OPÉRATIONS DANS LE NATAL
il lie l'avait pas payé au delà de sa valeur et, sauf dans la journée du i8, cette dépense en hommes et en chevaux était largement justifiée.
La délivrance de Kimberley, la capitulation de Paardeberg rompent, en effet, le charme d'une longue série de revers subis par les Anglais; bien plus encore, elles déterminent, à leur profit, un brusque renversement de la situation. Elles ne marquent pas, seulement, un retour de fortune, mais elles ébranlent tout le système de guerre des Fédérés. Cette courte campagne de la Modder aura ses répercussions dans toute l'Afrique du Sud et nous allons les suivre dans le Natal, où la même quinzaine de février conduira Buller àLadysmith.
OPÉRATIONS DANS LE NATAL. — CINaUlÈME ATTAQUE DE SIR R. BULLER ET DÉLIVRANCE DE LADYSMITH (16-28 février).
Concentration à Chieveley et nouveau plan d'attaque de sir R. Buller. Ses préparatifs {ii-i 4 février). — Nous avons quitté sir R. Buller, le 1 1 février, au moment où il réoccupait le camp de Chieveley (lo kilomètres au sud de Colenso) avec sa petite armée, battue à trois reprises sur la Tugela supérieure. II y retrouvait la bricjade Barton, maintenue à la garde de ce camp, de sorte que l'ensemble de ses forces comptait 6 brigades d'infanterie, 2 brigades montées, lo batteries de campagne, I batterie de montagne, i batterie d'obusiers, i4 pièces de marine et, avec les services auxiliaires, 33.ooo rationiiaires, donnant environ So.ooo combattants (').
(i) KappeloQS que, outre la 6^ brigade (Barton), laissée pendant le mois
43o LA GUERRE SL'D-AFRICAIXE.
Le repos de sir R. Buller à Chieveley ne fut pas de longue durée. Dès le 1 1, en effet, il était avisé que lord Roberts entrait en campagne et invité à faire diversion dans le Natal, en reprenant l'offensive.
L'expérience malheureuse du i5 décembre avait laissé au général anglais l'impression que son attaque aurait eu un meilleur succès, si elle avait été dirigée contre Hlangwane Hill. C'était à l'est de la voie ferrée et non à l'ouest, contre la gauche et non contre la droite des Boers qu'il aurait dû, dans la journée de Colenso, porter son principal effort. Pénétré de cette conviction, il orienta, dès lors, ses vues et ses investigations de ce côté.
Dans la journée du 12, sous la protection de la brigade irrégulière de lord Dundonald, il se rendit à Hussar Hill ('), colline qui s'élève dans la plaine de Chieveley, à 9 kilomètres au nord-est de cette station et à 5 kilomètres au sud-est de Hlangwane Hill, excellent obsenaloire d'où il pouvait sui^Te toute la chaîne des hauteurs, Red Hill, Grobler's Kloof, Hlangwane Hill, Green Hill, Monte Christo, qui barraient l'horizon au nord et pouvaient senir de point d'appui à l'ennemi.
Nous avons déjà dit que la Tugela, après avoir coulé
de janvier à Chieveley, avec a batteries moatôcs et 6 pièces de marine, le corps de la haute Tufjela comprenait :
La 2» division (Clery): a» brig.ide (Hildyard) et 5« brigade (Hart) ;
La 5« division (Warren): 4® brigade (Lyttelton) et ii« brigade (Wynne);
La brigade de corps d'armée : io« brigade (Coke) ;
La i"! brigade montée : 3 régiments de cavalerie régulière et i batterie à cheval (colonel 13um-Murdoch) ;
La a® brigade montée : i4 corps coloniaux (lord Dundonald);
7 batteries montées et i batterie de montagne à six pièces ;
I batterie d'obusiers à quatre pièces ;
a canons de marine de 4p°>7 et 6 canons de marine de la livres.
(i) Colline ainsi nommée parce qu'un petit poste du i3« hussards y avait été surpris, six semaines auparavant, par un parti boer.
CONCENTRATION A CHIEVELEY. 43 1
de roiiest à Test, au pied du Red Ilill et du Grobler's Kloof, tourne brusquement, à 2 kilomètres et demi en aval de Colenso, et se fraie un passage, droit au nord, à travers cette chaîne, entre le Grobler's Kloof et le Hlangwane Hill. Elle court dans cette direction, l'espace de six kilomètres, se rapprochant ainsi à moins de quatre lieues de Ladysmith, à hauteur de Pieter's Station; puis elle effectue un nouveau coude et reprend sa direction générale à l'est.
C'était évidemment dans ce couloir naturel, dont les Boers n'occupaient qu'une porte, Hlangwane Hill, et encore très faiblement, dans la journée du i5, qu'il eût fallu s'engager ce jour-là. On arrivait, en face de Pieter, au plus près de Ladysmith, et l'on avait gagné deux lieues vers cette place, avant d'affronter le passage de la Tugela.
