CHAPITRE X
attaqué, le 17, le défilé du côté du nord. L'idée d'un rendez-vous à heure fixe, prescrit à un lieutenant qui ne pouvait se rendre compte à l'avance ni des dispositions arrêtées par Tennemi au delà des Balkans, ni de la direction qu'il serait peut-être forcé de prendre, était mauvaise ; l'événement l'a prouvé. L'attaque elle-même fut mal combinée et mal conduite. On constate ici, pour la première fois depuis le début des opérations, les inconvénients du fractionnement extrême et des attaques isolées, par petits paquets et sans liens suiSsants entre elles. On charge d'opérations importantes des coips trop faibles. Ces ressources insuffisantes sont elles-mêmes morcelées à plaisir par le général qui en dispose, et lorsque l'heure du combat a sonné, les unités désorganisées ne concourent pas d'un accord conmiun au même but. Quand le général DragomirojGf constate, après le passage du Danube, à Zimnitza, que le combat a été un pêle-mêle et une série d'actions isolées, il énonce un fait que les circonstances de cette journée suffisent à expliquer ; quand le général Gourko, tombant comme une avalanche du sommet du Balkan dans la vallée de Tundja, envoie sa cavalerie battre l'estrade, à grande distance, il remplit à merveille son rôle de chef de raid surprenant l'ennemi et de désorganisateur des ressources de l'adversaire; mais, autres opérations, autres procédés. Si l'on veut attaquer une position déjà reconnue, solidement fortifiée et pourvue de défenseurs, le rôle des sotnias
de Cosaques isolées et des détachements fractionnés en unités peu nombreuses est terminé. C'est ce que les Russes ne semblent pas avoir compris.
La passe de Schipka, pourvue de solides travaux en terre, sans gorges, en foime de lunettes et de batteries, avec doubles fossés de tirailleurs très bien armés, était défendue par près de 5,000 hommes. Le général Derojinsky réclama des renforts; mais, sur l^de nouveaux ordres, il attaqua, le 17, ces ouvrages avec treize compagnies réduites par les premières fatigues de la campagne, soit moins de 3,000 hommes et quatre ou cinq cents Cosaques. L'artillerie ne comptait que six pièces. Ce corps, déjà si faible, fut divisé en trois colonnes chargées d'attaquer de front ou de tourner la position principale, et un détachement ayant pour mission d'enlever la passe latérale de Bredek, déjà prise et reperdue Tavantveille. Quatre compagnies, c'est-à-dire environ neuf cents hommes, ayant dans leurs rangs le général Svviatopolsk Mirski et le grand-duc Nicolas fils, formèrent la colonne du centre et attaquèrent courageusement de front les fortifications de la passe. Une autre colonne de deux compagnies concourait au mèiiie but par un chemin sous bois. Le détachement de Bredek et la colonne de droite parvinrent au sommet du Balkan, la première après un combat victorieux, la seconde sans rencontrer l'ennemi. Quant aux six compagnies engagées en deux paquets contre le centre, elles durent