre Polgieter et Tritchardt, franchirent ce gué, puis gagnèrent, sur la rive nord, la base du promontoire sudouest du Spion. Là, ils se séparèrent. Les Scottish gravirent la hauteur par le sentier qu'avaient déjà suivi, dans la nuit, les soldats de Woodgate. C'est leur arrivée qui rétablit le combat à la pointe méridionale du plateau. Les 60* Rifles, commandés par le colonel Buchanan, longèrent le pied du Spion-Kop et escaladèrent les pentes près du saillant nord de la face est. En cet endroit, la montagne est très escarpée. L'ascension, qui s'effectuait sous le feu de tirailleurs boers embusqués dans les rochers, dura deux mortelles heures. Surmontant tous les obstacles, les Rifles parvinrent, un peu avant 5 heures, au sommet du pic en pain de sucre qui termine le plateau et en chassèrent l'ennemi. Brillant fait d'armes qui coûta la vie à maints braves, parmi lesquels le colonel Buchanan!
A 5 heures, par suite, les Anglais étaient maîtres des saillants sud-ouest et nord-est du plateau. Au sud-ouest, les Scottish avaient été suivis encore par l'infanterie montée de Béthune, l'Impérial Light Infantry, et un corps de Uitlanders de récente levée. Au nord-est, la diversion faite par le 6o* Rifles en avant et à droite de Thorneycroft prenait en flanc les Boers et pesait d'un grand poids. Elle déchargeait d'autant Ja défense à l'autre extré-
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mité et l'ensemble de la situation paraissait sensiblement amélioré pour les Anglais.
Mais leur nombre même devait contribuer à leur perte. Dans l'étroit espace où, le matin, deux bataillons avaient peine à manœuvrer, près de six bataillons se trouvaient maintenant accumulés par ces renforts successifs. Bon nombre de soldats, ne pouvant trouver place dans la tranchée, ni même sur la corne du plateau, allaient se coller aux flancs de la montagne et, sans prendre part à l'action, payaient leur tribut à la mitraille meurtrière des maxims. Le reste, formé sur plusieurs rangs dans ou derrière la tranchée, ne parvenait pas à en sortir par un retour offensif à l'arme blanche et subissait stoïquement le tir croisé d'artillerie et de mousqueterie qui avait repris de plus belle.
Les Bocrs, en eflet, adoptant dès lors la plus sage ligne de conduite, se contentèrent d'enserrer la position anglaise dans un demi-cercle de tirailleurs embusqués et n'agirent plus que par le feu, mais par un feu véritablement déchaîné. Chacune de leurs décharges créait dans les rangs anglais de nombreux vides, « bouchés automatiquement, tant ces rangs étaient denses ».
Aux effets déprimants de la mitraille, se joignaient les tortures de la faim et de la soif. En action depuis dix-huit heures, brûlés par un soleil ardent, mêlés aux morts et aux blessés qui encombraient leurs tranchées, les soldats anglais ne trouvaient pas une goutte d'eau sur le plateau; ils n'avaient pas la moindre ration à se mettre sous la dent.
Chacun se terrant où il pouvait, tous les rangs étaient confondus, toutes les unités mélangées ; les pertes en ofCciers atteignaient de telles proportions que le com-
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mandement inférieur même n'était pas assuré. Quant au commandement supérieur, on sait par suite de quel imbroglio il reposait tout entier sur Thoraeycroft.
C'était, en somme, moins une troupe qu'une masse amorphe que ce colonel avait sous la main. Pour galva* niser cette masse, il eût fallu l'œil du maître, la présence du général Warren. Mais celui-ci se bornait à faire demander des nouvelles et ne parvenait même pas à entrer en relations avec Thorneycroft. Vers 7** 3o du soir seulement, il s'avisa qu'un soutien d'artillerie constituerait un point d'appui solide et indispensable à la défense, qu'il fallait lui organiser des retranchements. Il donna alors des ordres pour faire monter au Spion-Kop deux pièces de marine de 12 livres, la batterie de montagne, une demi-compagnie du génie et deux détachements, chacun de 600 travailleurs. A ces prescriptions il ajouta, pour la brigade Hildyard, celle de s'établir au bivouac au pied du Three-Tree-Hill, pour marcher, le 26, à l'aube, contre la principale hauteur de Tabamyama. Enfin, désirant avoir un aperçu exact de la situation, au lieu d'aller le prendre en personne ou d'envoyer son chef d'état-major, il fit appeler le général Coke, qui descendit du plateau un peu après 9 heures.
Ces mesures arrêtées, Warren estimait sa tâche remplie pour la journée et croyait pouvoir se reposer dans une attente confiante du lendemain. Mais tous les ordres relatifs à l'artillerie demeurèrent inexécutés faute de temps disponible ou en raison de difficultés matérielles. On reconnut que les pièces de 1 2 livres étaient trop lourdes pour qu'on les hissât sur des pentes aussi raides. La batterie de montagne arriva fort tard dans la nuit et d'ailleurs son efficacité eût été à peu près nulle contre les canons
boers. Mieux eussent valu cent fois des mitrailleuses pour faire échec aux vickers-maxims de Botha. Quant aux tra* vailleurs et au détachement du génie, ils commençaient à gravir le sentier vers lo heures du soir, lorsqu'ils rencontrèrent les premières troupes de la défense qui évacuaient le plateau.
Que s'était-il donc passé là-haut entre 5 heures et 10 heures du soir?
Dans les dernières heures du jour, on avait supporté passivement le feu nourri de l'adversaire. Tout ce que Thorneycroft pouvait demander à ses hommes épuisés était de demeurer en place. Et encore n'obtint-il ce résultat qu'à force d'activité et par son ascendant personnel, courant d'un groupe à l'autre, relevant les courages abattus, haranguant et arrêtant ceux qui parlaient de se rendre. « Sans lui, dit un correspondant du Times, il n'aurait pas été question de retraite, car toutes les troupes auraient été prisonnières. x>
Quatre heures durant, de 5 heures à g** 3o du soir, ce chef énergique maintint la situation. Avec la nuit, il est vrai, un ralentissement s'était produit dans la fusillade des Boers; mais leurs canons, repérés, continuaient à faire pleuvoir les obus. On pouvait, d'un instant à l'autre, voir surgir à petite distance leurs colonnes d'attaque. On avait à appréhender un coup de main, tenté à la faveur des ténèbres, et le moral des soldats était si ébranlé qu'ils n'auraient pas opposé de résistance. Déjà4oo d'entre eux avaient mis bas les armes.
Dans ces conditions et se trouvant seul responsable après le départ de Coke, le colonel Thorneycroft estima opportun de profiter de la nuit pour se dérober. Il crut pouvoir prendre sur lui d'ordonner la retraite. Après