ENLÈVEMENT DES HAUTEURS DE LA RIVE SUD
cuirasse, mais quand la cuirasse se détachera d'ellemême. Enlraîné tout d'abord dans une fausse direction par Tenlèvement de Tavantr-Iigne, il va s'épuiser en vains efforts à l'autre extrémité du front, en essayant de déboucher de Colenso au pied du Grobler's Kloof.
Au sortir de Colenso, entre les hauteurs et la rive gauche, la vallée, dans son bief sud-nord, offre un étroit couloir, barré à son extrémité par les lits de l'Onderbrook et de la Longvewacht, enfilé dans toute sa longueur par le flanc sud du Pieter's Hill. C'est dans ce coupegorge, en défilant devant la courtine de la position principale, que les brigades anglaises s'entasseront pour tenter inutilement, du 21 au 26 février, soit de forcer le passage au nord, soit de se rabattre à l'ouest contre le front adverse. On donnera à ces actions décousues et sans objet le nom de bataille de Pieter's.
20 février. — Le 20, la brigade Hart part de Chieveley, où elle est relevée parle détachement de Springfield; elle vient occuper le village de Colenso ; une portion de l'infanterie montée franchit la rivière et reconnaît les hauteurs de l'autre côté. Le reste des troupes de BuUer demeurant dans le voisinage de Hlangwane et du Monte Christo, toute l'armée se trouve réunie autour de la boucle de la Tugela.
On remarque quelques détachements boers qui creusent des tranchées sur les kopjes, immédiatement au nord de Colenso; mais ils n'ont pas de soutien, on ne distmgue pas de gros laagers comme on en avait vu avant Spion Kop ou Vaal Kraiitz et l'opinion commence à se former, dans l'esprit de Buller, qu'il n'a plus devant lui qu'une arrièr^garde. 11 donne en conséquence ses ordres pour qu'on travaille, dans la nuit même, à établir un pont de
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Iiateaux à Touest de Hianr|wane, à i .5oo mètres en aval du coude que la rivière dessine pour couler du sud au nord.
Bataille de Pisteras {2 1^2^ février), — Le 21, les petits partis hoers, observés précédemment sur les kopjes, semblent s'être évanouis ; on devine, par contre, que le Grobler's Kloof et les hauteurs qui s'étendent, de là. jusqu'à Pieters Station sont occupés par Tennemi. Sir Redwers Butler en infère d'autant plus fortement que les Boers, sous la pression des événements de l'ouest, lèvent le sièc|e de Ladysmith et commencent leur retraite de position en position.
Cette hypothèse, d'ailleurs, était en partie exacte. La marche victorieuse de lord Roberts dans TEtat libre produisait déjà son eOet ; bon nombre de commandos oranfflstes, avec Tindépendance qui caractérisait ces troupes, n'attendaient pas d'ordres et prenaient sur eux de tirer de ce côté. Le désarroi se mettait chez les Fédérés et devait atteindre son apojée le suriendemain; aussi il est très difTicile de démêler quelque suite dans leurs mouvements. Il est probable qu'il y eut des allées et venues dans les deux sens; certains corps déjà en retraite, pris de remords ou ramenés par des chefs énergiques, revinrent sur la ligne. Toujours est-il que la position principale, Grobler's Kloof-Pieter's Hill, était encore garnie par des forces respectables et résolues à tenir bon.
Sir R. Buller devait bientôt en faire l'épreuve.
Ses grosses pièces, récemment installées à Green et Hlanijwane Hill, pouvaient battre de front, à 3 ou 4 l^omètres de distance, les hauteurs adverses de la rive gauche. Décidé à pousser Tennemi l'épée dans les reins, il e npitiie la matinée du 21 à canonner violemment ces
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liauteurs. Pendant ce temps, l'infanterie montée occupe, sans coup férir, les petites collines au nord de Colenso et assure ainsi une sorte de tête de pont naturelle sur la rive opposée; le pont de bateaux est achevé et à midi, jugeant la préparation suflisante, le général donne Tordre de passage au gros de l'infanterie.
