CHAPITRE XII
général à large développement, appuyé par les Tcherkesses, tourna à son tour le flanc droit des Russes, dont la position devenait de plus en plus critique. Ils avaient cependant reçu comme renfort la légion bulgare, arrêtée par des ordres supérieurs dans sa marche sur £ski-Zagra. Le prince Eugène continua à battre en retraite lentement, protégeant sa droite menacée, par des retours offensifs, jusqu'à Djuranli, point situé au sud de la chaussée d'Eski-Zagra à Yeni-Zagra, à neuf kilomètres seulement de la première de ces villes. Il reculait depuis trois heures devant une attaque fort bien conduite. La position de Djuranli tomba également aux mains de l'ennemi. Les Russes bivouaquèrent sur les hauteurs d'Aidenli, à cinq kilomètres seulement d'Eski-Zagra, pendant que les Turcs enti-aîent en communication avec le gros des forces de Suleiman, au sud de Djuranli. Ce général avait pleinement réussi son grand mouvement de concentration, et Tannée russe était coupée en deux ti'onçons.
Nous avons vu que le général Gourko s'était porté au secours de son lieutenant dans l'après-midi du 30. Arrivé à Karabunar, il avait appris que les Russes rentraient à Eski-Zagra et que les Turcs en nombre les suivaient dans la direction de Djuranli. Les troupes étaient très fatiguées. Il craignait, d'autre part, s'il prolongeait son mouvement, d'abandonner la 4® brigade de chasseurs, restée à Yeni-Zagra. Il n'avait, du reste, reçu aucune nouvelle officielle des évé-
aements de la journée. Le 31 août, le général Gourko se mit en route avec toute son infanterie, et, après avoir donné l'ordre à la 4® brigade de chasseui's de le rejoindre, vint attaquer la position de Djuranli, contre laquelle le gi'and-duc de Leuchtenberg envoya luimême de son côté toutes les forces dont l'attaque^ (ïïrigée par Suleiman, d'Arabadjikieui contre Eski- Zagra, lui permettait de disposer. Les troupes turques mésistèrent avec énergie contre les forces combinées des deux détachements Gourko et Leuchtenberg, qui essayaient de se donner la main. A l'heure où, après un combat des plus acharnés, le contact fut enfin établi cîTtre les deux détachements, la bataille, dont cet incident ne pouvait changer la tournure, avait été gagnée par Suleiman pacha, conduisant en personne, à la tête de quinze bataillons, l'attaque générale contre Eski- Zagra»
Cette jonction de la cavalerie de Leuchtenberg avec l'infanterie de Gourko n'était donc qu'une victoire platonique» Eski-Zagra avait été pris, à deux heures, par Soleiman, après une résistance opiniâtre des Bulgares et du régiment de Kazan. Ce détachement était en retraite vers Kasanlik par la passe de l'arrière-Balkan, quand le général Gourko, qui avait un instant songé à reprendre l'offensive, dut s'avouer que l'heure des succès faciles était passée. Il avait sauvé le détachement Leuchtenbei'g d'une destruction totale et facilité sa retraite. Il ne lui restait plus qu'à reprendre à son tour