OCCUPATION DE HUSSAR HILL
Occupation de Hussar HilL — Bombardement, at^ taque et enlèvement du Cingolo et des hauteurs de la rive sud (^j4''2j /éurier), — Le i4 février au matin toutes les troupes, à l'exception de la 5* brigade et de 2 batteries montées, quittent Chieveley.
La brigade de cavalerie régulière, renforcée d'une batterie à cheval et des 2 bataillons de la brigade Coke, composait une sorte de corps volant, chargé de surveiller le pays à l'ouest de la voie ferrée. Ce corps, placé sous les ordres du colonel Burn-Murdoch, va s'établir au pont de Springfield (20 kilomètres à l'ouest de Chieveley)»
Le gros de l'armée, éclairé par la cavalerie irrégulière de lord Dundonald, se met en marche dans la direction opposée, vers Hussar Hill. A 9 heures du matin, après une petite escarmouche, Dundonald, que soutiennent un bataillon d'infanterie et une batterie, disperse un détachement boer qui avait cherché à le prévenir à Hussar HilI. Laissant au bataillon et à l'artillerie le soin de tenir la colline, il pousse, le même jour, jusqu'à la rive sud du Gomba Spruit, où il déploie son réseau de couverture. Derrière lui, les 2' et 5* divisions s'établissent à Hussar Hill et s'y retranchent solidement.
De Springfield, par Chieveley, à Hussar Hill et au Gomba Spruit, les forces anglaises étaient donc réparties en trois groupes, sur un front de 35 kilomètres à vol d'oiseau. Les deux tiers, il est vrai, formaient masse en face du point d'attaque ; mais on j,eut se demander s'il était bien nécessaire d'immobiliser deux brigades et la cavalerie régulière, à si grande distance du champ d'action. On les laisse passives, sans les employer à aucune démonstration. Il semble qu'il y ait excès de protection sur le flanc gauche. En présence d'un adversaire aussi peu offen-
sif que les Boers, ce luxe de couverture mérite d'être qualifié de gaspillage. Deux bataillons avec quelques escadrons et quelques pièces, postés àChieveley, eussent largement suffi à garder le camp et, du même coup, le flanc gauche à bonne distance stratégique.
iT) février, — Le plan de sir R. Buller comportait l'armement préalable de Hussar Hill, dont il voulait faire, tout à la fois, son pivot tactique et une grande batterie pour le tir de préparation contre les positions boers. Dès le matin du i5, on procède à cet armement et l'on hisse sur la colline une formidable artillerie : 4 canons de siège de i5 centimètres; 2 pièces de marine de 12 centimètres et 6 de 7''°*,6; une batterie de 4 obusiers; 7 batteries de campagne et une batterie de montagne, à 6 pièces ; soit un total de 64 bouches à feu.
Cette masse ouvre le feu, le jour même (i5 février), contre les hauteurs adverses et notamment contre Green Hill d'où l'ennemi riposte avec une grosse pièce et deux de moindre calibre. Duel bien inégal en apparence, mais que les Anglais conduisent mollement et que les Boers, bien abrités, peuvent soutenir sans trop de désavantage. 16 février. — Pendant que le bombardement se poursuit à coups très espacés, la brigade Hildyard franchit le Gomba Spruit et pousse une reconnaissance oflensive sur les pentes méridionales du Cingolo. On peut apprécier ainsi que l'ennemi occupe encore, avec des forces respectables, toute cette région montagneuse, et sir R. Buller établit son plan d'engagement pour le lendemain, en décidant d'affecter 3 brigades d'infanterie à cette opération. ij février. — En exécution de ses ordres, les troupes s'ébranlent, le 17 de grand matin, sous la protection d'un feu d'artillerie très modéré. La 2" division (brigades Ililc-
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yard et Norcott), précédée de la brigade montée Dundoiiald et suivie de la brigade Barlon, marche d'abord vers l'est. Arrivée à hauteur du Cingolo, elle effectue un changement de direction à gauche; tandis que Dundonald, passant à gué la Blaauwkranz, se porte encore plus à l'est, pour escalader la montagne en tournant Taile gauche des Boers.
Après la conversion, la tête de colonne de Tinfanterie, brigade Hildyard, devenue aile droite, prend, comme point de direction, le col entre les monts Cingolo et Monte Christo. Elle est chargée de l'attaque principale, et appuyée par la brigade Norcott qui marche en échelon derrière sa gauche. A l'aile gauche de la ligne, la brigade Barton doit dessiner une simple démonstration contre Cireen Hill ; elle s'immobilise bientôt dans la plaine, donnant la main à la brigade Wynne, qui est restée, en réserve générale, au pied de Hussar Hill. Toutes les forces anglaises dessinent ainsi, de Hussar Hill au contrefort sud7 est du Cingolo, sur un front de 8 kilomètres, une succession d'échelons de brigades, qui se portent, la droite en avant, à l'attaque du Cingolo. C'est l'ordre obhque qu'affectionne sir R. Buller, mais mieux conçu et moins compliqué qu'à Vaalkrantz.
Dans ce dispositif, d'ailleurs, les trois éléments de la droite, la brigade montée et les brigades Hildyard et Norcott, sont seuls à marcher effectivement. Ils étaient plus que suffisants, au point de vue numérique, car les principaux obstacles qu'ils allaient avoir à vaincre résultaient de la difficulté du terrain.
