CHAPITRE III
d'échapper à la dominalion extérieure, tout en relâchant de plus en plus les liens qui les rattachent à la Porte. A part quelques districts voisins du Monténégro où les chrétiens grecs souhaitent une annexion de THerzégovine à ce petit État, la Bosnie chrétienne n'entend ni se fusionner avec la Serbie vers laquelle l'appelleraient la communauté d'origine, de langue et de religion, ni devenir autrichienne.
L'Autriche, dont les provinces limitrophes de la Bosnie : Dalmatie, Croatie, Slavonie, sont peuplées de Slaves, semblerait au premier abord devoir exercer une attraction invincible sur les habitants chrétiens des provinces turques congénères. Les Alpes dinariques forment, il est vrai, entre la Dalmatie et la Croatie autrichienne d'une part, l'Herzégovine et la Croatie turque de l'autre, une banière presque infranchissable ; mais au nord-ouast et au nord, l'Unna et la Save sont des frontières faciles à effacer. Cependant, les rapports de l'Autriche avec la Bosnie ont toujours été des plus tendus.
Les Bosniaques chrétiens, Slaves comme les Croates, mais en énorme majorité, catholiques orthodoxes, ont de tout temps partagé la haine implacable que les musuhnans des deux provinces portent aux Autrichiens. Ce parti pris d'autonomie dont la Serbie, qui rêvait la reconstitution, en 1876, de l'empire de Douchan et l'hégémonie sur les groupes slaves du moyen Danube et de la Save, a éprouvé les effets, est
d'ailleurs sei-vi par la configuration des deux provinces et les qualités militaires de leurs habitants. La Bosnie est une forteresse naturelle protégée au sud et à l'ouest par une muraille de rochers que traversent d'étroits défilés à l'est, et, au nord, par la Diîna et la Save. Les Bosniaques de la Cratna, dont la capitale est Banialouka, et ceux de la Possavina, dont le territoire s'étend entre la Bosna, la Save, la Drina et les montagnes qui bornent le bassin de la Spreca, sont tout aussi belliqueux que ceux du district de Novi-Bazar ou des montagnes de l'Herzégovine. Au moment où éclatait la guerre russoturque, les chrétiens de Bosnie espéraient que l'intervention slave amènerait une amélioration de leur sort et une autonomie comparable à celle dont jouissait la Serbie avant l'évacuation par les Turcs des forteresses de Belgrade et de Chabatz, mais personne dans les deux provinces, même parmi les catholiques latins, ne songeait à l'occupation autrichienne.
La Serbie avait subi la plus rude des secousses en 1876. Dix fois lancée par la Russie dans des aventures militaires ou diplomatiques, dix fois abandonnée par elle, on l'avait vue poursuivre de nouveau la réalisation de son rêve. Le chef du cabinet serbe, M. Ristich, les hommes qui l'entourent, le prince Milan luimême, sont loin d'être russophiles. « S'il y a quelqu'un au monde que nous détestions plus que le Turc, c'est le Russe » , est un mot historique plein de vérité à Belgrade. La nation, composée en grande partie d'ha-