CHAPITRE
ETAT DB l'opinion BN ORIENT.
Quelles étaient cependant les dispositions des unités slaves au secours desquelles on allait se porter? Les chrétiens de la rive droite du Danube attendaient-ils les Russes comme des sauveure, et les Latins tributaires de la rive gauche voyaient-ils d'un œil favorable l'entrée en scène de Tarmée russe? Les Bosniaques et les Herzégoviniens étaient las de guen^e et devinaient instinctivement que les bulgares, pour lesquels ils professent un mépris sans égal, seraient seuls à profiter des avantages immédiats que la Russie tirerait de ses victoires. L'immense vilayet de Bosnie qui comprend les sixsandjaksdeBosna-Seraï, Bihatch, Banialouka, Szvornik , Novi-Bazar et la province d'Herzégovine, est le pays dont les tendances, abstraction faite de la question religieuse, sont, pour se semr d'un mot qui rend mieux que tout autre l'idée autonome teintée de nationalisme, les plus particularistes. Les 1,250,000 habitants de l'ancien royaume de Bosnie et de l'ancien duché d'Herzégovine, divisés en 515,000 grecs orthodoxes, 505,000
musulmans, 210,000 catholiques latins et 20,000 Israélites, sont Slaves d'origine. L'élément musulman, très considérable comme on le voit, est fonné par les begs^ aiislocratie bosniaque qui, lors de la conquête par les Turcs en 1463, consentit à se faire musulmane, en échange de la conservation de ses biens et de la reconnaissance de privilèges militaires, comparables à ceux dont jouissaient encore en Espagne, il y a quatre ans, les Basques et les Navarrais. Ces descendants des nobles bosniaques maintinrent jusqu'en 1851 la totalité de leurs di'oits féodaux sur les descendants des colons ou prolétaires, qui avaient gardé leur foi grecque ou latine. Ils ont opposé de temps immémorial la plus vive résistance, les armes à la main, aux essais de réforme administrative tentés par le gouvernement ottoman, soit pour les plier à son autorité trop souvent méconnue, soit pour améliorer, sous la pression de l'Europe, la situation des chrétiens victimes de la question agraire.
Si les musulmans de Bosnie et d'Herzégovine sont restés, même contre la Porte qui ne les soumit en apparence qu'en 1851, par l'épée victorieuse d'Omer pacha, les dominateurs jaloux des chrétiens de la même race, ils se rencontrent avec ceux-ci sur un terrain commun : la haine de l'étranger et la volonté de rester indépendants, quelque mortelles qu'aient été les luttes de religion éternellement allumées entre eux. Il y a chez ces Slaves, convertis ou non, une ardente volonté