C'est la b^ division d'infanterie (Warren) dont les brigades, Wynne (i i*) et Coke (lo*), ont été tenues jusqu'ici en seconde ligne, qui va, cette fois, prendre la tête. On lui donne comme soutien la brigade llart (5* brigade). Toutes ces troupes, au fur et à mesure qu'elles franchissent la rivière, vont se masser derrière le kopje du fort Wylic, et le général Warren, avant de pousser plus loin, détache en reconnai.ssance offensive, vers le Grobler's Kloof, un bataillon de la lo* brigade (Coke). La mesure était sage, car ce bataillon atteignait à peine la région mamelonnée au pied du massif, qu'il tombait sous un feu écrasant, supportait en un clin d'œil des pertes énormes (i5o hommes environ) et devait se replier précipitamment sur le gros.
Pendant cette échauffoiu'ée, une partie de la 2* division (Lyttelton) avait suivi la division Warren et était venue, comme elle, se rassembler derrière le fort Wylie, de sorte que, dans ce petit espace de 1.600 mètres, entre le kopje et la boucle de la Tugela, presque deux divisions se trouvaient entassées. Devant elles un étroit débouché, butant au nord et à l'ouest à une véritable barrière rocheuse ; derrière elles la rivière; un seul pont comme ligne de retraite et en face, comme objectif, le demi-cercle de hauteurs qui ferme la boucle en s'appuyant à sa branche droite à Pieter's et à sa branche gauche par les dernières pentes du Grobler's Kloof. On ne pouvait -imaginer de cul-de-sac mieux caractérisé que cette position où toute
l'armée anglaise était, pour ainsi dire, emboursée. De nouveau, comme à Spion Kop, comme à Vaal Krantz, sir R. BuIIcr, malgré son énorme supériorité numérique, s'était placé de façon à donner aux Boers le bénéfice des positions enveloppantes.
Suivant ses troupes dans leur concentration, il établit son quartier général au pont de bateaux.
22 février, — Le 22 au matin, nouveau bombardement des hauteurs occupées par les Fédérés. Ceux-ci y répondent en démasquant de grosses pièces au Grobler's Kloof et à Pieter's Station; ils accusent ainsi toute l'étendue de leur front.
Dans l'après-dîner, tout en entretenant ce duel d'artillerie, sir R. Buller lance la 1 1 * brigade (Wynne) à l'attaque, dans la direction de Pieter's Hill. Cette brigade, descendant le bief sud-nord de la Tugela, doit s'engager dans le couloir de 2.5oo mètres de large que forment les hauteurs et la rivière. Elle défile, à proprement parler, devant les pentes du Grobler's Kloof, qui menacent son flanc gauche. Aussi les lo* et 2* brigades, tenues en échelons en arrière et débordant sa gauche, sont-elles chargées de la couvrir sur ce flanc; la 2' brigade, qui constitue le dernier échelon, prend position sur les pentes nord du fort Wylie et dirige des feux à grande distance contre l'adversaire qu'elle essaie de prendre d'enfilade.
Battue de flanc par un feu toujours plus vif à mesure qu'elle approche de Pieter's Hill, la 11* brigade échoue dans son attaque. Son chef, le général Wynne, est blessé et passe au colonel Kilchener, frère du chef d'état-major général, le commandement des troupes, avec la tâche difficile de les ramener, sans trop de désordi'e, sous le fort Wviie.
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Au cours de celle journée, le resle de Tarmée Iraverse la Tugela el, comme nous l'avons dit plus haul, toutes les forces de sir R. BuUer se trouvent ainsi enfermées entre le kopje et le coude de la rivière, avec, en demicercle autour d'elles, la ligne des hauteurs garnies par les Boers.
23 février, — Pour avoir quelques chances d'enlever ces hauteurs, il eût fallu tenter une attaque générale et non pas peser par elTorts isolés, tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Le dernier objectif à choisir, à coup sûr, était le bastion de Pieter's Hill.
Malgré le mauvais succès de la veille, on reprend le même essai dans la journée du 23; mais, cette fois, c'est la 2* brigade qui doit donner le coup de collier contre Pieter's Hill.
Celte brigade a le sort de sa devancière, et pour les mêmes causes : tous ses assauts avortent sous le feu de flanc du Grobler's Kloof. La 5* brigade (Irlandaise) lui est adjointe alors, et les deux brigades accolées essaient de gagner du terrain vers le nord, à cheval sur la voie ferrée, les Irlandais tenant la droite entre le chemin de fer et la rivière. La batterie d'obusiers et quelques batteries de campagne, postées sur les kopjes au nord de Colenso, doivent soutenir celle nouvelle attaque.
Repoussés à plusieurs reprises, les braves Irish, qui mènent le combat, tentent encore, à la nuit tombante, un effort désespéré. Toute leur vaillance est enrayée par le feu écrasant des Boers et deux de leurs compagnies, aventurées trop loin, sont presque anéanties.