Depuis la bataille de Colenso, les Boers, il est vrai, s'élaient sensiblement étendus vers l'est. Leurs tranchées s'étaient approfondies et multipliées sur les flancs boisés du chaînon, dénommé Hlangwane Hill. De là, elles gagnaient Green Hill, montagne rocheuse, à escarpes dénudées, qui se dresse un peu en arrière et à 5 kilomètres à Test de Hlangw^ane. Plus à l'est encore, la longue croupe du Monte Christo était mise en état de défense.. Quelques postes, enfin, occupaient le Monte Cingolo, sorte d'avancée naturelle que le Monte Christo projette vers le sud, en s'y reliant par un large col. Leurs lignes, en somme, s'allongaient à Test du Hlangwane Hill, sur un front de deux lieues et demie, et bordaient toute la rive nord du Gomba Spruit, qui descend du Hlangwane vers le sud-est.
Avant de longer la Tugela pour passer en face de Pieter, il fallait donc, désormais, enlever tout ce demi-cercle de hauteurs, dont Hlangwane Hill marque le point d'appui
OU bastion occidental, le Cincjolo le point d'appui oriental, et dont Green Hill, prolongé à l'est par le Monte Christo, constitue la courtine.
C'était une bataille à livrer ; mais sir R. BuUer préférait encore combattre en deçà, qu'au delà de la rivière. 11 avait, en moini^, cet obstacle à franchir et il espérait qu'après avoir fait tomber la défense des collines, il ne rencontrerait plus de résistance sur le cours d'eau. Peutêtre le franchirait-il d'un élan, aux trousses de l'ennemi en déroute.
Le centre d'action était, par suite, reporté à l'est de la voie ferrée, dans la vaste plaine délimitée, au nord par l'arc montagneux que nous avons décrit, au sud par la Blaauwkranz River. Du sommet d'Hussar Hill, le général anglais pouvait, d'un coup d'œil circulaire, embrasser tout le terrain. Il avait derrière lui, à 2 kilomètres environ de distance, la vallée de la Blaauwkranz qui, venant du sud-ouest et décrivant un coude à hauteur d'Hussar Hill, filait ensuite franchement à l'est. Devant lui et à 3 kilomètres, le Gomba Spruit, partant de Hlangwane, traversait diagonalement la plaine, pour scjeter dans la Blaauwkranz, à 6 kilomètres en aval de Hussar. Dans cette plaine aride et pelée, les deux vallées se découpaient nettement, grâce aux taillis épais de mimosas qui garnissaient leurs lianes. Çà et là de nombreux dongaSj orientés dans tous les sens, creusaient aussi le sol et présentaient, suivant leur direction, tantôt un couvert favorable, tantôt un obstacle à la marche. Par-dessus les cimes des arbres du Gomba Spruit, on apercevait, à une lieue et demie vers le nord, la barrière demi-circulaire des montagnes, avec, au premier plan, les pentes broussailleuses du Cingolo.
De cette inspection des lieux, sir R. Buller, après avoir
Cinquième ejjnrt de sir B. Buller.
déterminé que renlèvement du croissant de hauteurs était son premier objectif, conclut avec raisoA qu'il avait avantage à aborder ce croissant par sa corne orientale, le Cingolo : Hussar Hill tenait le Cingolo sous son feu. Les vallées de la Blaauwkranz et du Gomba Spniit en facilitaient les approches et, une fois maître de cette croupe, il comptait pitonner et gagner, de crête en crête, le Monte Christo, Green Hill, Hlangwane Hill. Enfin, après avoir fait tomber cette ligne, il se leurrait de n'en plus rencontrer d'autre, de franchir la Tugela et d'atteindre Ladysmith sans obstacle.
Ses dispositions ainsi arrêtées, il rentra au camp de Chieveley et employa la journée du i3 à faire ses derniers préparatifs, à donner ses instructions et à apporter quelques modifications indispensables dans l'ordre de bataille.
La brigade Hart, très éprouvée dans les affaires de janvier, dut relever la brigade Barton àla garde du camp, où demeurait provisoirement le convoi. La brigade Barton se substituait à la 5* brigade dans le corps de manœuvre. Le général Clery, qui commandait la 2* division, étant tombé malade, fut remplacé par le général Lyttelton, et celui-ci par le colonel Norcott, à la tête de la 4* brigade (')•
fi) Hart demeurant à Chieveley avec a batteries et quelques pièces de marine, l'ordre de bataille était le suivant :
a*" division (général Lvttelton) : a* brigade (Hildvard); 4* brigade (^'orcott) ;
3® division fsans conunandant) : 5* brigade (Hart); 0* brigade (Barton) ;
f)» division (général Warren): io« brigade (Coke); ii« brigade (Wynne);
i"^ brigade montée : 3 régiments de cavalerie régulière et i batterie à cheval (colonel Bum-Murdoch) ;
3« brigade montée : 5 escadrons d'infanterie montée coloniale et 4 compagnies d'infanterie montée (lord Dundonald) ;
7 batteries montées et i batterie de montagne à six pièces ; i batterie trobusiers à quatre pièces ;
a canons de marine de la centimètres et 6 pièces de 7*«"^6;
3 compagnies de pionniers. — Détachement de pontonniers, -de télégraphistes et services administratifs.