‹ La guerre sud-africaineChapitre 6 sur 75 · NOTICE SUR LE CAPITAINE GILBERT. XF · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE CAPITAINE GILBERT. XF

lit, endurant avec un courage, une résignation, une grandeur d'âme admirables, des souffrances souvent atroces ; s'estimant heureux, disait-il, que la maladie qui martyrisait son corps voulût bien encore respecter son cerveau et son cœur, et ne se plaignant des crises terribles qui le secouaient k des intervalles de plus en plus rapprochés que parce qu'elles le forçaient d'interrompre des méditations et des travaux vaillamment repris k la plus petite accalmie — jusqu'k ce qu'enfln, le 29 octobre 1901, la mort soit venue trancher cette noble existence, tout entière consacrée k l'armée, k la patrie, et dont la période inaclive (matériellement) n'aura certainement pas été moins utile k toutes deux que les années passées au service.

En tête d'un des livres de G. Gilbert, figure cet épigraphe mélancolique, tiré de V Emile, de Jean-Jacques : « Hors d'état de remplir la tâche la plus utile, j'oserai, du moins, essayer de la plus aisée ; k l'exemple de tant d'autres, je ne mettrai point la main k l'œuvre, mais k la plume; au lieu de faire ce qu'il faut, je m'efTorccrai de le dire. » Si cette œuvre de plume n'était point celle que le pauvre capitaine avait rêvé d'accomplir, du moins était-elle encore belle et pouvait-elle être grandement utile : tous ceux qui ont lu les trois ouvrages capitaux sortis de sa plume peuvent attester qu'elle a été magnifiquement remplie. Dans ces trois ouvrages, en effet, se trouve condensé ce qu'on eût appelé autrefois la « quintessence » de la science militaire moderne, non seulement en matière de stratégie et de grande tactique, mais encore en matière d'organisation. Les vues les plus élevées, les principes les plus sains y sont exposés et défendus avec une précision, une vigueur, une puissance de logique incomparables : les démonstrations de l'écrivain sont d'autant plus saisissantes qu'elles s'étayent sur une connaissance approfondie de l'histoire militaire et des armées étrangères, d'autant plus utiles qu'elles ne s'en tiennent pas k la théorie, mais visent toujours et par-dessus tout la pratique, dont Gilbert avait conservé la claire et vive intuition en même temps que la préoccupai ion constante et dominante.

Xn NOTICE SUR LE CAPITAINE GILBERT.

Et d'abord, par le premier en date des ouvrages dont il s'agit — ces Essais de critique militaire dont nous rappelions le titre en commençant — le capitaine Gilbert a rendu aux militaires français un très important service : il les a adjurés avec tant de force et de chaleur de renoncer enfin à l'imitation aveugle et servile de l'étranger, cette mode qui sévissait chez nous depuis la guerre, qu'il a réussi k les en détourner et k imprimer aux études d'art et d'histoire militaires une direction nouvelle et autrement féconde. En nous remettant en mémoire ce vers de Victor Hugo, inscrit au frontispice même des Essais, et dont ils sont d'un bout à l'autre l'éloquent commentaire

Penser qu'on fut vainqueur, autrefois, est utile I

il nous conviait k laisser une bonne fois de côté l'éternel « exemple de l'Allemagne » pour mettre nous-mêmes en valeur notre propre fonds, dont nous semblions ignorer ou, du moins, oublier l'incomparable et inépuisable richesse. Il faut lire, dans Fa préface de cet ouvrage, qui a eu les honneurs assez rares, pour un livre militaire, d'une troisième édition, les véhémentes objurgations adressées par G. Gilbert k ses camarades, k ses compatriotes; elles sont caractéristiques des idées et de la manière de l'auteur : « L'art militaire, écrivait-il, a pris au début de ce siècle, dans la société moderne en éclosion, une forme qu'il conservera aussi longtemps que durera révolution politique et sociale k laquelle il a contribué. Fixée par un génie surhumain, cette forme n'a rien k gagner aux retouches maladroites de ses imitateurs. Les campagnes du premier Empire sont l'école où nos voisins ont appris la guerre : leurs enseignements, médités pendant un demi-siècle, ont préparé Sadowa et Sedan... Dans le temps que les Allemands remontent ainsi aux véritables sources, aux traditions napoléoniennes, quelle singulière aberration nous fait préférer la copie k l'original, les commentateurs au texte ! L'ennemi a recueilli notre patrimoine tombé en déshérence et tous nos soins vont, toutes nos ambitions se bornent k en recevoir de seconde main quelques bribes, mais combien

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