Sur 1.200 hommes engagés ce jour-là en première ligne, les Anglais avaient perdu 2 colonels, 3 majors, 2o oflîciers subalternes et près de 6oo soldats. Et cette
s;inglante ht^catombe n'aboutissait qu'à «jagner quelques pouces de terrain, qu'on» conservait à grand'peîne, en creusant, à la hâte, des retranchements rapides.
2^ féorier. — Pendant toute la nuit du 23 au 24 et pendant toute la journée du 24, Anglais et Boers, respectivement abrités dans leurs tranchées, à 3oo mètres les uns des autres, échangèrent continuellement des coups de fusil. La zone séparant les deux adversaires était couverte de blessés, en butte aux projectiles amis et ennemis.
Bien qu'on demeurât, des deux côtés, sur la stricte défensive, les Anglais subirent encore, dans la journée du 24, des pertes assez sensibles, que leur infligea l'artillerie des Boers. Les canons automatiques de ces derniers, les pompoms, comme les appelaient les soldats, enfilaient une partie des tranchées de la 5* brigade, et y faisaient de nombreuses victimes, entre autres le colonel Thorold, du Roval Welsh Fusiliers.
Sir Redwers Buller commençait à se rendre compte qu'il s'élait founoyé dans une impasse. Avec une énergie qui ne lui fil jamais défaut et une décision digne d'éloges, il renversa son plan de fond en comble. Discernant, enfin, que le véritable point d'attaque était à l'autre extrémité du front ennemi et qu'il ne ferait tomber ce front qu'en tournant, par le nord, le bastion de Pieler's Ilill. il ri'^solul de ramener le gros de ses troupes sur le plateau de HIangwane, puis de tenter un suprême elTort conire Textréme gauche des Fédérés.
A cet ellel, il fil reconnaître un point de passage aux environs de Pieter's Hill el le choisit à i.5oo mètres en aval de Temboiichure de la Longvewacht , au delà du coude que décrit la Tugela, en reprenant sa direction vers Test.
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Ce point de passage, situé à 4 kilomètres environ au nord du pont de bateaux jeté le 2t, était encore trop près, à notre sens. Nous l'eussions préféré à une demilieue plus en aval, un peu à l'est de la verticale de Pietcr's Station, de façon à déborder complètement la ligne adverse et à franchir la rivière dans une région où les collines de la rive gauche étaient commandées par Green Hill. L'emplacement adopté conduisait à une attaque directe du bastion de Pieter's, c'est-à-dire à peser sur la gauche ennemie, qu'il eût élé plus prudent de tourner. En fait, on devait réussir, mais plutôt parce que l'adversaire abandonna la partie que pour l'avoir bien conduite dans ses dernières phases.
Préparant, dès le 24, l'exécution de son nouveau plan, sir R. Buller employa l'après-midi et la nuit à déplacer sa grosse artillerie. Une batterie de marine alla s'établir sur les pentes ouest du Monte Christo; une autre batterie de gros calibre prit position sur les contreforts de Hlangwane. Quant aux canons de marine de 4^>7 et à la batterie de siège de 5 pouces, ils furent installés au centre du plateau de Hlangwane. On avait ainsi, en face de Pieter's Station, à 3 ou 4 kilomètres des collines de la rive gauche, un formidable déploiement d'artillerie, qui aurait facilité singulièrement le passage au point que nous eussions choisi, un peu à l'est de Pieter's Station, et qui maîtrisait, d'ailleurs, les bords de l'anse où l'on allait transporter le pont de bateaux.
25 février. — Au point du jour, sir R. Buller fit demander un armistice au commandant boer, pour enlever ..s morts et les blessés. Ce dernier, sans vouloir conclure d'armistice formel, répondit qu'il ne s'opposerait point à cette lugubre besogne, à la condition que les Anglais s'abs-
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tinssent de tirer contre les positions boers, durant la journée.
En réalité la trêve, implicitement conclue, fut observée de midi à 9 heures du soir, par les deux partis. Chacun avait ses préoccupations, ses pensées de derrière la tête, à la réalisation desquelles il voulait consacrer cette accalmie.
