ENLÈVEMENT DES HAUTEURS DE LA RIVE SUD
pures et les couverts ralentissaienl la marche mais facilitaient les approches. Les hommes, comme les grosses unités, commençaient à avoir le sens du combat en ordre dispersé. Enfin le mouvement tournant de lord Dundonald s'était effectué d'une manière irréprochable; celte menace contre le flanc et la ligne de retraite des Boers devait ici, comme dans l'ouest, avoir une action décisive sur ces tenaces Républicains. C'était Vultima raiio^ la véritable recette pour les contraindre à décamper.
Mais il faut observer aussi que les Boers n'avaient pas opposé leur résistance ordinaire. Ils s'étaient montrés en petit nombre, par détachements sans consistance ; ils reculaient de poste en poste et ne se cramponnaient pas au sol en y creusant des tranchées. Ils s'étaient comportés, en un mot, plutôt comme des avant-postes que comme une ligne de combat.
Leur conduite admet diverses explications.
La délivrance de Kimberlcy, la retraite précipitée et la situation critique de Cronjc étaient connues des chefs, qui devaient modifier leurs plans en conséquence et songeaient déjà à évacuer une partie du Natal pour porter le gros de leurs forces dans l'Orange. L'abandon du siège de Ladysmith ne fut formellement décidé que le 22 février, et le 23, seulement, on commença à descendre les pièces de siège de leurs affûts; mais, avant même que ces mesures significatives eussent entraîné la véritable panique qui se produisit le 24, avant que les mauvaises nouvelles eussent un caractère officiel, elles avaient plus ou moins transpiré ; de sourdes rumeurs, de vagues inquiétudes circulaient dans les rangs et maint Burgher se prenait déjà à tourner les yeux en arrière. Le moral de la troupe était affecté et, par surcroît, un changement venait de se
produire dans le haut commandement que Joubert, atteint d'une maladie mortelle, était contraint de passer à Louis Botha.
C'était là de sérieux motifs pour que la résistance fût aflaiblie; mais, s'ils pesèrent efiectivement et d'un poids considérable sur les journées qui suivirent, il ne nous est pas démontré qu'ils aient déterminé l'attitude des Boers dans les journées du 17 au 19 février. Cette attitude peut parfaitement être présentée comme le mode rationnel de défense d'une avant-ligne et, si l'on tient à faire la part du moral, nous dirons que les inquiétudes imprécises des soldats abrégèrent la lutte sur les avancées.
Ici, en effet, comme dans la plupart des cas, le système défensif des Boers comportait deux lignes. Les hauteurs de la rive droite, Hlangvvanc Hill, Green Hill, Monte Christo, constituaient la première ligne, le rideau destiné à provoquer le déploiement prématuré de l'adversaire. Orientées du sud-ouest au nord-est, ces hauteurs amenaient à aborder la Tugela entre Colenso et Pieter's Station, en s'attaquant de front aux positions principales de la rive gauche.
Or, ces positions étaient formidables. Appuyées à gauche au bastion de Pieter's Station, à droite au bastion du Grobler's Kloof, avec les kopjes de fort Wylie comme poste avancé au-dessus de Colenso; ayant comme fossé la rivière qu'elles dominaient à une demi-lieue de distance, elles formaient un ensemble bien difficile à faire tomber par une attaque directe. Pour s'en rendre maître, il fallait les tourner, et le véritable point d*attaque était l'extrémité nord, en franchissant la rivière un peu en aval de Pieter's Station.
Le général Buller finira par découvrir ce défaut de la