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INVESTISSEMENT DU CAMP DE CRONJE

L'obscurité, la faiK|ue des assiégés favorisent les assaillants, qui rampent, d'ailleurs, plutôt qu'ils ne marchent, progressent par bonds prudents, et utilisent habilement les moindres abris de terrain, le couvert des buissons. Ils franchissent ainsi, sans coup férir, les quelques centaines de mètres qui séparaient les deux partis et parviennent à 80 mètres des tranchées boers. Là, au premier coup de fusil, ils s'aplatissent sur le sol, ripostent de leur mieux et soutiennent, durant un quart d'heure, une fusillade bien nourrie. Ce temps suffit aux sapeurs pour creuser, à 60 mètres en arrière, sur la berge de la Modder relativement défilée, une tranchéeabri qu'ils prolongent jusqu'au milieu des buissons. Les Canadiens s'y retirent, en attendant le lever du jour, et y défient, désormais, tout retour offensif.

Ce mode d'attaque, emprunté à l'attaque des places et qui rappelle la sape volante, mérite d'être signalé. Peutêtre, dans ces batailles de l'avenir que décrit de Goltz, entretenues plusieurs jours et plusieurs nuits, procéderat-on à de lents investissements, avec tracés de parallèles et cheminements à couvert jusqu'à la position adverse. La guerre de Sécession offre des exemples de ce genre, et c'est une loi nitureîle qu'avec les progrès du matériel, la diminution de qualité des troupes, et l'absence de génie chez les chefs, les formes de la guerre de siège se substituent à celles de la guerre de mouvements, la recette à l'improvisation, la statique à la dynamique.

Sans regarder si loin, et dans le cadre rCvStreint des événements qui nous occupent, le coup de main des Canadiens était le coup de grâce pour les Boers. Désormais les Anglais avaient pied à i5o mètres de leurs abris. Le cercle d'investissement les broyait comme un étau.

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Demain peut-être, un nouveau cheminement amènerait le vainqueur au milieu de leur camp.

Et, après dix jours de sublime résistance, dix jours aussi de carnage et de vie animale, dans quel état était ce camp ! Charnier et senline, tout à la fois, il rebutait les plus tenaces. Aussi, au jour levant, bon nombre le quittaient et, s'élançant, sans armes, dans l'espace entre les lîynes anglaises et fédérées, levaient les mains ou agitaient des drapeaux blancs.

Cronje comprit que tout était fini. Le 27 février, à 7 heures du matin, montant sur son poney blanc, il se faisait conduire au pavillon de lord Roberts et se rendait sans conditions.

Avec lui, la capitulation livrait au vainqueur 4.080 hommes, 47 officiers et 6 pièces de canon. C'était à peu près tous les moyens dont les Boers avaient disposé depuis le début de février, car leurs pertes en hommes se réduisaient à peu de chose. Du 18 au 27 février, ils ne comptaient que 80 tués et 160 blessés, chiffre dérisoire qui mérite d'être mentionné à un double point de vue : il fait ressortir, d'une part, le peu d'efficacité de rartillerie moderne contre des troupes défilées; de l'autre, il démontre que l'infection et la famine, bien plus que les armes anglaises, ont eu raison des vaillants Républicains.

Dans la même période, par contre, ou, plus exactement, du 16 au 27 février, les Anglais avouent 1.598 hommes tués, blessés ou disparus, parmi lesquels io4 officiers. Près de 10.000 chevaux, mulets et bœufs étaient morts d'épuisement pendant leurs marches forcées. Enfin la proportion des hommes entrés k l'hôpital pour mala- <lie n'était guère inférieure à 16 p. 100 de l'effectif.

Lord Roberts avait donc payé son beau succès, mais

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