CHAPITRE XIII
blessés quitter leur lit et se traîner hors de la ville. On raconte que le colonel Gaillard, notre attaché militaire, après être resté auprès du général de Krudener pendant la bataille du 30 juillet, s'est trouvé le soir avec une brigade chargée de protéger la retraite et tiraillant avec les Tcherkesses jusqu'à une heure assez avancée de la nuit. « Croyez-vous, colonel, lui dit le chef de ce détachement, que nous serons attaqués? — N'importe quelle armée bien commandée vous attaquerait, répondit le colonel, mais avec les Turcs, on n'est jamais sûr de rien. Osman pacha peut forf bien ne pas vous attaquer. — Mais en cas d'attaque? — Eh bien, préparez- vous à la recevoir, reprit le colonel ; faites
prendre aux hommes les piochçs et les pelles de compagnie et creuser des tranchées. » Le conseil était bon, mais le général dut avouer que ses soldats n'avaient avec eux ni pelles, ni pioches. Ses outils couraient les routes, quelque part, dans un fourgon.
Les journaux ont rapporté et le bruit s'est répandu dans l'armée russe, que le général de Krudener s'était engagé à fond, sur la promesse formelle du grand-duc Nicolas qu'il serait appuyé, sur sa droite, parla IV' division roumaine, général Manu, dont l'artillerie avait conmiencé à passer le Danube l'avant- veille de la bataille de Plevna. Le grand-duc aurait, en effet, donné Tordre au général Manu de hâter la concentration de son matériel et de marcher sur Plevna pour se mettre à la disposition du général de Krudener. Le
géûéral Manu disposait de quatre beaux régiments d'infanterie et de trente-six pièces d'artillerie. Il aurait répondu au grand-duc qu'il n'avait d'ordres à recevoir que du prince de Roumanie. Le conflit de la coopération n'était pas encore tranché. Aucun document ne nous permet de gai'antir l'authenticité de ce fait. Il est certain toutefois que les avant-postes roumains placés en avant de Nicopoli, à 15 kilomètres du champ de bataille, ne bougèrent pas, et que le général Manu fut remplacé peu après dans son commandement.