Chez les Boers, en dépit de leurs récents succès, c'était chose décidée d'abandonner le siège de Ladysmith. Les progrès de lord Roberts sur le théâtre d'opérations de Touest exigeaient qu'on reportât de ce côté l'enjeu des forces principales. Les chefs des Républicains s'en étaient eux-mêmes convaincus et avaient accordé leur adhésion officielle au mouvement qui s'était spontanément produit chez les Orangistes. Ils organisaient la retraite, en y rétablissant une sorte de discipline. Depuis le 23(*), ils avaient commencé à faire filer leurs pesants convois vers le nord et à désarmer leurs grosses batteries de siège. Ils employèrent Tarmistice à retirer les pièces lourdes du front Grobler's Kloof-Pieter's Hill; mais en même temps, pour dissimuler leurs projets et prolonger la résistance de leur arrière-ijarde, ils faisaient activement renforcer les retranchements de l'infanterie sur ce front.
Sir R. Buller, de son côté, profita de ce répit pour replier son convoi sur la rive droite de la Tugela. Ce mouvement de recul découragea un instant les soldats anglais, qui ne reprirent confiance qu'en apprenant que c'était une simple opération tactique, nécessitée par un changement du plan d'attaque. Rendons encore une fois hommage à l'indomptable ténacité de ces troupes qui, cinq fois repoussées, altendaient avec impatience l'occasion de rcve-
(i) Rappelons que la capitulation de Cronje est du 27 février.
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ilir à la charge. Chez elles, Ténergie morale corrigeait les pratiques défectueuses, comme elle tenait lieu de génie à leur chef.
A 9 heures du soir, les Boers, s'apercevant du mouvement rétrograde du convoi, esquissèrent une contre-attaque contre les positions anglaises de fort Wylie. Ils voulaient, tout à la fois, masquer la retraite propre de leur gros et vérifier si l'infanterie anglaise se repliait avec ses voitures. Ayant reconnu, par la résistance opposée, que les brigades anglaises étaient toujours à leurs postes, ils cessèrent, au bout d'une demi-heure, le feu à répétition, très nourri, qu'ils avaient ouvert à grandes distances.
A la faveur de celte démonstration, les principales forces des Fédérés remontèrent vers le nord, tandis que leur arrière-garde se déployait sur toute l'étendue de leur front, mais, naturellement, pour l'occuper d'une façon beaucoup moins solide.
26 février. — Pendant la joiu'née du 26, la majeure partie de l'infanterie anglaise et les cinq sixièmes de l'artillerie repassèrent, par le pont de bateaux, sur la rive droite de laTugela, pour se porter vers le nord-est. Seule, la brigade du général Hart (5® brigade) resta sur la rive nord, pour occuper les kopjes situés au-dessus de Colenso. C'était l'exécution du nouveau plan de sir R. Buller, en vertu duquel les brigades de la gauche et du centre devaient filer sur l'autre rive et marcher contre Pieter's Hill, de sorte que la brigade Ilart, formant primitivement l'extrême droite anglaise, allait devenir l'extrême gauche, en constituant échelon et aile refusée vers la gauche.
Ce mouvement effectué, le pont de bateaux fut replié, dans la nuit, et transporté à 4 kilomètres en aval, au nou-
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veau point choisi, sans que les Boers eussent vent de ce déplacement ou fissent mine de s'y opposer.
27 février. — De bon matin, tout était prêt pour l'attaque finale de l'extrême gauche de la position de Pieter s. Le pont de bateaux, en place avant l'aube, livrait passage à l'infanterie.
La 6* brigade (Barton), prenant la tête, franchit la Tugela et, en arrivant sur l'autre rive, tourna à droite, pour longer et suivre la rivière, l'espace de deux à trois kilomètres. Elle parvint ainsi, à travers mille difficultés que créait la nature rocailleuse et escarpée du terrain, à contourner la base de Pieter's Hill et, s'élevant sur le versant oriental de cette colline, elle se rendit maîtressede ce versant. En même temps le général Warren, à la tête des 4* et II® brigades (Norcott et Wynne), abordait les hauteurs par l'ouest, et en chassait l'arrière-garde boer, après un combat de peu de durée, où il fit une soixantaine de prisonniers.
Les Boers se retirèrent lentement, les uns vers l'ouest, les autres vers le nord, faisant tête dès qu'ils étaient trop vivement pressés. Dans la soirée, notamment, ils infligèrent une leçon à la 6* brigade, qui les serrait sur une position au nord de Pieter's Hill. Pendant la nuit, ils achevèrent d'évacuer toutes leurs positions.
