‹ La guerre sur le DanubeChapitre 139 sur 232 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

préoccupés de lancer progressivement, comme le font les Allemands, leurs soldats sur les positions à enlever, en d'autres termes, de renforcer l'attaque quand la défense a faibli, n'ont jamais obtenu de leurs sous-ordres la préparation toujours grandissante par le canon et par un système régulièrement distribué de feux de mousqueterie. Le mode de gouvernement et le tempérament national sont opposés aux principes de la guerre nouvelle, de la guerre à l'allemande. On a dit, on a écrit au sujet de la question des attaques non préparées par les Russes, et de leur ardeur à se jeter en avant, à l'assaut de retranchements solidement défendus par des tirailleurs turcs et souvent pris et repris par les assaillants et les défenseurs, que de tels exemples constituaient autant de preuves de l'inefficacité des armes à tir rapide. Le raisonnement pèche par la base. Si les Russes ont réussi à prendre, sans préparation, en se lançant à l'attaque en aveugles, des séries de retranchements et même des redoutes, c'est que les feux desTurcs étaient mal réglés. Ceux-ci usaient de leurs armes excellentes pour lancer une pluie de projectiles à grande distance sur les colonnes en formation , mais ils perdaient cet avantage en attendant ensuite que l'ennemi se fût rapproché des retranchements pour donner à leur feu toute son intensité. La zone la plus dangereuse était traversée impunément par les Russes. On oublie trop volontiers, également, qu'à Plevna les ouvi'ages étaient le plus souvent occupés

par des détachements très faibles. La disposition des vallons à Tabri des feux de l'ennemi faisait préférer à Osman pacha d'avoir la plus grosse partie possible de son effectif en réserve sur des points qui permettaient de lancer des renforts en quelques minutes vers les ouvrages menacés, ou de les reprendre s'ils étaient perdus. On ne s'expliquerait pas autrement que les Russes, avec la ténacité qu'on leur connaît et leur bravoure extraordinah'e, n'aient pas su garder les ouvrages dont ils se sont si souvent emparés. Un seul régiment turc défendait, le 30 juillet, les importantes positions de Grivitza : on a vu quelles pertes énormes ont éprouvées les Russes.

Ces explications étaient nécessaires. Nous allons en effet rendre compte de faits militaires dont on ne saurait tirer une conclusion pratique sans connaître à fond les.procédés de combat des deux adversaires.

Au moment où le nouveau général en chef prenait possession de son commandement, après une série de conseils de guerre tenus à Gonstantinople, dans lesquels on avait agité la question de réorganisation des corps d'armée de Silistrie, de Rasgi'ad et d'Eski- Djuma, et délibéré sur les moyens de résister avec vigueur à l'attaque que les Russes semblaient devoir prononcer sur la ligne du Lom-Noir, les soldats ne manquaient pas encore à la Turquie. Il y avait à l'intérieur du quadiilatère, en comptant non seulement les corps de Routschouk-Rasgrad et de Schoumla-Eski-

Page 1