CHAPITRE XIV
tégique qui avait présidé à la formation des rassemblements de Widdin, du sud des Balkans et de Rasgrad, s'est trouvé reculé assez longtemps pour permettre aux Russes de se renforcer et de rendre une triple attaque impossible. L'état-major moscovite a pu tour à tour emprunter des brigades à sa gauche pour se jeter sur Osman pacha, ou des régiments à sa droite pour résister à Suleiman dans les Balkans.
Si ce général, impatient de servir sous les ordres de- Méhémet-Ali, a commis l'immense faute de se jeter sur le col de Schipka, et de s'entêter dans une attaque de front pour conquérir un passage que les manœuvres stratégiques les plus simples lui auraient livré saris combat, le serdar eckrem, bercé de l'espoij* que Suleiman pacha réussirait, malgré sa désobéissance, à déboucher sur le versant nord des Balkans ou que, renonçant à ses assauts répétés, il consentirait enfin à profiter des passes libres à l'est pour se joindre à lui, n'a pas su prendre ses dispositions et abandonner, quand il était encore temps, la défense passive. Les chances de vaincre les Russes et de les forcer à repasser le Danube étaient considérables. On les a successivement perdues comme à plaisir.
Nous ne risquons pas d'être démenti par les témoins de la guerre russo-turque en disant qu'après les débâcles du 30 juillet devant Plevnaet au sud des Balkans, quand le quartier général russe se repliait de Tirnova sur Gomi-Studen, quand le ix* corps était à peu
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à cette époque. Elle sera si fatale aux Russes, que Tétat-major discutera sérieusement Thypothèse de la retraite, mais les généraux ottomans, Osman luimôme, persévéreront dans leur passivité. N'ayant pas, suivant les vrais principes de la guerre, assuré leur défense active en temps opportun, ils verront leur principal camp retranché tomber aux mains de l'ennemi, sans avoir pu porter à son secours une seule armée manœuvrière et faite pour l'action. N'attachons donc pas une importance trop grande aux combinaisons des Russes. L'histoire de la guerre s'écrit sur les rapports émanés de leurs généraux, faute de documents à emprunter à leurs adversaires. Même à travers ce prisme aux reflets éclatants, les fautes stratégiques et tactiques du grand état-major russe et des commandants en chef apparaissent si nombreuses, si naïvement proclamées, qu'on doit s'étonner qu'ils aient vaincu les Ottomans, toute désorganisée qu'ils aient trouvé la Turquie, tout sérieux qu'ait été le concours apporté aux armées russes par les corps auxiliaires roumains, monténégrins et serbes.
yis-à-^vis d'un ennemi plus familiarisé avec les nécessités de la guen'e moderne, les généraux russes auraient-ils employé les mêmes procédés? Il est permis de croire qu'ils se seraient attachés à réprimer les écarts d'une stratégie qui semblait convenir en face d'un ennemi peu manœuvrier, mais les fautes tactiqiies, celles du champ de bataille, dont nous avons
été si souvent témoins, se seraient infailliblement produites, puisqu'elles se sont renouvelées après les plus sanglants échecs. Ces fautes capitales auraient assuré le triomphe d'un adversaire allemand ou autrichien.
Les enseignements à tirer de ce début de campagne pour les militaires de tous les pays sont nombreux. C'est en augmentant la dose de responsabilité des commandants subalternes, c'est en poussant au loin la cavalerie, c'est en débordant les ailes sur le champ de bataille que les Allemands nous ont vaincus. C'est en usant des mêmes procédés que les Russes ont été contraints, après une série d'opérations manquées, de revenir à des moyens plus scientifiques. Les Allemands, en débordant les ailes, en fractionnant leurs attaques, n'ont jamais mis en oubli la pensée tactique principale, ils ont toujours relié leurs corps et fait concorder leurs actions. L' exagération du système a conduit les généraux russes à un individualisme si tranché sur le champ de bataille, que l' état-major n'a jamais pu agir utilement en grandes masses. Le système autocratique russe s'accommode mal du fractionnement. Au rebours de ce qui arrive pour les généraux allemands, chaque fois qu'un général en chef russe morcelle un corps pour entreprendre une série d'attaques enveloppantes, même sur un point unique, il perd immédiatement les bénéfices de sa concentration.
Si nous abordons la question des feux et des attaques directes, nous voyons que les généraux russes,