28 février (délivrance de Ladysmitfi). — Sir Redwers Buller supposait qu'il rencontrerait encore quelque rési?:tauce sur les lignes de circonvallation ; son projet était de donner repos à ses troupes le 28, et d'attaquer le i*^ mars.
Dans la matinée du 28, il envoya, en reconnaissance vers Ladysmith, lord Dundonald, avec l'infanterie montée. Celui-ci discerna bientôt d'importantes forces boers sur
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les monts Bulwana, mais en pleine retraite. Poussant toujours sa pointe vers le nord et longeant la droite de la voie ferrée, il dépassa Pieter's Station, après une légère escarmouche contre des partisans qui s'enfuirent vers l'ouest. A 6 heures du soir, Dundonald était à 9 kilomètres, encore, de la ville, et se disposait à faire rentrer ses patrouilles, lorsqu'un avis de son avant-garde l'informa que la dernière hauteur séparant les Anglais de Ladysmith était inoccupée, et qu'on pouvait pénétrer dans la ville par le camp de César. C'est ce qu'il fit, le soir même, avec deux escadrons, qui traversèrent le Klip à gué.
Comme la route, suivie par Dundonald, ne fut plus refermée par les Boers, on peut dire que le siège de Ladysmith se termina le 28 février.
7" mars. — Le lendemain, i*' mars, sir Georges White voulut faire une sortie, pour inquiéter les Républicains, en retraite sur le Biggarsberg. A cet effet, il fit appel à tous les hommes, encore valides, de la garnison. Celle-ci était tellement épuisée que, sur 12.000 soldats, on en trouva 2.000 à peine, capables de parcourir deux ou trois lieues et de combattre. On en forma une colonne de 2 escadrons, 2 batteries et i.5oo fantassins environ, aux ordres du colonel Knox.
Knox partit le i** mars, de grand matin, pour attaquer les Boers à Pepworth's Hill, dans l'espoir d'entraver leur embarquement à la station de Modder Spruit. Il se heurta à une forte arrière-garde, qui le tint en respect pendant toute la matinée. C'est seulement à 2 heures de l'aprèsmidi qu'il put occuper Pepworth, évacué par l'ennemi. Ses batteries lancèrent quelques obus sur la station de Modder Spruit; mais, là se borna tout le résuhat de Texpédition. Elle avait achevé d'user les hommes, qui
pouvaient à peine porter leurs fusils, et les chevaux, qui tombaient d'inanition sur la route.
Knox, comprenant qu'il ne pouvait plus rien tenter de sérieux, avec des éléments aussi affaiblis, donna le signal de la retraite. Cette sortie avait coûté aux Anglais une douzaine d'hommes, tués ou blessés.
Pendant que la garnison cherchait ainsi à se donner de l'air, sir R. BuUer, de son côté, informé que les hauteurs de Bulwana n'étaient plus tenues par les» Boers, porta ses troupes dans la plaine de Pieter's, où elles campèrent le 1" mars. Il devait-, le 3 mars, à 1 1 heures du matin, faire son entrée triomphale à Ladysmith.
Le siège de Ladysmith, considéré comme clos le 28 février, avait duré 1 18 jours. Pendant ce laps de temps, la garnison avait eu 968 hommes tués, blessés ou prisonniers, et 600 hommes, environ, morts de maladie. Mais les survivants, minés par les privations et la fièvre typhoïde, étaient hors d'état de porter les armes et durent, presque tous, être rapatriés. Sur 5.5oo chevaux de la superbe brigade de cavalerie qu'on avait, si mal à propos, immobilisée dans ce camp retranché, i.ioo, seulement, échappèrent à la boucherie ou à l'équarissoir ; dans l'expé- . dition du i*' mars, sir Georges White eut grand'peine à en réunir 120, pour former deux faibles escadrons.
Quant à l'armée de secours, ses pertes, dans la dernière période, du 1 4 au 28 février, s'élevaient à 2 généraux, 6 Heulenants-colonels, 122 officiers et 1.982 sousofficiers et soldats tués, blessés ou prisonniers ; soit environ 12 p. 100 de l'effectif réellement engagé.
