COMBAT DE SPION-KOP
avoir envoyé au 6o* Rifles Tordre d'évacuer la corne est du plateau, il commença, vers lo heures, à faire filer le gros des troupes par le sentier d'accès de la corne sudouest. En chemin, il se heurta à la colonne de travailleurs expédiés par Warren ; mais il était trop tard pour revenir en arrière. Les hommes ne s'y fussent pas prêtés. La descente continua donc et s'eflectua avec ordre et rapidité ; toutefois, ce ne fut qu'au lever du jour que le dernier homme eut quitté le plateau, arrosé inutilement de tant de sang.
On a sévèrement reproché à Thomeycroft cet excès d'initiative. Lord Roberts lui-même, dans son retentissant rapport, semble prendre le vaillant colonel pour bouc émissaire.
Nous alléguerons à sa décharge qu'il ne reçut ni ordre, ni communication du commandement supérieiu*, qu'on ne lui annonça pas les renforts d'artillerie si tardivement expédiés et qui, d'ailleurs, n'arrivèrent point. Il fut absolument livré à lui-même.
On laisse entendre qu'il aurait dû demander l'autorisation de partir ; mais, seul en contact avec les hommes, il pouvait, seul, apprécier l'effort dont ils étaient encore capables. Qui sait si, quelques heures plus tard, la retraite ne se serait pas effectuée spontanément, sous forme de panique ou de déroute?
On observe qu'il aurait dû provoquer des instructions ; mais il eût été plus naturel encore de lui en envoyer. C'est de l'arrière à l'avant que se produit l'impulsion ; c'est à l'arrière qu'il appartient d'établir et d'entretenir les relations, de fournir les postes de correspondance. L'absence de ces postes doit être imputée au seul général Warren.
Ce général, d'ailleurs, a accumulé fautes sur fautes et c'est, à notre sens, le vrai coupable.
Comment expliquer que, maître du Spion dès 4 heures du matin et comprenant toute l'importance de ce point, il n'ait rien fait, de 4 heures à 8 heures, pour consolider sa conquête ?
Comment expliquer que, toute la journée à partir de 10 heures, sachant qu'une action décisive se déroulait au sommet de cette hauteur, sachant même que cette action prenait mauvaise tournure, il soit resté, de sa personne, dans la vallée ? Sa place, nous dirons plus, celle même du général en chef, était sur le champ de bataille. Là seulement, il pouvait juger des renforts nécessaires et les tirer à lui, tâter le pouls aux troupes et juger de l'opportunité de la retraite.
Comment expliquer que, de 4 heures du matin à g heures du soir, il n'ait pas songé à organiser des relais de correspondance, étant données surtout les difficultés qu'il rencontra à communiquer avec ses lieutenants ?
Comment expliquer qu'il ait attendu jusqu'à 7 ou 8 heures du soir pour se préoccuper d'organiser la position, d'y envoyer de l'artillerie? Ne devait-il pas, dès la première heure, fournir tout au moins des mitrailleuses à la défense ?
Comment expliquer, enfin, qu'il n'ait pas pensé un seul instant à préparer les ravitaillements en eau, en vivres, en munitions ?
Plus équitable que le jugement de lord Roberts nous paraît être la critique de sir R. Buller(') :
Si, au coucher du soleil, écrit-il, la défense du plateau avait été
(1) Revue du Cercle militaire, n® 20 de 1900.