CHAPITRE XIII
chant au Danube, cadençant leur pas aux accents des sonneries françaises. Après la première affaire de Plevna, on voulut bien consentir à les laisser occuper Nicopoli, afin de rendre disponible la presque totalité des forces du général de Krudener.
L'état-major l'usse, réveillé en sursaut par l'apparition d'Osman pacha, se résolut à tenter un grand effort contre Plevna. Un succès immédiat jiermettrait, en effet, de renforcer à temps le général Gourko et de poursuivre la série des opérations actives. A bien considérer les choses, l'échec subi parle général Schildner, dans des conditions d'infériorité numérique visible, n'était qu'un incident malheureux dont il fallait tenir compte sans s'en exagérer la portée. Le commandant russe n'avait ni éclairé la position, ni suffisamment préparé son attaque, ni relié ses différents corps entre eux. Les officiers avaient abusé de l'ardeur de leurs soldats. On saurait profiter de cette dure leçon et donner au général en chef des instructions précises et des l'enforts suffisants poui' vaincre.
Le général de Krudener avait laissé dans Nicopoli les débris du régiment de Kostroma pour former la garnison de cette ville avec les premiers bataillons roumains que le général Manu venait de faire passer de la rive gauche à la rive droite du Danube à l'aide des bacs établis par les Russes. Installé à Bryslan, au nord de Plevna, où avait été combinée la première attaque, il avait à sa disposition la presque totalité du ix"^ corps.
L'état-major mit, en outre, sous ses ordres deux brigades du XI® coi-ps, portées rapidement de Taile gauche à Taile droite, et la 30" division du iv* corps, récemment amvée de Roumanie par le pont de Sistova. L'ensemble des troupes disponibles, composé de 36 bataillons et 30 escadrons avec 186 bouches à feu, s'élevait à un effectif d'environ 32,000 hommes. C'était une bonne et solide armée.
Le général de Krudener, qui, cette fois encore, n'avait pas suffisamment fait reconnaître les ouvrages, prit ses dispositions pour attaquer le 30 juillet. Il n'ignorait pas que le commandant en chef turc avait reçu des renforts et fortifié ses positions. En effet, nous le voyons écrire dans son rapport général sur l'attaque du 30 juillet : « Au nord, la ville est entourée d'une chaîne de collines élevées qui se terminent brusquement au sud sur le ruisseau et qui, au contraire, sont à pentes douces vers le noi'd ; elles sont reliées par des cols qui permettent des communications faciles. Sur le sommet de ces collines sont élevées des redoutes d'un puissant profil, renforcées pai* des emplacements de batteries et des lignes de tranchées à plusieurs étages pour les tirailleurs. » Le commandant en chef se rendit compte de la nécessité de préparer l'attaque de l'infanterie par une énergique action d'artillerie ; mais le fractionnement des forces est tellement une habitude chez les Russes, qu'il ne sut pas renoncer absolument à la théorie enveloppante. Au lieu