CHAPITRE X
née, s'élevaient à soixante et quelques hommes. Un certain nombre de chevaux avaient été tués. Les Turcs ne s'en étaient pas tirés à si bon compte. Beaucoup de partisans, acharnés à la poursuite des colonnes, avaient été sabrés par les dragons. Arrivée à Maglis, la cavalerie, avant de bivouaquer, balaya à coups de canon de forts rassemblements massés sur les flancs de la montagne.
Quelque diligence qu'il mette à se lancer en avant le 17 juillet, le général Gourko manquera au rendez-vous convenu. Le général Derojinsky attaquera seul la passe de Schipka par le nord, se croyant soutenu au sud par l'armée d'avant-garde. Celle-ci reprit sa route le lendemain du combat d'Ufflani, sur trois colonnes, celles de droite et du centre composées d'infanterie, marchant sur le flanc et au pied de la montagne ; celle de gauche, formée de la cavalerie, suivant le bord de la Tundja. Les deux premières se portaient à Kasanlik par le nord-est et Test, la dernière avait mission de se jeter sur les communications de l'ennemi. Dès le malin, la colonne de gauche se heurta, à Ufflandir-Kieui, à deux bataillons turcs qui occupaient un bois. Elle les délogea après un combat très sérieux, les atteignit de nouveau à Carganli et les força de se jeter dans les montagnes. Après un semblant de résistance, les bataillons turcs évacuèrent Kasanlik, qu'occupèrent immédiatement les hussards moscovites. Cette ville importante, peuplée d'environ
20,000 habitants, dont plus de la moitié sont chrétiens, accueillit les Russes avec un véritable enthousiasme. Le clergé bulgare, revêtu de ses habits sacerdotaux, se porta au-devant des généraux vainqueurs, et les chrétiens pratiquèrent vis-à-vis des soldats russes l'hospitalité la plus large. Lès musulmans, à peu d'exceptions près, s'étaient enfuis.
L'occupation de la cité aux champs de roses et aux allées de noyers n'avait pas été accomplie, que déjà la cavalerie de Leuchtenberg tournait la ville pour couper aux Turcs leur ligne de retraite, c'est-à-dire la route qui, deKasanlik, conduit à Ralofer. Les Ottomans, vivement poursuivis, s'étaient jetés dans les montagnes ou avaient gagné Schipka. Ce gros village, débouché sud de la grande passe, fut atteint dans la journée par les hussards. Ils s'emparèrent d'un camp abandonné et d'approvisionnements. L'infanterie n'avait pas pu suivre, et le général Gourko remit au lendemain d8 l'attaque de la position. Trois canons, deux cent cinquante prisonniers militaires, des magasins de vivres étaient tombés aux mains des Russes.
Les combats d'Ufflani et d'Ufflandir-Kieui, courageusement soutenus par les Turcs, très inférieurs en nombre, avaient eu pour effet, en retardant la marche du général Gourko sur Schipka, de permettre aux défenseurs de la passe de remporter un sérieux avantage sur le détachement Derojinsky. Ce général, fidèle aux instruo tions précédemment reçues et à la parole donnée, avait