Si Ton récapitule, d'ailleurs, les pertes subies pendani toutes les opérations exécutées pour débloquer Ladysmith, on constate que sir Redwers Buller sacrifia, sur la
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Tugela, plus de 5.ooo hommes, dont 3oo officiers. C'eût été, de toutes façons, mettre un bon prix au succès final, mais encore faut-il observer que Parmée du Natal ne peut revendiquer qu'une part indirecte à ce succès. Elle y contribua, certes, par son indomptable opiniâtreté, elle fit une diversion utile aux progrès de lord Roberts ; mais là se borne son rôle. Ce sont les coups portés sur la Modder et non sur la Tugela, qui firent tomber le cercle d'investissement des Boers et c'est à Kimberley que les Anglais réalisèrent, à proprement parler, la délivrance de Ladysmith.
Sir R. Buller, nous l'avons déjà dit, n'enfonça définitivement qu'une porte ouverte ; il ne surmonta la résistance des Boers que lorsque ceux-ci eurent reporté leur attention et leurs forces vers l'ouest ; il ne força le passage de la Tugela que lorsqu'ils renoncèrent à le lui disputer; il ne prit pied à Pieter's que lorsque leur arrière-garde, jugea*nt sa tâche suffisamment remplie, céda la place aux Anglais.
Les Fédérés levèrent le siège de Ladysmith, spontanément, pour faire face sur un autre point, dans l'Etat d'Orange. Us ne subirent pas un seul instant l'ascendant de leur adversaire imnïédiat. Et la meilleure preuve delà spontanéité de leur retraite est la façon dont elle fut conduite. Toutes leurs batteries de siège furent désarmées; ils prirent le temps d'évacuer leurs Longs Toms, leurs troupeaux, leurs approvisionnements, de refouler vers le nord toute la population, femmes et enfants, qui encombrait leurs laagers. Ils ne laissèrent, derrière eux, ni une arme, ni une caisse de vivres.
« Après la bataille de Pieter's, les troupes républicaines se replièrent sans être inquiétées, avec leur artillerie et leur convoi, les unes vers l'ouest sur les passes du Dra-
kensbcry, les autres vers le nord sur le Biggarsberg, à 5o kilomètres au nord de Ladvsmith. Le 28 fé\TÎer et le i*' mars, 2.000 voilures environ avaient Glé par les roules de Newcaslle et de Dundee. La plupart des pièces de gros calibre furent embarquées à la station de Modder Spruit; le dernier train partit le i*' mars après-midi, les Boers faisant sauter derrière eux les passages de la ligne ferrée. Quelques-unes de ces pièces furent mises en batterie sur les hauteurs du Biggarsberg, de manière à défendre les routes de Newcaslle et de Dundee » (*).
Ce sont bien là les caractères d'une retraite voulue, fièrement conduite et qui en impose, par là même, au pseudo-vainqueur.
Jusqu'au 5 mars, en effet, les troupes de Redwers BuUer vont rester absolument inactives ; elles ont assez de se refaire. A cette dernière date seulement, le général Lyttclton, emmenant avec sa division d'infanterie (2* el 4® brigades), trois batteries montées, une batterie à cheval el la brigade de cavalerie régulière du colonel Burn-Murdoch, sera poussé de Ladvsmith sur Elandslaagte, pour surveiller le Biggarsberg.
Les troupes de Lytlellon campent auprès de Sunday's River, à environ 3 kilomètres au delà de la station d'Elandslaagte, et à 16 kilomètres des positions boers. De son côté, la brigade de cavalerie irrégulière Dundonald patrouille entre Ladvsmith et les passes de l'ouest, où elle reconnaît partout les Républicains en forces. Le reste de l'armée se repose autour de Ladysmith, dont l'ancienne garnison est évacuée sur Colenso (^).
(i) Reime du Cercle mili faire (n® a5 de 1900).
(2) Mentionnons, pour mémoire, que le (jénéral Whilc part le 9 mars pour TAnyleterre, cédant au général Lyttelton le commandcineot du camp
DE PAARDEBERG A BLOEMFONTEIN. 4^7
Ainsi, sur ce théâtre d'opérations, dans les premiers jours de mars, les adversaires se retrouvent en présence, à quelques lieues au nord de Ladysmith, et l'armée anglaise du Natal va rester, longtemps encore, immobilisée devant les défilés du Drakensberg et du Biggarsberg, auxquels l'ennemi s'adosse, tandis qu'il essaie de faire face à l'ouest. C'est sur le revers occidental des montagnes, dans les plaines de l'Orange que se joue la partie essentielle, dont Bloemfontein est le premier enjeu. Mais, dans celte partie, les rôles sont désormais inversés ; lord Roberts a les cartes maîtresses et il lui suffira de quelques levées faciles pour marquer le point.