La brigade Dundonald a la tâche la plus pénible à remplir. Dans sa randonnée pour contourner le Cingolo par l'est, elle parcourt i4 kilomètres sur une seule file, à Ira-
vers un pays coupé, rempli de rochers et de fourrés épais. A un moment donné, force est à tous les cavaliers de mettre pied à terre et d'avancer en conduisant leurs chevaux en main. Lorsqu'il s'agit de gravir le Cingolo, c'est encore pis ; la broussaille est si épaisse qu'il faut s'y frayer un chemin à la hache.
L'ascension du Cingolo, sur des pentes couvertes de buissons et de cailloux roulés, impose aussi d'énormes fatigues à l'infanterie. La brigade Hildyard chemine lentement, poussant droit devant elle, sans autre souci que de surmonter les difficultés de la route. Vers midi, cependant, cette brigade, et, peu après elle, la brigade Norcotl, atteignent le large col qui relie le Cingolo au Monte Christo. Elles y étaient déjà précédées par l'infanterie montée. Sur tous les points, les Boers n'avaient fait qu'un simulacre de résistance, opposant aux progrès des Anglais de petits détachements qui battaient en retraite après quelques coups de fusil. Ils étaient peu nombreux, deux ou trois cents à peine ; le mouvement de lord Dundonald les avait déconcertés et le fourré, qui gênait la marche de l'assaillant, ne gênait pas moins le tir des défenseurs.
Le reste de la journée s'écoula en tirailleries à longue portée et à peu près inofiensivcs. Le soir venu, les troupes anglaises établirent des avant-postes autour du col ; elles bivouaquèrent sur le Cingolo sans être inquiétées pendant la nuit.
i8 Jévrier. — Le i8, on reprend la marche en avant. Il s'agissait, cette fois, d'enlever la pièce de résistance, le massif du Monte Christo; et l'on pouvait prévoir qu'on y aurait plus de peine qu'au Cingolo, d'abord parce que l'occupation des Boers était plus sérieuse, ensuite parce que les pentes, très inclinées, étaient complètement nues
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et Tallitude plus considérable. La brigade Norcolt passait donc en première ligne, aux côtés de la brigade Hildyard, au lieu de suivre son sillage comme la veille, et Ton faisait donner, sur les hauteurs, toute la division Lyttelton, flanquée par la brigade Dundonald. Norcott abordait le Monte Christo par son flanc méridional; Hildyard par Test; Dundonald formait, à droite, Taile extérieure, et dessinait un nouveau mouvement tournant.
A 7 heures du matin, Tartillerie des deux partis ouvre le feu et l'infanterie anglaise, dépassant le col, commence à gravir les deux versants du Monte Christo. Beaucoup plus nombreux qu'au Cingolo, les Boers n'avaient cependant pas pris leurs dispositions ordinaires pour une résistance opiniâtre. Ils n'étaient pas retranchés. Leurs bandes de tirailleurs, déployées à mi-pente, accueillent les Anglais par une fusillade nourrie, puis se replient en défendant le terrain pied à pied. Sur plusieurs points ils luttent avec énergie ; mais menacés de front par des forces écrasantes, pris à revers par les feux à longue portée que leur envoie la brigade Dundonald, ils finissent toujours par céder.
A droite, les progrès de la brigade Hildyard étaient ainsi facilités, dans une large mesure, par le mouvement débordant de Dundonald ; mais à gauche, la brigade Norcott, gênée par le tir de Green Hill qui l'atteignait dans son flanc, allait beaucoup moins vite en besogne. Toute l'artillerie de Hussar Hill concentrait, par suite, ses eflbrts contre Green Hill.
Peu après midi enfin, après six heures d'ascension et ie lutte, la brigade Hildyard atteint le sommet du Monte Christo. En y débouchant, elle est accueillie par le feu rapide de quelques pièces bien postées et qui balayaient
/i4o LA GUERRE SUD-AFRICAIXE.
le plateau. Mais les Républicains n'avaient là que deux ou trois pièces, qui ne pouvaient suffire à arrêter l'élan des Anglais; tournés sur leur flanc gauche par Dundonald et menacés de se voir coupés de la Tugela, ils devaient bientôt, d'ailleurs, amener les avant-trains et se replier en toute hâte.
A une heure de l'après-dîner, Hildyard était maître du Monte Christo, et à sa gauche Norcott, se prolongeant sur les pentes sud, parvenait au sommet de Green Hill; mais déjà les Boers étaient en pleine retraite. Ils évacuaient, du même coup, Hlangwane Hill et leur laager y tombait aux mains du vainqueur. Les deux brigades anglaises couchèrent sur les positions conquises.
j g février. — Dans la matinée, BuUer établit le gros de ses forces à Green Hill, fait occuper Hlangwane Hill par la brigade Barlon et donne, à la grosse artillerie, l'ordre de s'avancer de Hussar Hill à Green Hill.
On a encore, dans la journée, un faible combat à soutenir contre un parti boer qui avait refranchi la Tugela et s'était posté sur une petite colline boisée. Mais tout se passe en tirailleries à grandes distances, et dans lasoh*ée, après cette vaine démonstration ou velléité de retour offensif, l'ennemi évacue définitivement la rive sud de la rivière. Le soir même, deux compagnies d'infanterie montée poussent jusqu'à Colenso.
Toutes les hauteurs de la rive droite étaient définitivement aux mains des Anglais et ce succès avait été acheté par de faibles pertes (9 officiers et 169 hommes). Il n'est que juste de reconnaître que l'opération avait été bien conduite. On s'était avancé, cette fois, en formations convenables, minces et étendues, soutenues par de fortes réservées. On avait tiré bon parti du terrain, dont les cou-